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1824-1842 Le "Royaume des Pomare"
Les personnages remarquables
PARAITA (1787-1865).

Autre nom : Teriitanoa a Temaehuatea. Paraita appartenait à une lignée inférieure des ari'i de Pare et dut son ascension rapide à son affabilité inaltérable et à son sens de la diplomatie. Sa carrière politique débuta en 1830 lorsqu'il fut désigné par ses pairs comme successeur du chef de Pare, écarté du pouvoir par les missionnaires anglais car il participait fréquemment aux débauches des hérétiques de la secte des Mamaia. C'était l'époque où Pare commençait à devenir Papeete, port le plus important et capitale de Tahiti où la reine Pomare IV avait désormais sa résidence principale. La famille de Paraita avait la chance de posséder les terrains les mieux situés (actuellement occupés par le centre Vaima) et dont la location aux commerçants assurait des revenus très confortables.
Dans la société polynésienne en mutation, Paraita devint vite un intermédiaire indispensable, seul capable d'obtenir un « arrangement » même dans les affaires les plus ténébreuses. La jeune reine lui faisait confiance, incapable qu'elle était de maîtriser tous les problèmes créés par le nombre grandissant de baleiniers faisant de longues relâches à Tahiti et abandonnant des matelots déserteurs. Le titre officiel de Paraita était 'auvaha, mot qui dans la société tahitienne ancienne désignait le porte-parole ou orateur d'un ari'i. Ce nouvel 'auvaha se mit rapidement à prendre des décisions au nom de la reine sans même la consulter. Ceci explique que dans tous les documents en langues européennes, Paraita soit désigné comme « régent », terme qui n'a pas d'équivalent en tahitien. Trop occupée par les fêtes et les jeux, la reine Pomare se satisfaisait très bien de cette usurpation de pouvoir.
Lorsque Jacques Moerenhout commença à œuvrer en faveur d'un Protectorat français, Paraita l'appuya énergiquement car il était convaincu que c'était la seule manière de mettre fin à l'anarchie qui régnait alors. Protestant, élevé par des missionnaires anglais, il aurait bien sûr préféré que l'Angleterre assumât ce rôle protecteur, mais dès 1840 il était devenu évident que le gouvernement de Londres portait moins d'intérêt à la Polynésie orientale.
C'est ainsi que Paraita signa le 9 septembre 1842 la pétition demandant le protectorat français. Il collabora activement avec le gouverneur Bruat et prit personnellement part aux combats, dans les rangs français, avec beaucoup de bravoure. Les gouverneurs qui se succédèrent après la fin des hostilités, en 1847, continuèrent à se servir de lui pour contrebalancer le pouvoir de la reine, moyennant un salaire de 5 000 francs. Dans un rapport officiel, datant probablement de 1853, Paraita est mentionné en ces termes qui ne sont pas entièrement flatteurs : « Ce fonctionnaire jouit, aujourd'hui, d'une influence énorme, qu'il étend tous les jours, avec une habileté et un esprit de suite qu'on ne reconnaît qu'à la longue. Très dévoué au gouvernement du Protectorat dont il est un des fondateurs, il sait que la retraite des Français serait non une cause de ruine, car il est assez rusé pour en conjurer les conséquences, mais causerait un ébranlement qu'il redoute. Malgré l'obésité de l'enveloppe c'est, peut-être, l'un des esprits les plus déliés qu'il y ait parmi les Indiens. On peut lui confier certaines missions délicates, son dévouement et son habileté les font aboutir. Son principal défaut est la rapacité, mais il sait néanmoins être généreux, au besoin. Sa nature et ses fonctions en font un antagoniste presque naturel de la reine à qui il fait contrepoids. Paraita n'a pas de brillantes qualités. Il est peu apte à parler en public ».
Paraita mourut le 24 octobre 1865 et fut enterré dans sa propriété de Mamao.
Une avenue portant son nom joint le quartier de Farimata à ceux de Vaininiore et de Patutoa.
[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron]