Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Pomare II -

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Pomare II


Fils de Pomare 1er et d'ltia. Premier roi de Tahiti. La date de naissance de Pomare II est inconnue, mais les témoignages des navigateurs concordent à ce sujet : pour William Bligh venu en 1788, il avait alors 6 ans et le capitaine George Vancouver qui le rencontra en 1792 lui donna 9 ou 10 ans.
Dès la naissance de son fils, Pomare Ier se plia à la coutume tahitienne selon laquelle le père devait léguer son nom à l'enfant premier-né : celui-ci fut donc appelé Tu tandis que Pomare Ier prenait le nom de Tina. L'usage était aussi d'attribuer à l'enfant toutes les fonctions et les privilèges de l'ari'i. Pomare Ier lui accorda le titre mais garda le pouvoir effectif et confia l'éducation de son fils à son cousin Temari'i, alors chef de Papara. Tina voulut jouer le rôle de régent jusqu'à la fin de sa vie mais Tu, ambitieux et déterminé, exigea dès l'âge de 15-16 ans d'être reconnu comme seul chef de Porionuu (chefferie de la côte nord de Tahiti). En 1798, il conclut une alliance militaire avec Temari'i et écrasa les partisans de son père à Matavai. Dès lors, il chercha à étendre sa souveraineté à l'île entière. Aidé par les équipages britanniques du Venus et du Norfolk, il vainquit les forces coalisées des Teva et des Oropaa qui refusaient sa domination sur Paea.
Pomare II était également fort de ses alliances familiales avec les familles régnantes des îles Sous-Ie-Vent et avait reçu en héritage les districts de la côte nord de Moorea ainsi que les chefferies de Faaa, Papenoo et Taiarapu. Il semble cependant que le titre d'ari'i rahi qu'il s'était donné n'était pas encore reconnu par tous en 1807 puisqu'il éprouva le besoin de demander des renforts aux dirigeants de la London Missionary Society. Protecteur et élève des missionnaires établis à Matavai, il tenta de faire admettre sa position en écrivant : « Amis, vos intentions sont bonnes et je suis entièrement d'accord pour que vous veniez instruire le peuple de Tahiti. Amis, il faut donc nous envoyer des hommes, des femmes et des enfants européens. Envoyez-nous aussi du tissu et des objets de toutes sortes, afin que nous puissions adopter vos coutumes anglaises. Amis, envoyez-nous aussi beaucoup de mousquets et de poudre, car les guerres sont fréquentes dans notre pays. Rappelez-vous que si je suis tué, vous ne pourrez plus rien faire à Tahiti ». Les directeurs de la LMS refusèrent de lui envoyer des armes, mais Pomare s'en procura à bord des navires de commerce australiens qui faisaient régulièrement escale à Tahiti depuis 1802 pour acheter du porc salé. Il disposait donc de moyens qui lui permettaient de harceler les tribus voisines de Te Aharoa et de Atehuru. Chaque incursion était marquée par des pillages et des destructions de plantations. En 1807, Pomare lança ses troupes contre Teva i Uta où elles se comportèrent avec la même barbarie. Les chefs Tati et Opuhara furent obligés de chercher refuge dans les montagnes, mais ils réussirent ensuite, peu à peu, à rallier sous leur bannière toutes les tribus qui avaient été victimes des agressions de Pomare II. Un an plus tard, c'est le royaume de Porionuu qui fut envahi par les troupes alliées. Pomare se trouva pour la première fois au cœur de la mêlée et, craignant pour sa vie, s'enfuit à Moorea.
Considérés comme alliés de Pomare, les missionnaires se trouvèrent assiégés dans leur station de la pointe Vénus et ne furent sauvés que par l'arrivée opportune d'un navire de commerce anglais qui les évacua à Huahine.
Un seul, Henry Nott, eut le courage de s'installer près de la nouvelle demeure de Pomare II à Papetoai, dans l'espoir de le persuader de racheter ses péchés en acceptant la foi chrétienne. Pomare se déclara prêt à abandonner ses anciens dieux, afin que le Dieu des puissants popa'a l'aidât à reconquérir son royaume perdu. Le premier acte à accomplir, lui expliqua Nott, était de renoncer aux beuveries auxquelles il s'adonnait depuis qu'il avait réussi à fabriquer un alambic. C'était une exigence inacceptable pour Pomare II qui continua à se consoler de ses malheurs à l'aide du 'ava ti ; tous ses partisans l'imitèrent, se livrant à des bagarres interminables.
Le salut de Pomare II vint finalement des iles Sous-le-Vent, grâce aux efforts déployés par sa mère Itia, pour organiser un corps expéditionnaire. Après la mort de son mari Pomare Ier, celle-ci avait épousé le chef principal de Huahine, Tenania, qui accepta de venir au secours de son beau-fils. Itia réussit également, sans trop de mal, à persuader son ami, le chef Tapoa de Bora Bora, de faire cause commune. Elle usa finalement d'un stratagème souvent utilisé par les familles royales, en Europe comme en Océanie, pour s'assurer le soutien du grand chef Tamatoa IV de Raiatea : elle lui demanda sa fille ainée, Teriitaria, pour son fils Pomare II, veuf depuis la mort de sa femme Tetua, en 1806, et sans héritier. Pomare épousa Teriitaria vers la fin de l'année 1810, mais aussi sa soeur cadette Terito, également appelée Teremoemoe. Ce furent environ mille hommes de Raiatea, Huahine et Bora Bora qui s'embarquèrent pour fêter ce mariage politique et plusieurs centaines restèrent à Moorea.
A cette époque, les efforts d'évangélisation menés par Nott à Moorea commençaient à porter leurs fruits et en 1815, les néophytes appelés pure atua (ceux qui prient Dieu) se comptaient par centaines.
Cette année-là, Pomare II jugea son armée suffisante (environ 800 hommes) pour prendre la revanche qu'il attendait depuis 7 ans. Secondé par quelques matelots déserteurs, il débarqua en septembre 1815 avec ses troupes à Porionuu où ses sujets lui firent bon accueil. Deux mois plus tard, Pomare II dut livrer combat à l'armée de Teva i Uta qui remontait vers le nord. La bataille qui eut lieu au sud de Punaauia est connue sous le nom de Fe'i Pi. Elle s'acheva par la victoire de Pomare et marqua un tournant politique très important dans la mesure où, Pomare ayant pardonné à ses ennemis et promis qu'il n'y aurait ni pillage ni massacre, tous les chefs de l'île acceptèrent de le reconnaître comme roi de Tahiti.
Cependant, la victoire de Pomare II n'était que relative. L'expansion rapide du christianisme dans ses États lui faisait perdre tous les privilèges, hommages et tributs que l'ancienne religion lui avait assurés. Il lui fallut renoncer à l'arbitraire et au despotisme pour être légitimé par les missionnaires. Après avoir accepté l'avènement d'un régime plus démocratique codifié par une constitution et des lois votées par une assemblée de chefs (le code Pomare), le roi fut enfin baptisé en 1819. Il se consola d’avoir perdu une grande partie de son pouvoir en buvant à l’excès. Il mourut d’une hydropisie de l’abdomen le 7 décembre 1821 et son corps fut enterré à Papaoa dans une maison funéraire en pierre.

[Dictionnaire de la Polynésie sous la direction de F. Merceron]

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