Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le commerce interinsulaire -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1885-1903. Le Conseil général | Contexte économique | Le commerce interinsulaire

Contexte économique

Le commerce interinsulaire

Si les îles du Vent sont les principaux centres de production des E.F.O. en cette seconde moitié du XIXe siècle, l'importance économique des archipels n'est pas négligeable. Les commerçants européens y font, loin des yeux de l'administration, les opérations les plus fructueuses, profitant de la méconnaissance des habitants quant aux cours réels de leurs productions. C'est dire que les navires ne manquent pas pour s'aventurer jusqu'aux plus lointaines îles des Tuamotu. L'anarchie qui régnait au temps de Moerenhout et des premiers capitaines de goélettes a laissé la place à un début de monopole, détenu par les principaux négociants de Papeete. Dans les années 1860, Alfred Hort et John Brander rivalisent encore aux Tuamotu, mais dans la décennie suivante, J. Brander, avec ses cinq goélettes, mérite seul son surnom de « roi des îles ».

Son monopole s'écroule à partir de 1880, face à l'implantation, de sociétés commerciales aussi puissantes que Crawford, Maxwell (États-Unis), et surtout la Société commerciale de l'Océanie (Allemagne). Cette dernière réussit la percée la plus spectaculaire : avec ses neuf navires, dont un à vapeur, elle assure l'exclusivité des liaisons avec les Marquises et les îles Sous-le-Vent. Le temps des capitaines de goélettes indépendants est bien révolu, même si Emile Lévy contrôle encore les Gambier.


La Croix du Sud dans le port de Papeete

De cette situation, il résulte une irrégularité totale dans les liaisons avec les archipels, et surtout un assujettissement inacceptable des planteurs et des producteurs des îles vis-à-vis de ces puissantes sociétés. L'administration coloniale est saisie par le Conseil général de ce problème à la fin de 1889. Mais il faut attendre 1897 pour qu'un petit steamer, la Croix du Sud, desserve régulièrement les archipels. La disparition, en 1902, de ce navire, aux Tuamotu, rend aux sociétés privées, presque toutes étrangères, le monopole du trafic avec les « dépendances ».

Les gouverneurs tentent de se dégager de pareille situation, mais les réformes qu'ils veulent introduire se heurtent au refus de Paris de confier la desserte officielle des îles (y compris pour le service postal), à une société étrangère. Il faut donc s'en remettre aux dizaines de goélettes et de cotres de quelques dizaines de tonneaux, contrôlés par les négociants de Papeete pour gagner les îles, et ce n'est qu'en 1913 que le vapeur Saint-Michel établit des liaisons officielles régulières. Le souci du gouvernement français d'empêcher les sociétés étrangères d'effectuer les liaisons à l'intérieur d'une de ses colonies aboutit au résultat inverse : le commerce interinsulaire demeure en dehors de tout contrôle, pour le plus grand bénéfice des sociétés américaines, australasiennes et allemandes.

[P.Y. Toullelan, chap. 7, vol. 7 ,Encyclopédie de la Polynésie]

Retour en haut de page