Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Walter Grand -

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Les présidents de l’assemblée

Walter Grand


Né à Papeete en 1917. Il s’engagea comme volontaire au sein du Bataillon du Pacifique en 1940.
Gaulliste convaincu, il se tint à l’écart de l’Association des Volontaires créée en 1947 dans la mouvance du Comité Pouvanaa. Les gaullistes n’avaient pas réussi à constituer une force solide et pérenne après la création du RPF par le Général. Ils assistèrent impuissants à la montée en force de Pouvanaa, d’autant plus qu’ils se divisaient.
Après plusieurs tentatives et invitations à créer enfin un relais au RPF, l’élection législative de 1951 fut l’occasion d’organiser quelque chose. Au cours de la campagne électorale, T. Bambridge mit en place un comité exécutif provisoire du RPF, dans l'organigramme duquel il n'apparaissait pas. Il exigea que ce fut Walter Grand, ancien du Bataillon du Pacifique, décoré de la Croix de guerre, qui en devînt le président. Dans ce comité, tous étaient des fonctionnaires à l'exception de son président. Plusieurs de ces fonctionnaires étaient des métropolitains de passage. W. Grand voulut mettre fin à cette situation. Des problèmes internes se posèrent rapidement et le RPF, vivota malgré les trois cents adhésions parvenues entre juin et septembre 1951. Cependant, le RPF ne présenta personne contre Pouvanaa et soutint plutôt Maître Hoppenstedt de l’UDSR qui se présentait comme « indépendant ».

Les élections à l’assemblée territoriale eurent lieu le 18 janvier 1953.
Le RPF les prépara pour s’opposer à la puissance de Pouvanaa et du RDPT. Mais Georges Oudard, envoyé en mission par le Général, eut fort à faire car il trouva un mouvement en piteux état, avec un comité qu’il estimait composé en “trompe-l’oeil”. Seul, Walter Grand, semblait avoir une audience dans le territoire, mais, jugea G. Oudard, “son instruction n’est pas aussi brillante que ses qualités physiques ou morales...”. Il a souvent été reproché en effet à W. Grand de ne pas être à la hauteur intellectuelle de ses ambitions politiques… comme on le reprochait à Pouvanaa. Néanmoins, G. Oudard et W. Grand redonnèrent vie au RPF en constituant une petite équipe active. Trois handicaps de taille se dressaient sur leur route : l’hostilité de l’évêque (qui voyait toujours en Pétain le seul rempart contre “francs-maçons, communistes et protestants”, celle du président des missions protestantes (il nous est “on ne peut plus hostile” écrivit G. Oudard) et enfin le discrédit total de l’Administration auprès des électeurs (et il était difficile dans l’esprit des habitants de distinguer la France de l’Administration).
Dans la circonscription de Papeete, deux membres du RPF, W. Grand et Frank Richmond, s’unirent avec l’UDSR. Leur liste fut élue face à celle conduite par Pouvanaa a Oopa.

Aux élections municipales de Papeete, le 26 avril 1953, une douzaine de candidats sur 27 élus se réclamaient du RPF, sans grande conviction pour certains d’entre eux, semble-t-il. Dans les mois qui suivirent, le désarroi s’empara des responsables locaux du RPF. Walter Grand ne comprenait pas ce qui se passait en métropole avec les tribulations du RPF et demanda des explications à Jacques Foccart qui, en réponse, souhaita avec le Général que les amis tahitiens étendent et développent le Mouvement.

Début 1954, le gouverneur Petitbon appuyait la section locale RPF et prophétisa l'effondrement du RDPT, mais Jacques Bouttin, délégué par le mouvement national, entra en conflit avec W. Grand et F. Richmond qui se rapprochaient du RDPT. Ces accusaient ce parti, quelques mois auparavant, d'abriter des "communistes cachés" et W. Grand qualifiait “Pouvanaa et ses acolytes d’imbéciles en matières politiques”.
J. Foccart tente de faire cesser les divisions et adjure W. Grand de respecter les décisions nationales quant aux élections :
Le Rassemblement ne doit en aucune façon, ni de près, ni de loin, se mêler aux luttes électorales ou à ce qui se passe dans les assemblées. Je sais bien que les choses sont un peu différentes dans les Territoires d'Outre-Mer, et en particulier à Tahiti, mais je suis obligé de vous demander de la part du Général de respecter ses indications.

T. Bambridge ne soutient plus W. Grand, s'intéressa davantage à l'UDSR et le parti perditdonc sa principale source de financement.
Quant à la situation politique à l’assemblée, elle devint difficile sous la présidence de Noël qui se rendit compte à quel point le renversement d’alliances qu’il avait opéré en octobre 1953 se retournait contre lui. Il accusa l’Église catholique de conseiller aux gaullistes de se rapprocher du RDPT. En effet, W. Grand conclut une alliance en juin 1955 avec le RDPT pour changer la majorité au sein de l’assemblée. Il prit soin de signaler qu’il n’agissait pas en tant que RPF mais en tant que Républicain social1.
Cette alliance s’était réalisée avec la promesse de confier la présidence de l’assemblée à W. Grand. Lors de son mandat, jusqu’en octobre 1957, il eut ainsi l’occasion de recevoir officiellement le général de Gaulle en visite à Tahiti en septembre 1956. Le Général montra qu’il était sensible à la présence d’un ancien des forces de la France libre à la tête de l’assemblée. W. Grand alla en métropole rencontrer G. Defferre pour discuter du décret d’application de la loi-cadre (PV de la CP du 13 août 1956)

Avant la mise en place des nouvelles institutions nées de la loi-cadre, le président W. Grand analysa bien les difficultés statutaires de la période 1946-1957. Il montra qu'il était difficile d'obtenir des résultats. Les intérêts de Tahiti ne pouvaient pas être défendus efficacement :
Il faut arracher morceau par morceau [une réussite] aux divers organismes dont elle dépend. Parfois, un incident inattendu, un événement fortuit, la chute d'un ministère ou un remous de la politique étrangère française, réduisent à néant tous les efforts passés et remettent tout en question... (PV de l’AT, 2 juillet 1957)

L’application de la loi-cadre entraîna des élections territoriales anticipées le 3 novembre 1957. W. Grand pensait utiliser le tremplin que constituait sa présidence de l'assemblée pour convaincre les électeurs de lui accorder leurs suffrages, mais sa candidature apparut comme une candidature de diversion, pour "geler" des voix qui devaient aller à R. Bambridge ou comme une liste « sous-marin » du RDPT. Il constitua une liste « France-Tahiti » avec Flosse qui s’engageait ainsi politiquement.
Les résultats des élections furent les suivants :
Pouvanaa 12 280 voix
R. Bambridge 8 027 voix
W. Grand 823 voix
Ce fut donc un échec, mais Pouvanaa fit néanmoins de W. Grand un ministre de l’Enseignement, de la jeunesse et des sports.

L’échec du gouvernement de Pouvanaa sonna le glas des ambitions politiques de W. Grand qui n’abandonna pas pour autant la vie publique ; il exerça un temps les fonctions de vice-président de la Chambre de Commerce.

Il décéda le 6 juillet 1983.

1 Les Républicains Sociaux sont une organisation politique qui regroupe les gaullistes (ou du moins un certain nombre d’entre eux), en 1954, sous la direction de Jacques Chaban-Delmas, dans une grande indépendance vis-à-vis du général de Gaulle.

Jean-Baptiste Heitarauri Céran-Jérusalémy 0 < Noël Ilari 1 < Walter Grand 2

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