Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La création des cocoteraies -

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Le contexte économique

La création des cocoteraies


Les atolls des Tuamotu tirent parti les premiers de cette demande de coprah. Il est vrai que le choix des cultures était par ailleurs restreint. Rangiroa et Fakahina se dotent à leur tour de cocoteraies, entre 1865 et 1870. Mais, avant même la première récolte, le cyclone de 1878 leur porte un rude coup. En 1887, Hao et Fangatau créent leurs premières cocoteraies, et les années 1890 voient les atolls de l'est se mettre également à planter, encouragés par les missionnaires catholiques. L'essentiel de la cocoteraie paumotu est donc mis en place entre 1880 et 1900. Un trait la caractérise : elle est la propriété pleine et entière des populations polynésiennes de ces îles.


Cocoteraie d'Anaa en 1880

Dans les îles hautes, y compris aux Marquises, la situation est différente. Cultures vivrières et cultures spéculatives ont : longtemps détourné les producteurs, tant européens que polynésiens, de la cocoteraie. Les sept années nécessaires à l'attente de la première récolte, la nécessité de disposer de grandes superficies découragent les uns et les autres. Bien peu enfin disposent dans les années 1860 du capital nécessaire. Aussi, en 1865, l'enquête agricole officielle révèle-t-elle que 37 exploitations seulement possèdent, entre autres cultures, une cocoteraie. Le total recouvre une superficie de 23 hectares ! L'enquête de 1884 (voir doc) estime, toujours pour l'île de Tahiti, que plus de 2 270 hectares sont exploités en cocoteraie. Même si ce chiffre englobe les cocotiers sauvages, la différence est éloquente. Le seul district d'Afaahiti met en place, autour de 1882, 750 hectares de cocoteraie.

La facilité très grande de stocker le coprah (et de ne le céder qu'au bon moment), les cours élevés de ce produit sur les marchés d'Europe attirent les planteurs. Nombreux sont ceux qui ont retiré du coton et de la vanille de substantiels profits qui ne demandent qu'à être investis. Or la cocoteraie apparaît alors comme le placement idéal. Par une active propagande, l'administration coloniale ne manque pas de le rappeler. De plus, l'élevage peut parfaitement se conjuguer avec la cocoteraie, et ni l'une ni l'autre de ces activités ne demandent une main-d’œuvre nombreuse.

Un facteur psychologique joue également un rôle déterminant. En cette fin du XIXème siècle, être "propriétaire", pouvoir "vivre de ses terres", demeure pour beaucoup d'Européens, surtout français, le signe de la réussite sociale. Il n'est donc pas étonnant que la nouvelle bourgeoisie "demie", en train de se constituer, qui jusque-là tirait ses principaux revenus du négoce, se soit mise à acquérir de grandes propriétés et à immobiliser le capital nécessaire. Il faut alors souligner que les cocoteraies se constituent au détriment des petits cultivateurs polynésiens, restés au stade de la micro-propriété. Une nouvelle phase de l'économie polynésienne s'ouvre : un nombre croissant de Polynésiens se trouve appelé à mettre en valeur les cocoteraies d'une bourgeoisie essentiellement urbaine. De plus, les conflits en matière foncière s'accroissent et sont aggravés encore par la reprise démographique qui commence à se dessiner.

Une production irrégulière

Les exportations de coprah ne cessent de croître dans les E. F.O. mais Tahiti et les îles ne parviennent cependant à exporter qu'un peu moins que les Samoa et seulement l'équivalent de la moitié de la production tongienne. Les cyclones causent des dommages très importants : ainsi la production tombe de 3 000 tonnes (1876) à 1 189 tonnes (1879) à la suite du cyclone de 1878. Les années 1900, qui connaissent aussi de très graves dépressions tropicales, voient la production chuter à 3 400 tonnes en 1907, alors que la moyenne des années 1890 tourne à plus de 5 000 tonnes. Dégâts cependant plus spectaculaires qu'irrémédiables puisque, dès 1911, la colonie est en mesure d'exporter 8 683 tonnes ! Par contre, les années de sécheresse entraînent la multiplication des parasites du cocotier et affectent plus sérieusement les récoltes que la prolifération de rats menace également.

En dépit de ces handicaps, le coprah devient la première exportation des Établissements français d'Océanie. De 14% en 1880, il représente, à partir de 1900, quelque 40% des exportations totales. Une époque faste semble s'ouvrir pour Tahiti. La découverte de phosphate à Makatea dont l'exploitation débute en 1911, vient ajouter d'importants revenus et la balance commerciale de 1902 à 1914, est constamment excédentaire. L'année 1913 bat tous les records avec un solde positif de 2 544 000 francs.

[P.Y. Toullelan, chap. 7, vol. 7 Encyclopédie de la Polynésie]

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