Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Bilan -

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! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1885-1903. Le Conseil général | Bilan

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Lors de la session de novembre 1901, le Conseil général ne peut pas se réunir, faute d'avoir atteint le quorum nécessaire. En effet, les quatre membres élus de la ville de Papeete se sont abstenus de paraître à la première séance.

A plusieurs reprises, le gouverneur Petit écrit au ministre que les Tahitiens « consentiraient, en somme, à jouir des droits et prérogatives qui s'attachent à la qualité de Français, mais à condition que les Français de France, qu'ils appellent encore entre eux, les étrangers (popa'a) supportent à peu près seuls les principaux impôts qui alimentent le budget local, droits d'octroi de mer et de douane ».

Devant le blocage de la situation, le gouverneur Petit demande la suppression du Conseil général dont il ne peut pas obtenir la moindre réforme fiscale et il conclut ainsi : « Il ne nous est pas permis d'espérer des changements dans la composition de cette assemblée, par suite d'élections nouvelles, car les hommes tant soit peu aptes aux affaires publiques sont vraiment si rares ici, que l'on peut dire qu'ils en font tous déjà partie et reviendront toujours inévitablement faute de concurrents reprendre leur siège au conseil général. » (Ibid.)

Un nouveau refus de voter les impôts demandés par le gouverneur lors de la session de 1902 incite le ministre à supprimer le conseil général.

En conclusion, entre 1886 et 1903, les conseillers généraux élus au suffrage universel représentent l'ensemble de la population de la colonie, en particulier les Polynésiens ultra majoritaires dans l’électorat. Dans l'ensemble, cette assemblée a surtout servi à défendre les intérêts particuliers de ses membres au détriment de ceux de l'ensemble de la colonie.

Néanmoins, les élus doivent tenir compte de la volonté de leurs électeurs et ils essaient d'infléchir la politique de l'administration. Le plus souvent, les élus se contentent d'entraver l'action envisagée par le gouverneur en bloquant le fonctionnement des institutions locales pour des raisons religieuses, de clans ou d'intérêts personnels inavouables, mais, parfois, les conseillers généraux ont réussi à infléchir les décisions administratives dans un sens positif pour l'avenir du pays. Par exemple, ils ont empêché le gouvernement central de transformer la colonie en centre pénitentiaire pour les criminels les plus dangereux. Après le vote de la loi de 1885 sur les récidivistes, il avait été envisagé d'envoyer dans les colonies plusieurs navires chargés de criminels. Le conseil général s'opposa farouchement à ce projet, pour le plus grand bonheur de la population locale.


"Indigènes" de Moorea, mentionne la légende de la photographie

De même, cette assemblée joue un rôle utile de contrepoids pour modérer et contrôler l'action menée par l'administration, par exemple, dans les domaines de l'éducation, des travaux publics, de la police et de l'immigration.

Enfin, les conseillers généraux représentaient un élément permanent dans la colonie, alors que les gouverneurs n'y faisaient qu'un bref séjour.

Du point de vue de l'administration en général et du gouverneur en particulier, l'œuvre accomplie par cette assemblée est plutôt négative. En effet, chaque fois qu'un gouverneur envisage de développer l'économie locale, son action est entravée par les élus, plus soucieux de leur réélection et de leurs intérêts que du vote des impôts nécessaires à des projets de développement. Devant cette situation, nombreux sont les inspecteurs des colonies et les gouverneurs à demander la suppression de cette institution.

Le gouvernement finit par accepter cette solution et le décret du 19 mai 1903 supprime le Conseil général et le remplace par le Conseil d'administration.

[B. Gille. Le Conseil général des E.F.O. Annales du Centre universitaire de Pirae, n° 4]

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