Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La LMS sous la Régence -

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La LMS sous la Régence


Le règne de Pomare III avait débuté triomphalement pour les missionnaires anglais. Ils s'attribuèrent eux-mêmes le rôle du clergé de la Réforme à la cour du jeune roi Édouard VI, qui lui aussi avait succédé à un despote réformateur (Henri VIII) ou encore celui des conseillers du roi biblique, Josias de Juda. Sur les recommandations de deux inspecteurs de la LMS et avec l'accord d'Ari'ipaea et du conseil de régence, les missionnaires entamèrent un programme d'anglicisation en attribuant des noms anglais aux « villages » qu'ils avaient créés et en introduisant les caractéristiques de la monarchie constitutionnelle de Westminster.


Maison de la reine Pomare IV à Papaoa en 1822


Une monarchie à l'anglaise

Alors que Pomare Il avait consulté les chefs et s'était assuré de l'appui du peuple dans de larges assemblées, la nouvelle constitution se pourvut d'un Parlement des îles du Vent, dont les membres étaient dotés de droits égaux en matière de vote. Cette chambre était formée des hommes adultes de la famille régnante et des principaux chefs, comme législateurs héréditaires, ainsi que de deux représentants pour chaque district, désignés par leurs pairs comme délégués du peuple. Ce Parlement solennel siégea du 23 février au 3 mars 1824 à Papaoa et présenta un nouveau code de lois. Bien qu'ils n'aient pas droit de vote, les missionnaires purent siéger en tant qu'observateurs, et Henry Nott, leur doyen, fut choisi comme président.
Le 21 avril 1824, un couronnement en grande pompe eut lieu à Papara ; H. Nott, ex-dissident de l'Église anglicane, y tenait le rôle de l'archevêque de Canterbury, à la grande stupéfaction de certains membres de l'Église congrégationaliste de la LMS Toute la cérémonie fut parée du symbolisme de Westminster avec couronne « en or », onction, livre saint et procession de dignitaires, sous les yeux de 8000 spectateurs.
Le Parlement ne se réunissait qu'occasionnellement, en général une fois en août, pour la révision des lois. Malgré la nature apparemment démocratique de la représentation populaire, il est douteux que les délégués eussent réellement eu leur mot à dire pour les affaires courantes du gouvernement. L'un des griefs faits à l'administration d'Ari'ipaea était qu'elle était soutenue par les ra'atira, c'est-à-dire la classe possédant la terre dont les délégués du Parlement étaient presque certainement tous issus. Sous Pomare IV, il fut un peu plus tenu compte des délégués du peuple lors des assemblées.

Premières ruptures

En dépit de l'aspect de civilisation chrétienne, les missionnaires réalisèrent bientôt que le christianisme affiché de la régence était bien moins sincère que celui plus contraint du règne de Pomare II. Sous Pomare, les convertis sincères aidèrent énormément à former des communautés chrétiennes ; ils participèrent activement à l'alphabétisation et diffusèrent des extraits traduits de la Bible. La curiosité et la crainte étaient grandes à l'égard d'une religion et d'un souverain qui avaient écrasé et renversé les dieux anciens. Sous la régence, les tensions entre les membres et les néophytes de l'Église d'un côté, et ceux qui en faisaient partie à contrecœur de l'autre atteignirent un degré inquiétant. L'adhésion aux nouveaux modes de vie et de pensée était ouvertement rejetée par de nombreux traditionalistes parmi les chefs ou à la cour. Les Tahitiens ordinaires trouvèrent les lois pénales dures et répressives, surtout lorsqu'il devint évident qu'il y avait une loi pour le peuple et une autre pour les classes privilégiées. Les espérances nées de l’alphabétisation furent déçues. Les plus désillusionnés semblent avoir été les jeunes Tahitiens, conscients de la duplicité de beaucoup de chefs. Un grand nombre de ces jeunes gens, en particulier ceux qui avaient été condamnés à la construction des quais et du Broom, s’établirent dans les vallées intérieures où ils se livrèrent à des danses et à des évocations du Tahiti ancien. Considérés comme des vauriens par les membres de l'Église, on leur attribua l'épithète péjorative du tutae'auri, ce qui dans l'argot de l'époque, signifiait « excrément desséché » ou « méprisable ». Ces groupes semblent ne pas avoir eu d'organisation structurée ni avoir pris modèle sur l'ancienne société arioi. Ressuscitant les danses et les jeux du passé, ils devinrent le divertissement érotique, mais interdit, de la cour.
Les Eglises missionnaires, de leur côté, étaient maintenant solidement implantées sous le patronage des chefs. Alors que les diacres et les membres de l'Église contrôlaient officiellement les affaires de l'Église, les chefs pouvaient faire fortement pression sur l'entière communauté et le missionnaire se tenait continuellement sur ses gardes pour déjouer cette ingérence. Les missionnaires qui ne prônaient pas l'assistance obligatoire à l'église, par exemple, furent souvent embarrassés par les moyens rudes employés par certains chefs pour obliger les malades comme les récalcitrants à suivre les services religieux.
En plus de l'assistance aux offices du dimanche, les membres et les néophytes avaient de nombreux autres devoirs religieux ou semi-religieux. Des classes se tenaient pour les adultes et pour les jeunes, répartis par sexe. Dans beaucoup de stations, on célébrait des offices le mercredi après-midi, et le vendredi soir avaient lieu des « réunions-débats », les missionnaires engageant la discussion sur toutes sortes de thèmes, parfois sujets à controverse et pas forcément d'ordre religieux. Ainsi la société tahitienne était-elle partagée entre des chefs et des jeunes tournés vers le passé et des Eglises très disciplinées, pleines d'espoir messianique.

[N. Gunson, chapitre 8, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]


 Réunion-débat après l'office du dimanche

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