Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Alfred Ernest Teraireia Poroi -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1953-1957. L'instabilité | Les élus remarquables


Elus remarquables

Alfred Ernest Teraireia Poroi


Né à Mataiea le 3 mars 1906. Après des études à l’école Viénot de Papeete, il entra dans la marine et fut capitaine au grand cabotage et directeur de l’Union Steamship Company of New Zealand. Il fonda une agence de voyages, Tahiti Poroi. Très entreprenant, il devint concessionnaire de grandes marques européennes (les automobiles Fiat, les établissements Bosch et Mann). Il fut aussi l’un des fondateurs du Radio-Club Océanien avant la Seconde guerre mondiale.
Il fut élu conseiller municipal de Papeete en 1935 et nommé 1er adjoint de Léonce Brault en 1941 lorsque le conseil est dissous et remplacé par une commission municipale. Sous la pression du gouverneur Orselli, ce dernier dut démissionner et fut remplacé à la tête de la commission par A. Poroi, le 1er septembre 1942. Le 26 août 1945, avec l’appui du même gouverneur, A. Poroi remporta les élections municipales. Il exerça son mandat de maire jusqu’en octobre 1966. Il avait encore remporté les élections en 1965, mais un recours entraîne l’annulation de celles-ci, des électeurs ayant été radiés de façon injustifiées. A. Poroi fut alors battu par la liste de Tetua Pambrun qui avait pour slogan « Nettoyez la ville, balayez Poroi ».
En tant que maire, il dut affronter l’hostilité des syndicats des personnels et ses décisions contestées à leur égard furent aussi désapprouvées par la justice.
De l’aveu de l’intéressé, A. Poroi avait beaucoup été soutenu par l’administration et l’armée. Deux choses jouèrent contre lui en 1966 : l’installation à Papeete de personnes venues travailler pour le CEP et l’annonce par le général de Gaulle de la construction d’une route traversière (un « cadeau » annoncé qui passa pour une tentative d’appuyer un homme dont l’aura commençait à décliner). Une nouvelle candidature en 1971 ne permit son retour à la municipalité.
Sous son autorité, la ville de Papeete connut des transformations. Le plan Auzelle (voir la fiche) recommandait une modernisation et une meilleure salubrité. Ce plan ne fut que partiellement appliqué, la ville ne disposant que de ressources réduites. Mais A. Poroi, grâce à sa présence dans le Comité Directeur du FIDES et à sa présidence de la Société d’Équipement de Tahiti et des Îles (SETIL), put engager des grands travaux : port autonome, aménagement du front de mer, percement de l’avenue Bruat jusqu’à la mer. Il regretta la démolition du Palais royal : il avait proposé sa restauration pour y installer un musée à l’étage et l’assemblée territoriale au rez-de-chaussée (PV de l’AT du 22 décembre 1953)
Il fut aussi conseiller à l’assemblée représentative devenue assemblée territoriale de 1946 à 1967. C’est à ce titre qu’il rencontra de Gaulle en janvier 1963 avec une délégation d’élus qui apprit de la bouche du président de la République la création du CEP.
En 1962, il succéda à Gérald Coppenrath au Sénat grâce à un élargissement du corps électoral qui comprenait non seulement les conseillers de l’assemblée comme pour les élections précédentes, mais aussi les représentants des conseils municipaux de Papeete et d’Uturoa. Il bénéficia aussi du fait que la rivalité entre protestants et catholiques lui était favorable, le pasteur Adnet ayant fait campagne pour lui. En 1971, il ne se représenta pas, n’ayant aucune chance de l’emporter face à Pouvanaa et Daniel Millaud. Avant de quitter le Sénat, il avait défendu le principe d’une généralisation des communes en Polynésie.
L’itinéraire politique d’A. Poroi fut assez classique en Polynésie et fortement marqué par le jeu personnel. S’il se révéla gaulliste dès 1940, ce qui lui valut la médaille de la résistance, A. Poroi se tint éloigné de la formation gaulliste (le RPF). Il créa, en 1949, l’Union Populaire Océanienne (UPO) pour dénoncer la menace communiste que représenterait Pouvanaa et le RDPT. Il transforma l’UPO en une fédération de l’UDSR, sous la pression de François Mitterrand. Il resta cependant fervent partisan de la présence française et s’opposa vigoureusement au RDPT et aux syndicats. C’est pourquoi, avant même le retour au pouvoir du général de Gaulle, il contribua à la création de l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) en avril 1958, formation politique qui allait soutenir le Général et éliminer Pouvanaa suite au référendum du 28 septembre 1958. L’UTD fut la proie de querelles et de rivalités internes. En juillet 1962, Rudy Bambridge et Gérald Coppenrath quittèrent le parti pour fonder l’UT-UNR. A. Poroi maintint l’UTD comme courant gaulliste mais non reconnu par les instances parisiennes du parti gaulliste. Si l’UTD permit à A. Poroi de devenir sénateur, cette formation s’étiola peu à peu devant sa rivale. A. Poroi passa alors des accords avec le RDPT, demanda le retour de Pouvanaa au Fenua et obtint que son fils Charles fît partie du conseil de gouvernement de 1962 à 1964.
Dans sa correspondance, le gouverneur Toby signale « les attaches bien connues d’A. Poroi avec le patronat ».
En 1972, il se retire de la vie politique et cède peu à peu ses affaires à son fils Charles.
Il décède en 1994.

Retour en haut de page