Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les Chinois après Atimaono -

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Les Chinois après Atimaono


Représentation d'un Chinois
dans le "Mariage de Loti"

Lorsque "Terre Eugénie" (nom donné à la plantation d'Atimaono par Stewart en hommage à l'épouse de Napoléon III) "libère" ses travailleurs, combien reste-il de Chinois à Tahiti ? Les statistiques de l'époque, souvent sujettes à caution, semblent dans le cas présent assez fiables, tant ce groupe inquiète, surtout quand il vient se fixer à Papeete et dans les environs. Tout est fait cependant pour les retenir dans l'île, où le besoin de main-d’œuvre est toujours aussi pressant. Il n'en reste guère plus de 500, y compris les 35 qui demeurent aux Marquises. Ils sont encore 477 en 1881, puis 439 en 1884 : il est vrai que le taux de mortalité est élevé : pas moins de 101 décès, rien qu'à Papeete, entre 1871 et 1884. Cette année-là, 228 cultivateurs, jardiniers et journaliers sont répertoriés, ce qui signifie que les Chinois assurent bien leur rôle : alimenter le marché de Papeete en produits maraîchers et fournir des bras aux colons. Pourtant, leur nombre ne cesse de décroître : 371 en 1887, puis 322 en 1897. Ces chiffres reflètent cependant mal la réalité : en fait le premier noyau est fortement affaibli, non seulement par une mortalité très lourde mais aussi par des départs constants. Or, de 1887 à 1897, on compte 70 nouvelles arrivées. Ce n'est certes pas "l'invasion céleste" dénoncée avec vigueur, mais l'aspect de la communauté chinoise en sort profondément modifié.

A l'aube du XXème siècle, les engagés chinois de 1865 sont, soit retournés en Chine, leur vœu le plus cher, soit décédés, en raison d'un taux de mortalité élevé, mais aussi de leur grand âge. Ce premier groupe, composé d'éléments très frustes, a laissé peu de traces, d'autant que ceux qui demeurent dans la colonie ont, et ce dès 1868, contracté des unions avec des Polynésiennes et parce biais, eux et leur descendance se sont parfaitement intégrés à la communauté polynésienne. Le plus souvent cultivateurs, ils vivent dans les districts proches de Papeete, mais demeurent isolés et ne constituent pas, à proprement parler, une communauté chinoise.

Quelques dizaines de Chinois habitent, dès les années 1870, à Papeete. Sans capitaux autres que leurs économies, sans contacts avec l'extérieur, ils s'installent davantage comme artisans que comme commerçants. Ils s'avèrent aussi d'excellents colporteurs, qui vont là où l'on ne va pas, d'une extrême austérité, soutenus par une solidarité à toute épreuve. La place de Papeete les accueille favorablement car, en 1884, on ne compte que 67 patentés chinois.


Première photographie d'un homme
chinois et de son enfant à Tahiti

Mais ce noyau, fort modeste en nombre comme en qualité, est renforcé par de nouveaux arrivants, et ceci, avant 1907. On ne sait rien de ces nouveaux venus (voir doc). Tout semble laisser supposer toutefois qu'ils ne viennent pas de Chine mais des pays limitrophes du Pacifique qui se ferment peu à peu aux Asiatiques. A peine une dizaine par an choisissent Tahiti, avant 1897. On remarque justement que c'est dans les années 1890 que "les Chinois accaparent les belles maisons de commerce de Papeete où leurs frais peu élevés leur permettent de faire des bénéfices relativement considérables" (gouverneur Gabrié, 15 février 1897). La valeur des fonds locatifs est à cet égard instructive : en 1904, 83 Chinois paient patente à Papeete et totalisent, pour leurs boutiques et leurs ateliers, la somme de 100 730 F, Chin Foo venant en tête avec un fonds d'une valeur de 5 400 F. Les 43 patentés de Taravao n'atteignent que 15 000 F. Ces commerçants chinois "sont arrivés à se passer des commerçants français. Ils ont leurs fabricants, leurs intermédiaires chinois de San Francisco", déclare V. Raoulx en 1910, au Conseil d'Administration.

Ainsi, une communauté chinoise est en train cette fois de se mettre en place, dès la fin du XIXe siècle, d'un tout autre poids que celle que représentaient les engagés de 1865.

[P.Y. Toullelan, chap. 6, vol. 7 Encyclopédie de la Polynésie]

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