Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le déclin d’Atimaono -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1885-1903. Le Conseil général | Contexte économique | Le déclin d’Atimaono

Contexte économique

Le déclin d’Atimaono

Henri Mager, 1859-1920, avocat et délégué au Conseil supérieur des Colonies effectue en 1893-1894 un tour des colonies. Il livre son analyse sur la situation économique des E.F.O.

« Tant que les Anglais, de 1865 à 1869, firent de bonnes affaires à Atimaono, ils créèrent une émulation réelle, une activité économique très favorable aux colons français de Tahiti. Ce fut la période prospère de notre colonie : mais lorsque la plantation anglaise disparut et lorsque le domaine fut cédé par «complaisance» administrative à une société, on peut dire sans capitaux, chaque année la production de la plantation diminua et, aujourd'hui, elle est en tel état, qu'on la croirait abandonnée.


Culture de la canne à sucre à Atimaono

En 1878, la colonie exportait encore cependant 333 000 kilogr. de coton égrené et 597 000 kilogr. de graines de coton ; en 1892, l'exportation n'a été que de 210 000 kilogr. de coton égrené et de 298 000 kilogr. de graines de coton : la ruine est consommée. L'industrie du coco râpé, créée par M. Goupil (Français), et qui donna 20 000 et 30 000 kilogr. de coco râpé par an, n'exporte plus 15 000 kilogr. de farine. L'industrie du jus de citron, qui fournissait à l'exportation, en 1875, 168 000 litres, n'en donnait que 720 en 1892.

Les usines à sucre sont au nombre de quatre, savoir : usine Creusot (Français), à Fautaua  (40 tonnes en 1894) ; l'usine Young (Anglais), à Papeete, (40 tonnes en 1894), la Société commerciale (allemande), de Mataiea (42 tonnes en 1894) ; Tati Salmon (Tahitien français), à Papara (10 tonnes). L'industrie sucrière, protégée par un droit de 0 fr. 25 à l'entrée, a pris récemment une certaine extension : sa production (130 à 150 tonnes) n'atteint encore que la moitié du chiffre de la consommation : cette industrie aurait donc un certain avenir si elle pouvait se procurer plus de cannes : elle ne le peut faute d'un chemin de fer côtier ; la canne de Paea pourrit sur pied, ne pouvant être achetée par les usines de Papeete et Fautaua qui, en l'état actuel des moyens de transport, devraient payer 10 francs par tonne pour être voiturées du champ à l'usine.

La distillerie produit 50 000 gallons de rhum, dont 5 000 à l'usine Creusot (Français), 5 000 à l'usine Atger (Français), 10 000 à l'usine Tati Salmon (Tahitien français), 10 000 à l'usine de la Société commerciale (allemande), 20 000 à Paea, chez MM, Challier (Français), Caron (Français), Alexandre (Sandwichien). Ces distilleries pourraient facilement donner 100 000 gallons (375 000 litres) ; mais elles doivent limiter leur production au chiffre de la consommation locale, par suite du prix trop élevé de la main d'œuvre ; le rhum revient en fabrique à 1 franc le litre et, à ce coût, ne peut être exporté.

Renaissance de l'agriculture

Il importe de ne pas laisser inculte le sol de nos établissements, tout au moins de Tahiti, de Moorea, des Marquises ; la richesse d'un pays ne peut sortir que de son sol. Revenons donc au système des primes inaugurées en 1863 et ne craignons pas de consacrer des sommes considérables à la mise en valeur des terres, sans oublier que cet effort ne pourra porter des fruits que s'il est continu.

Caractère de l'indigène

Si vers 1863, l'administration fut assez avisée pour constituer un domaine de colonisation, si elle a pu, à cette époque, acquérir plus de 2 000 hectares de bonnes terres pour les mettre à la disposition des Français immigrants, les administrateurs qui suivirent, inhabiles à la tâche qui leur était confiée, se désintéressèrent des questions agricoles.

Aujourd'hui la colonie ne dispose d'aucune terre, si ce n'est du domaine d'Atimaono qu'elle serait en droit de reprendre aux possesseurs actuels, qui n'ont pas rempli les clauses du contrat de 1876, et qui, faute de fonds, abandonnent leurs terres. Si l'administration centrale hésite à prendre cette décision et n'ouvre pas Tahiti aux travailleurs de France, Tahiti et Moorea ne pourront être mis en valeur (à fort peu d'exception près) que par les indigènes.

Sont-ils aptes au travail ? Un indigène, un conseiller colonial, aujourd'hui conseiller privé, n'a-t-il pas dit un jour, avec orgueil, au sein du conseil, en s'adressant aux membres européens : « Le travail vous donne votre pain : la paresse nous fait vivre. » L'indigène n'a aucun besoin il est vrai ; chacun a sa case que lui construisent ses parents, et pour sa nourriture les fruits de l'arbre à pain (les maiore), les fei des vallées, ses porcs et ses poules et les poissons qui abondent dans la mer. Dans ces conditions, le Tahitien ne se soucie guère de travailler. Je crois, pour ma part, que si l'indigène n'a pas de besoin et n'a pas l'habitude du travail, il pourra néanmoins se mettre à la tâche le jour où il y verra un réel profit, à la condition toutefois qu'il soit constamment soutenu, encouragé et guidé.

Celui-là même qui disait : « La paresse nous fait vivre », un autre jour émettait cette juste observation : « Les indigènes sont des enfants qu'il faut surveiller et conduire par la main ; d'eux-mêmes, ils ne travaillent jamais ; il faut les accoutumer au travail et leur montrer les bénéfices qu'ils en retirent et qu'ils ignorent. » M. Poroi demandait même le « travail obligatoire » pour les siens. Il ne suffirait peut-être pas de les habituer au travail ; il conviendrait peut-être, comme le proposait le commissaire de la République en 1868 de les contraindre au travail et au bien-être.

Retour en haut de page