Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’organisation des sessions de l’Assemblée -

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1824-1842 Le "Royaume des Pomare"

L’organisation des sessions de l’Assemblée

A l’origine, l’Assemblée se réunissait à « Tarahoi », lieu situé dans le district royal de Pare. Ce nom fut donné par la suite à une place de Papeete lorsque le roi vint résider dans cette localité (1). L’Assemblée suivit le souverain et se réunit dès lors dans les locaux de la chapelle protestante de Papeete. Ce temple ayant brûlé, l’Assemblée se réunira en 1851 dans la salle d’armes de l’artillerie. Lors de cette session, il fut décidé de construire un local réservé aux réunions de l’Assemblée. La construction de ce palais – appelé fare apooraa – dura jusqu’en 1861, date à laquelle l’Assemblée put inaugurer ses nouveaux locaux.

Les sessions

Dès 1824 il avait été décidé que le souverain devait convoquer l’Assemblée chaque année, au mois de mars, la durée de la session variant en fonction du « nombre des affaires à traiter ». Elle ne fut pas convoquée chaque année et la période consacrée aux sessions était variable. (2)


Eglise protestante, lieu de réunion de l'assemblée

Aux termes de l’article 7 de la convention du 5 août 1847, la reine et le commissaire convoquent de concert l’Assemblée. Celle-ci se réunira à douze reprises entre 1848 et 1866.

Durant cette période la durée des sessions était en moyenne de neuf jours, avec un maximum de quinze, à cause des excès auxquels donnaient lieu ces réunions de parlementaires à Papeete (3).

En fait, à partir de 1861, le pouvoir exécutif se dispensa de suivre la règle de la périodicité des sessions et espaça les convocations de l’Assemblée (4). Le commissaire de la Roncière ne la convoqua qu’une fois en 1866 et ses successeurs évitèrent de la réunir, par la suite de l’évolution de la pratique institutionnelle du Protectorat vers une concentration des pouvoirs entre les mains du commissaire.

Le cérémonial d’ouverture des sessions

A l’échelle de Tahiti, les cérémonies d’ouverture des travaux de l’Assemblée représentaient un des évènements majeurs de l’année. Le cérémonial observé était plutôt pittoresque jusqu’en 1842 et se déroulait de la façon suivante : le cortège royal partait du palais de la reine et se rendait en grande pompe au siège de l’Assemblée. « En tête du cortège flottait le drapeau de Tahiti, rouge, blanc, rouge, en bande horizontales. Derrière venaient la reine et le roi suivis des troupes royales, en file sur deux rangs. Enfin venaient tous ceux qui s’étaient trouvés quelques titres à figurer dans cette parade… » (5). Les officiers de la suite royale « étaient vêtus d’uniformes de toutes couleurs et de tout acabit. Ils avaient dû les récolter au hasard de leurs bonnes fortunes, ou lors de la visite de quelques navires de guerre » (5).

A partir de l’instauration du Protectorat, les cérémonies devinrent encore plus solennelles et les commissaires successifs prirent soin de faire respecter le cérémonial établi. Il fut définitivement fixé par du Bouzet en 1855 et constamment rappelé par des ordonnances lors des sessions ultérieures (6). A chaque cérémonie d’ouverture, le commissaire se rendait au palais royal et accompagnait la reine jusqu’à l’Assemblée, le cortège officiel étant composé de tous les officiers et consuls. Les honneurs étaient rendus par une salve de 21 coups de canon et par « deux haies de soldats formées par toutes les troupes de la garnison, gendarmerie, artillerie, infanterie, compagnie indigène » (7). Ces militaires en grand uniforme encadraient les personnalités dans leur traversée de la ville, « un piquet de la gendarmerie à pied, le sabre au poing, précédant le cortège » (7).

Ainsi, cette cérémonie ne manquait pas de panache et tendait à montrer à la population tahitienne, et aux consuls étrangers, l’importance que la France accordait aux institutions du Protectorat.

Mais quelle réalité se cachait derrière ce respect apparent de la fonction législative et quelle fut l’action menée par l’Assemblée durant la période étudiée ?

(1) L’actuelle Assemblée territoriale est située sur la place Tarahoi.
(2) L’Assemblée s’est réunie en 1824 (février), 1826 (mai), 1829, 1834, 1836, 1837, 1838, 1842 (mars), 1845 (mai et juillet), 1848 (mars), 1850, 1851 (mars), 1853 (juin), 1854 (août), 1855 (octobre), 1857 (février), 1858 (juillet), 1860 (mai), 1861 (décembre), 1866 (mars), 1877 (septembre).
(3) Le commissaire du Bouzet résumait ainsi la situation en 1859 : « il y aurait l’inconvénient à faire durer l’Assemblée plus de quinze jours, car cela dérange beaucoup les députés indigènes. La prolongation de leur séjour à Papeete leur est funeste. Ils se livrent avec excès à la boisson et font des sottises ». A.N.S.O.M., Océanie, A73.
(4) Le commissaire du Bouzet écrivait en 1859 : « Les Indiens n’ont aucun ordre d’idées et ne sont jamais pressés. A peine se sont-ils aperçus qu’il y eu une session de moins dans la durée de mon administration ». son successeur, de la Richerie, décida de ne plus convoquer l’Assemblée après 1861 : «Mon intention bien arrêtée était de modifier profondément cette institution. Non pas que je pense qu’il soit mauvais de réunir de temps en temps des assemblées d’indigènes et de les consulter sur leurs propres affaires, mais, en vérité, le titre de législateurs ne leur convient pas… La reine est du reste parfaitement dans cet ordre d’idées, et elle ne m’a, d’aucune façon, rappelé que j’avais oublié en 1862, 1863, 1864, de lui parler de l’Assemblée ». Ibid., A81.
(5) OLMSTED (F.A.), Incidents on a whaling voyage… New York, 1841, p.42 cité par O’Reilly, Tahiti au temps de la reine Pomare, 1975, p.51.
(6) Voir O’Reilly, 1975, p.54.
(7) B.O.E.F.O, 1857, p.129.

[B. Gille, L’Assemblée législative tahitienne 1824-1880, Annales du Centre Universitaire de Pirae n°5]

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