Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le débat budgétaire -

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Le débat budgétaire

L'essentiel des pouvoirs du conseil réside dans la discussion du budget et plus particulièrement, dans le contrôle des taxes et des dépenses facultatives de la colonie.

Des 1886, la suspicion et l'hostilité s'installent dans les rapports entre les élus et le directeur de l'Intérieur. Dès la première session, ce haut fonctionnaire s'insurge contre la défiance affichée à son égard et il refuse de prendre part à la discussion. Ainsi, dès le départ, les élus, toutes tendances confondues, font front face à l'administration. En 1887, le directeur de l'intérieur quitte à nouveau la salle des délibérations en signe de protestation contre les critiques des conseillers. Ces derniers envoient désormais leurs réclamations au parlement puisque le ministre soutient l'administration locale.

En réalité, le Conseil général est hostile à toute augmentation des taxes ou impôts demandés par le gouverneur car l'essentiel des dépenses est représenté par les salaires des fonctionnaires et les frais divers liés à leur présence dans la colonie.

Lors de la session extraordinaire de mai 1888, le conseil refuse le vote de crédits pour les familles des soldats morts pour la France dans l'île de Huahine.

La tactique des conseillers est simple : ils sont obligés d'accepter les dépenses obligatoires mais ils repoussent les dépenses facultatives demandées par l'administration car elles sont de leur compétence. Ainsi, en 1888, la commission coloniale qui siège entre deux sessions du conseil, réduit de moitié les crédits affectés aux salaires des domestiques et à l'entretien et à l'éclairage des jardins du gouverneur. Cette année-là, la session est presque entièrement consacrée à l'étude du budget et les débats occupent vingt-cinq séances d'une demi-journée chacune.


Réception chez le gouverneur

Durant tous ces débats, les membres de l'administration font l'objet d'invectives et de prises à partie continuelles, ce dont ne cesse de se plaindre le gouverneur auprès de ses supérieurs.

En règle générale, l'administration essaie d'apaiser les débats et de faire voter les textes dans l'intérêt général. Mais cette attitude ne permet pas d'éviter les conflits avec les élus locaux. En effet, en dehors des questions de personnes, un problème de fond demeure : comment faire voter les impôts jugés nécessaires au développement économique de la colonie alors que l'électorat y est opposé ?

Par exemple, en 1891, le gouverneur Lacascade ayant demandé la création d'une école normale et d'une voie ferrée, se heurte violemment au conseil général qui refuse de voter des recettes supplémentaires. Systématiquement, les élus s'efforcent de réduire ou de supprimer les crédits de fonctionnement des administrations.

Le conseiller Raoulx demande alors le départ du gouverneur Lacascade et ce dernier, excédé par les attaques dont il fait l'objet, obtient une mutation sous des cieux plus cléments.

Comme nous l'avons vu, le gouverneur par intérim, Granier de Cassagnac, dissout le conseil général en 1893, faute d'avoir pu faire voter le budget.

En 1895, le conflit entre le conseiller Cardella, maire de Papeete et le gouverneur Papinaud est à son paroxysme et toutes les taxes demandées par l'administration sont refusées par les conseillers qui demandent même la suppression des congés administratifs.

[B. Gille. Le Conseil général des E.F.O. Annales du Centre universitaire de Pirae, n° 4]

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