Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La Mamaia : crise religieuse ou politique ? -

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1824-1842 Le "Royaume des Pomare"

La Mamaia : crise religieuse ou politique ?


Représentation d'un membre de la Mamaia

Un nouveau culte ou mouvement religieux se développa bientôt au sein des églises tahitiennes et s'étendit plus tard aux autres iles de l'archipel. Fortement syncrétiste, il délivrait un message de réconciliation à une communauté très divisée et mal gouvernée. Comme pour le tutae'auri, la désignation de ce mouvement, « Mamaia » ou « fruit trop mûr », semble être née lors d'un prêche au cours duquel ses meneurs furent dépeints comme des chrétiens corrompus à l'imagination "fermentée".

La Mamaia fit peser une grande menace sur la religion protestante "établie" et le système de gouvernement par les chefs. Son idée d'une autre société, sans lois, contrastait avec les réglementations répressives et la vie dominée surtout par l'Église et la régence. Ses opinions anti-missionnaires attiraient les membres et les fidèles de l'Église qui croyaient fermement que les missionnaires s'enrichissaient grâce à leurs dons en huile. Le mouvement atteignit son apogée à Tahiti entre 1826 et 1828, à la fin de la régence. Les églises de Papeete et de Punaauia furent quasiment désertées, bien que les chefs eussent vite fait de bannir les meneurs. Tati et Utami, juges suprêmes de Tahiti et de Moorea, de même que les principaux chefs furent particulièrement sévères dans leurs punitions. Mais cette politique d'exil tendit à propager le mouvement dans les autres districts. Hue, par exemple, rassembla des partisans dans la presqu'île de Taiarapu, en septembre 1827, après avoir été banni de Punaauia. D'autre part, le missionnaire J. M. Orsmond pensait être capable de ramener au sein de l'Église la plupart des adeptes de la Mamaia exilés dans sa station de Moorea, y compris l'important jeune chef Paraita. Orsmond publia une brochure contre le mouvement en 1828 ; ce fut la première fois que le terme de « Mamaia » apparut sur une note écrite.

La Mamaia et les rivalités politiques


Tapoa II

Durant la période troublée entre 1830 et 1833, la Mamaia prit une nouvelle importance politique, de nouvelles alliances étant constituées. Même le parti de la reine fut considéré comme une menace pour les lois inspirées par les missionnaires et pour le « bon ordre » des gouvernements en place dans les îles. Dans chaque cas de conflit et de guerre, la Mamaia s'allia aux traditionalistes. Ainsi, en 1830 - 31, elle soutint le parti de la reine et les chefs de Taiarapu dans la restauration de la coutume proscrite, consistant à rendre hommage au souverain. Dans la réapparition de la lutte dynastique opposant les Fa'anui de Bora Bora à la confédération Opoa sous Tamatoa en 1832, la Mamaia se rangea du côté de Tapoa, des Fa'anui. Pendant la guerre civile à Tahiti, en 1833, elle appuya les chefs de Taiarapu. Lors de ces conflits de 1832 - 33, les prophètes de la Mamaia jouèrent le rôle traditionnel des taura et prédirent la victoire de la résistance.

Il n'est pas aisé d'évaluer l'engagement des différents chefs vis-à-vis des croyances de la Mamaia. L'évidence suggére que, voyant dans ce mouvement une source potentielle d'inspiration et de pouvoir pour contrebalancer l'influence des missionnaires, ils étaient traditionalistes et faisaient valoir en premier lieu leurs droits héréditaires. En 1830 - 1831, la reine était assimilée aux pro-missionnaires, des îles du Vent, et tutae’auri à la Mamaia. Tapoa, du parti des Fa'anui, ne nourrissait aucun grief contre la mission mais rêvait de reconquérir le gouvernement de ses aïeux. On vit même les chefs soi-disant rebelles de Taiarapu employer n'importe quel prétexte pour réaffirmer leur suprématie dans les affaires tahitiennes.


Mai chef de Bora Bora

Plusieurs chefs, tels Mai de Bora Bora et les principaux dirigeants de Taiarapu, semblent avoir adopté les doctrines de la Mamaia durant de brèves périodes, bien que la résurrection des pratiques traditionnelles ne fut pas forcément liée à la croyance religieuse. En fait l'alcoolisme et l'adultère dans les camps de Taiarapu n'étaient probablement pas plus dus à la Mamaia que la renaissance d'une pratique païenne, typique de leur guerre et consistant à tuer à la lance les enfants des ennemis.

La défaite et l'humiliation de Tapoa, en 1832, de même que la mort et l'échec des chefs de Taiarapu en 1833 signifièrent néanmoins que la Mamaia avait perdu son importance politique.

[N. Gunson, chapitre 8, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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