Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - National -

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Le contexte historique national

La politique coloniale de la France


Jules Ferry

De 1881 à 1885, la colonisation française est en réalité très active. Le traité du Bardo par exemple, instaure le 12 mai 1881 le protectorat sur la Tunisie. Le 30 mars 1885, la France est défaite à Lang Son en Indochine et le 6 avril, la Chine lui cède successivement l'Annam et le Tonkin(1) En cette même année 1885, des députés, représentants de la volonté du peuple, forment un groupe de deux cent soixante-sept personnes qui s'affirme ouvertement anticolonialiste, tandis que trois cent six d'entre-eux votent la chute de J. Ferry après Lang Son(2). La politique coloniale des gouvernements français successif choque et interpelle une opinion publique en partie sensible au discours anticolonialiste mais en majorité indifférente à la question. Peut-on pour autant dire que l'opinion est hostile à une politique d'expansion coloniale ?

Les années 1890 marquent une ère de succès(3) coloniaux qui tend à réconcilier une partie de l'opinion avec la politique d'impérialisme. Peu à peu l'opinion publique est séduite car « la cause coloniale et la cause patriotique se confondent(4) » sous les efforts conjugués de la presse populaire, de nombreux hommes de lettres, de chansonniers ou même d'institutions prestigieuses. Ainsi les organismes coloniaux connaissent une forte croissance, notamment le Comité de l'Afrique française qui passe de 1000 adhérents en 1891 à 3000 en 1895(5). Le Parti colonial compte 120 députés « adhérents » dans la Chambre élue en 1893 et près de 200 en 1901. L'accroissement semble se doubler d'un développement de son influence, tant au sein de l'assemblée que de l'opinion publique dans son ensemble : il est en effet le second groupe parlementaire le plus puissant derrière le groupe agricole. A l'inverse, le mouvement anticolonialiste semble se réduire même si l'opposition au colonialisme retrouve de la vigueur à travers l'incident de Fachoda(6) en 1898, qui entraîne l'Angleterre et la France au bord de la guerre.

En guise de conclusion, on peut citer encore une fois Charles-Robert Ageron qui dans son ouvrage « France coloniale ou parti colonial » mentionne l'anecdote suivante : Etienne Clémentel, tout juste nommé ministre des Colonies en 1905, médite à son entrée en fonction sur une carte des possessions françaises, avant d'avouer : « les colonies (...) je ne savais pas qu'il en eût tant ! ». Les Français furent longtemps aussi peu informés que le ministre. Ainsi, dans ses profondeurs, la France n'est pas coloniale entre 1880 et 1914. Cependant, comme les autres grands pays d'Europe, la France eut son parti colonial, qui tenta de faire naître une France coloniale.


(1) Durant la guerre franco-chinoise, les Français ont d'abord l'avantage total : avec l'attaque de Taïwan et le débarquement à Taïpei. Forte de son succès, la France réclame le Tonkin au cours de négociations secrètes et renonce à l'indemnité. Mais un incident remet le feu aux poudres. Une petite bataille à Lang Son au Nord du Tonkin se solde par une victoire chinoise, mais les Français reprennent l'avantage le 30 mars 1885. Les Chinois acceptent toutes les conditions. Le 6 avril, le traité de Tianjin est signé, stipulant que la Chine renonce à l'Annam. La France était déjà présente en Cochinchine et au Cambodge. Avec l'Annam (et le Laos), elle contrôle tout l'Est de la péninsule indochinoise. En 1891-93 est créée la Confédération indochinoise, composée de la Cochinchine et des quatre protectorats.
(2) Le massacre par les Chinois de la garnison de Lang-Son, provoque de vives réactions à l’Assemblée nationale. Les députés désavouent Jules Ferry.
(3) 1893 : établissement d'un protectorat sur le Laos, qui entre dans l'Union indochinoise. 1er octobre 1895: traité de protectorat sur Madagascar.
(4) Marc Michel, « L'ambition coloniale », Dictionnaire de la France coloniale, Paris, Flammarion, 2007, 936 p.
(5) Il faut noter cependant que la Deutsche Kolonialgesellschaft (société coloniale allemande) compte 18 000 adhérents à la même période alors que les possessions allemandes sont très largement inférieures à celles de la France.
(6) La crise de Fachoda est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume-Uni en 1898. Son retentissement a été d'autant plus important que ces pays étaient alors traversés par de forts courants nationalistes. Elle tire son nom d'un poste militaire avancé à Fachoda, au sud de l'Egypte.


[V. Gleizal. Thèse de doctorat. La colonisation française des EFO : délimitation, représentations et spécificités de 1842 à 1914]

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