Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Echec du Conseil colonial et politique d’assimilation -

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Echec du Conseil colonial et politique d’assimilation


Hôtel du directeur de l'intérieur à Mamao

Idéologiquement, l'instauration d'institutions électives libérales a été inspirée par la politique d'assimilation qui guidait le gouvernement français à cette époque. Elle consiste à prendre les institutions de la métropole comme un modèle qui doit s'appliquer progressivement dans toutes les colonies, au fur et à mesure de leurs progrès, dans la voie du développement économique et social.

Dès la suppression du Conseil colonial, le ministre de la Marine et des colonies donne des instructions très précises au gouverneur afin de créer un Conseil général identique à ceux qui existaient en France à la même époque. L'idée est de faire bénéficier Tahiti des mêmes institutions démocratiques que la métropole.

De même, c'est pour des raisons de justice et d'égalité politique entre les différentes ethnies de la colonie que le système des deux collèges électoraux utilisés pour l'élection du Conseil colonial fut abandonné.

Or, à Tahiti, le directeur de l'intérieur soutient le système du double collège dans le but d'empêcher les protestants d'être majoritaires dans le futur Conseil général. Son chef, le gouverneur Morau s'oppose régulièrement aux idées de son subalterne au nom des principes libéraux qui guident son action. D'après lui, si l'influence protestante dispose d'un réel pouvoir sur la population, l'administration doit s'en faire une alliée. En effet, il semble bien difficile de combattre une église qui puise ses forces dans les consciences sur lesquelles le gouverneur Morau se refuse à exercer la moindre pression, «sans nous parjurer, sans méconnaître une des plus belles conquêtes de l'esprit moderne»(6).

Le Conseil supérieur des colonies et le ministère ont adopté l'unité de liste pour qu'il n'y ait plus de distinction entre les Français d'origine européenne ou polynésienne. D'ailleurs, les règles relatives à l'éligibilité sont la reproduction de celles que la loi du 10 août 1871 a prévues pour la France.

Les défenseurs de la politique d'assimilation sont très nombreux à Paris et en particulier, au sein du Conseil supérieur des colonies. Certains conseillers comme Dislère sont hostiles à la création d'un Conseil général par crainte de donner la majorité dans cette assemblée aux Polynésiens. Le conseiller Puaux est d'un avis contraire car, pour lui, les Tahitiens se sont donnés à la France en 1880, c’est-à-dire très peu de temps après la défaite de 1870. Il est donc impensable de faire des discriminations envers des citoyens français et Puaux déclare devant le conseil : «si nous voulons que notre politique coloniale soit aimée et respectée, il ne faut pas qu'elle s'inspire de tels sentiments. Tahiti est un exemple unique peut-être d'une population ayant subi d'une manière aussi remarquable l'influence de la civilisation française ; l'heure est venue de l'associer plus complètement encore aux destinées de la mère-patrie. »(7)

À Tahiti, le gouverneur Morau défend la même politique d'assimilation ; dans une lettre adressée au ministre de la Marine et des colonies, il développe ainsi sa pensée : « je ne verrai jamais, dans la population en général, que des Français ayant un droit égal à nos libertés politiques. Ces libertés doivent en effet n'être qu'un acheminement à l'égalité de tous devant la justice et l'administration. » Il précise ensuite ses conceptions lors d'une séance du Conseil d'administration : « quoi qu'il en soit nous sommes en présence d'une nécessité absolue qui s'impose : c'est celle de la fusion des intérêts par une confiance réciproque. Il faut que l'autorité supérieure le proclame et le prouve ; ii faut qu'elle acquière cette confiance et, forte alors, elle entraînera avec elle les individualités qui lui seraient opposées, et ne sauraient jamais représenter l'intérêt national »(8).

La politique d'assimilation a également pour but de faciliter le contrôle des colonies par le pouvoir central : c'est l'opinion du professeur Newbury qui montre ainsi les limites de cette doctrine : « le système ... était donc assimilationniste, non pas dans le sens où ces institutions marchaient partout de la même façon... mais dans le sens où le système promouvait le contrôle final politique des colonies par le gouvernement français... Une belle centralisation mettait les limites aux aspirations locales à l'autonomie.» (Newbury C.W., 1980, p. 204-205).

Finalement, l'échec du Conseil colonial et la volonté d'appliquer la politique d'assimilation à Tahiti décident le gouvernement central à faire une réforme globale des institutions locales. C'est l'objet de deux décrets du 28 décembre 1885, le premier concerne le gouvernement des É.F.O. et le second organise le Conseil général.

(6). Lettre de Moreau au ministre de la Marine et des colonies, 14 octobre 1884, C.A.O.M., Océanie, C101, E36.
(7). Procès-verbal des séances du Conseil supérieur des colonies, 3 août 1885, C.A.O.M., Océanie, C101 E34.
(8). Procès-verbal des séances du conseil d’administration, 30 septembre 1884, C.A.O.M., Océanie, C101, E34.


[B. Gille. Histoire des Institutions publiques à Tahiti du XVIIIème siècle à nos jours. CRDP]

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