Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Un bilan du travail de cette assemblée -

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Un bilan du travail de cette assemblée

De la bonne volonté et des réalisations suffisantes ?
Du travail a été fait pendant cette mandature. Les écoles ont recouvert l’ensemble du Territoire. Des mesures ont permis aux activités sportives de se développer et par là même lutter contre les maladies et surtout contre l’alcoolisme. Cependant, ces progrès tiennent autant, si ce n’est plus, aux efforts des Églises ou des associations. Le président Leboucher dresse un bilan de l’action de l’assemblée lors de la dernière session de la mandature. Il se félicite de quelques réalisations comme le lazaret de Motu Uta sans lequel les compagnies maritimes étrangères auraient boycotté la destination, de la construction de la cale sèche du port et de la modernisation de ce dernier, de l’hydrobase, de l’extension du réseau routier, des dispensaires et des hôpitaux d’Uturoa et surtout de Taravao. Il note que « les archipels n’ont pas été oubliés ». L’assemblée a été victime de plusieurs handicaps. Elle a été élue trop vite et n'a, de ce fait, pas réellement représenté les populations locales. Les élus, hommes de la bourgeoisie tahitienne ou européenne, ont dû faire face, d'une part, à l'Administration manifestement peu désireuse de chercher à comprendre les problèmes locaux, d'autre part, à une opposition populaire incarnée par Pouvanaa. Fin 1949, le président Jean Millaud comprend que l'assemblée est prise entre deux feux et qu'elle perdra le combat : "L'assemblée a travaillé pendant trois ans, elle a fait ce qu'elle pouvait ; c'était une lutte ouverte contre l'Administration. Nous avons été jusqu'à claquer les portes en menaçant de démissionner parce que nous voulions que l'on fasse droit à tous les désirs des populations et aujourd'hui ces mêmes populations nous disent que l'on ne s'occupe pas d'elles" (1).

Un désir de plus grande autonomie
Cette assemblée demande l’extension de ses attributions, la suppression des dépenses obligatoires (voir le commentaire sur les institutions) et voudrait faire prévaloir son point de vue là où elle est seulement consultée (par exemple sur le prix du coprah ou le choix des fonctionnaires). Elle a cherché en vain la suppression du conseil privé du gouverneur (voir le commentaire sur les institutions). Enfin, d’après Lassalle-Séré, elle aurait eu tendance à soutenir toutes les revendications de la population. Elle est même soupçonnée d’avoir plus ou moins soutenu les contestataires pendant l’affaire du Ville d’Amiens. Si le gouverneur s’oppose à l’extension des pouvoirs de l’assemblée, c’est, dit-il, quelle « a besoin d’un peu de maturité politique». Sur les rapports difficiles entre l’assemblée et l’Administration, voir la démission de Jean Millaud, le refus de l’impôt sur le revenu et la séance du 19 novembre 1951 (voir doc).

Conclusion

L'assemblée élue fin 1945-début 1946 est-elle réellement "représentative" ? Pouvanaa et ses amis répondent vite négativement et ne sont pas d'accord avec le gouverneur Haumant qui affirme que "l'assemblée est bien, aujourd'hui, le reflet de l'opinion publique". D’autres représentants de l’État ne tardent du reste pas à exprimer leur désaccord avec cette dernière opinion. Le rapide désaveu de cette assemblée au travers de l’élection de Pouvanaa à la députation et l’élimination de nombreux conseillers – sauf cinq – en 1953, montrent bien que l’adjectif « représentative » n’avait qu’une valeur relative. Cette assemblée a été une étape dans l’apprentissage de la vie démocratique, un processus ralenti par le peu de formation des électeurs et des élus et par les réticences de l’État à appliquer les engagements de 1946 : conduire les peuples à la liberté de s’administrer eux-mêmes.

Une séance très ordinaire

La séance du 19 novembre 1951 illustre bien les rapports difficiles entre l’Administration et l’assemblée. Comme cette dernière réclamait une fois de plus l’extension de ses compétences, le secrétaire général s’indigne : « il faut quand même que la Métropole garde un minimum de prérogatives dans les Territoires de l’Union française ! ». J. Millaud qui avait démissionné de la présidence un mois plus tôt réplique que « [La France] peut conserver certaines prérogatives, [mais] quand il s’agit des intérêts du Territoire, l’assemblée doit pouvoir intervenir ».
Le secrétaire général s’emporte contre les conseillers :
« La Métropole fait ici des sacrifices considérables dont personne ne veut
tenir compte : un million de francs métropolitains par an ! Mais cela on veut l’ignorer ici ».

Nouvelle réplique de Jean Millaud :
« La Métropole peut réduire ces dépenses. Nous n’avons pas besoin d’autant de personnel et elle pourrait ainsi réaliser quelques économies. J’ai toujours cherché à travailler avec l’Administration, mais lorsque j’ai vu que tous mes efforts aboutissaient à ce budget de 280 millions, j’ai compris et je suis parti ».

Le secrétaire général – cherchant à faire diversion ou à mettre les conseillers en porte à faux – signale que le gouverneur « est décidé à proposer au Département (= le ministère de la France d’Outre-Mer) des mesures » comme la modification de l’index de correction. Il fait ainsi l’éloge du gouverneur : « il faut un souci élevé de ses responsabilités pour risquer l’impopularité auprès de tous les fonctionnaires généraux et locaux ». Il ajoute : « cela permettrait d’atténuer les dépenses ».
Sur ce terrain, les conseillers sont manifestement mal à l’aise.

12 - PV de l’AR, séance du 22 novembre 1949, p. 234 et suivantes. Cette séance fait suite à la première élection de Pouvanaa à la députation.
[J.M.Regnault]


       Conseillers de l'Assemblée en visite de chantier

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