Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’épidémie de 1918 -

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Le contexte historique local

L’épidémie de 1918


Le 16 novembre, lorsqu'arrive à Papeete le vapeur Navua, le médecin arraisonneur révèle la présence parmi l'équipage de trois malades présentant un état mal défini et en apparence peu grave. Un des malades, un Tahitien, est débarqué et hospitalisé ; ordre est donné d'isoler les deux autres malades. Le 17 novembre, un des malades isolés succombe brusquement avec des phénomènes asphyxiques. Plusieurs cas se déclarent ensuite parmi l'équipage du Navua, puis à terre, le médecin, le personnel du port etc. L'épidémie, qui allait faire plus de 3 000 décès, se répandit à Tahiti mais aussi dans toutes les îles de la Société, jusqu'à Maupiti, la plus occidentale des îles Sous-le-Vent qu'elle atteignit en janvier 1919, et bien sûr à Makatea et dans quelques îles les plus au sud des Tuamotu. Cependant, la plupart des Tuamotu furent épargnées de même que les îles Australes et les îles Marquises, en raison de mesures de quarantaine strictes interdisant le départ des bateaux vers ces archipels. Aux îles de la Société, le taux brut de mortalité atteint 190 pour 1 000 en 1918 ; dans la première semaine de décembre, on compta jusqu'à plus de 70 décès par jour à Papeete, alors que la moyenne était normalement de 1 ou 2.


Le navire Navua arrive à Tahiti le 16 novembre 1918.

Cette grippe se caractérisa par le fait qu'elle toucha plus les adultes que les vieillards. En France, les quotients de mortalité en 1918 furent une fois et demie plus élevés de 5 à 14 ans par rapport à 1917 et doublés de 15 à 34 ans. Aux îles de la Société, la mortalité en 1918 connut les mêmes variations qu'en France par rapport à la normale, mais à un niveau beaucoup plus élevé. De 5 à 14 ans, la mortalité en 1918 est plus du double de celle de 1917-1918 sans épidémie ; elle est 5 à 6 fois plus élevée de 15 à 29 ans et multipliée par 15 ou 20 de 30 à 44 ans, et encore par plus de 10 à 45-49 ans. La mortalité de 1918 se rapproche ensuite progressivement de celle de 1917-1918, mais elle est encore 2 à 3 fois plus élevée à 70 ans et après. En 1918, à 20-24 ans, 1 homme sur 12 est mort, à 30-34 ans, 1 sur 6, à 35-39 ans, 1 sur 4 et de 40 à 49 ans, 1 sur 3.

Les Européens et les Chinois connurent une mortalité accrue par rapport à la normale mais bien inférieure à celle des Polynésiens. Aux îles de la Société comme en France, la grippe de 1918 n'affecte pratiquement pas les enfants et moins les adolescents que les adultes. Par contre, à la différence de ce qu'on a observé en France, les adultes au-delà de 40 ans ont plus souffert que leurs cadets, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. De plus, la mortalité par la grippe aux âges de la vieillesse continue d'être importante aux îles de la Société, phénomène totalement inconnu en France en 1918. Enfin, l'importance de la mortalité aux îles de la Société en 1918 n'a rien de comparable à ce qu'elle fut en France ; le niveau en est 10 à 20 fois plus élevé selon les âges.

La pointe de mortalité ne dura qu'un mois ; une mortalité aussi élevée sur plusieurs mois aurait simplement causé la disparition de la population. Une telle baisse de l'effectif de la population nécessitait déjà une quinzaine d'années pour que soit retrouvé l'effectif antérieur à l'épidémie. On comprend que lorsque les épidémies se succédaient parfois au rythme de deux ou trois par décennie, la population connaissait une baisse très importante et n'avait pas le temps de récupérer, d'autant que les conditions sanitaires entretenaient en dehors des années d'épidémie une mortalité élevée. Si l'épidémie de 1918 eut un effet favorable sur la structure de la population, il n'en était pas toujours ainsi ; certaines maladies touchaient plus particulièrement les enfants, ce qui créait une baisse de natalité différée lorsque ces générations atteignaient les âges de reproduction.

Le contrecoup

L'épidémie de 1918 a eu un effet important sur la natalité. En, réduisant de manière importante la population et plus particulièrement la population adulte, elle a diminué les effectifs de naissances qui élèvent seulement à 614 naissances en 1919 contre 901 en 1918, soit une baisse de 32 %.

L'indice synthétique de fécondité en 1919 est de 4,4 naissances par femme. Tous les âges ont été à peu près également touchés. La, baisse est due essentiellement aux conceptions empêchées et aux avortements provoqués par l'épidémie auxquels seule avait échappé une certaine catégorie de femmes dont la grossesse était dans un certain état d'avancement.

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La population étrangère résista mieux à l'épidémie de 1918. Pour les Européens, la maladie n'eut pas plus de conséquences que pour leurs concitoyens de Métropole. La mortalité des Chinois semble un peu plus élevée que celle des Européens, mais cela n'a encore rien de commun avec l'hécatombe qui toucha la population polynésienne. Le contact que les étrangers avaient eu dans leurs pays d'origine avec les différentes grippes annuelles et autres maladies infantiles avait créé chez eux une immunisation que n'avaient pas les Océaniens. On a cependant noté que, parmi les Polynésiens anciens combattants de retour de Salonique, traités à la quinine, il n'y eut qu'un seul décès.

[J.L. Rallu. Chap. 4, vol. 7 , Encyclopédie de la Polynésie]


Autour du maire de Pape'ete, Me Sigogne (deuxième à gauche) sont réunis : le docteur
Gauthier, Emile Martin, le pharmacien Jard, le docteur Danès et Mr Homes.

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