Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 2- Conséquences sur la société -

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Conséquences des premiers contacts

2- Conséquences sur la société

La fréquence des escales européennes et le séjour de plusieurs mois des mutins de la Bounty eurent un impact certain sur la vie quotidienne de la population, même s’il fut moindre que celui qu’ils eurent sur les luttes intestines et les rivalités entre chefferies ou les coalitions tribales. Continuant de vaquer à ses occupations artisanales et agricoles destinées à concrétiser le statut et le prestige des aristocrates sous l’autorité desquels elle vivait, à savoir la formation d’un surplus économique ou autre, la population vit apparaître certaines transformations et altérations de son mode de vie. Vancouver nous le décrit très bien : « La connaissance qu‘ils ont acquise maintenant de nos outils les plus utiles implique qu’ils leur sont devenus essentiels au même titre que d’autres marchandises européennes ; ils ont délaissé leur outillage antérieur dont ils perdent jusqu'à l’usage et même le souvenir. Nous en eûmes une preuve convaincante dans les quelques outils ou ustensiles d’os et de pierre que nous vîmes parmi eux. Ceux qu’ils nous offrirent d’acheter étaient d’un travail grossier et de mauvaise qualité, destinés seulement à nous être vendus comme curiosité. Je reste aussi persuadé qu’en ajoutant une petite quantité d’étoffes européennes à celles qu’ils possèdent à présent, ils abandonnent complètement la culture du mûrier, déjà fortement négligée et ils compteront seulement sur l’apport précaire pouvant provenir de visiteurs accidentels. De ces pénibles considérations, il apparaît de toute évidence que les Européens seront contraints selon les lois de l’Humanité à pourvoir régulièrement aux besoins qu’ils ont seuls créés ». Tout en montrant bien l’impact culturel lié à la pénétration européenne, ce texte indique aussi à satiété les facultés d’absorption de la modernité dans la société tahitienne malgré les aspects négatifs qu’elle peut comporter.

Alcool, épidémies et armes à feu.

Par Bligh et Vancouver, nous savons aussi que les Tahitiens en contact avec les bâtiments de passage prirent rapidement goût à l’ava peretane ou l’alcool britannique. Pomare vida un jour une pleine bouteille de brandy qu’il avait quémandée à Vancouver. Lors des repas sur la Bounty auxquels il conviait les chefs qui lui rendaient visite, Bligh se voyait contraint de remplir les verres de ses hôtes qui entendaient boire à plusieurs reprises à la santé du roi George III. Avec l’essor des activités liées à la pêche à la baleine, la consommation d’alcool à Tahiti s’accroit jusqu'à devenir rapidement un véritable fléau.
Les navires européens répandirent dans les îles du Vent les germes du mal vénérien que la population tahitienne dénomma tua, pourriture. Ils s’efforcèrent d’y chercher un remède ou un palliatif dans leur plantes et crurent un moment l’avoir trouvé dans l’ava (Piper methysticum). Il n’est pas possible d’estimer avec précision les ravages provoqués par le mal vénérien et les autres affections importées sur l’archipel quoique tous les auteurs s’accordent pour parler de foudroyante dépopulation. Que ce soient les grippes ou des épidémies comme celle que la présence des équipages de Vancouver et Broughton provoque et dont les effets désastreux sont précisés à William Bligh, que ce soient les effets des plus pernicieux des maladies sexuellement transmissibles, que ce soient enfin les morts consécutives aux trop nombreuses incursions guerrières effectuées avec les quelques cinquante armes à feu que Bligh recense dans l’île en 1792, sans parler des armes traditionnelles, l’impact sur la démographie fut très important. D’après le journal de J.Morisson, qui a suffisamment vécu dans l’ile pour offrir une estimation à laquelle apporter quelque crédit, la population de Tahiti devait avoisiner les 35 000 habitants à l’arrivée de Samuel Wallis, en 1767. Au départ de William Bligh, en 1792, il faut en soustraire au moins 6 000.
L’arrivée des Européens dans la seconde moitié du XVIIIe siècle a dû être ressentie comme une rupture par la population tahitienne : non seulement les Polynésiens ne sont plus seuls au monde avec leurs dieux, mais ils réalisent à leurs dépens la suprématie technologique de ces étrangers. Leur espace mental en est affecté. Le temps des premiers contacts passé, ils font montre d’une surprenante capacité d ‘adaptation dans la mesure où ils assimilent les facteurs de modernité auxquels ils souhaitent recourir pour leur usage propre.

[P.de Deckker, chapitre 2, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]


Arme à feu, objet d'échange

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