Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le « parti français » -

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Le « parti français »

Il est nécessaire de faire la différence entre le réseau strictement politique (le « parti colonial » de l'Assemblée nationale et du Sénat) et ceux, multiples, qui ont une vocation économique. Il est nécessaire également de rappeler que le «parti» colonial ne fut pas un parti au sens strict du terme, mais une association de députés puis de sénateurs de groupes divers ayant pour but de développer l'expansion coloniale. Le terme parti colonial étant impropre, l'expression « groupe de pression » ou « lobby colonial » serait plus appropriée. Quant aux comités coloniaux, on l'a vu, leur but est à la fois de servir d'instruments d'information et de propagande. À Tahiti, à la même époque, deux « partis » s'affrontent ouvertement : le « parti » français et le « parti » protestant.
Le « parti » français trouve son électorat essentiellement à Papeete où vit la plus grande partie des colons français et grâce à l'appui des conseillers qu'il fait élire aux Marquises et aux Tuamotu, il reste majoritaire jusqu'en 1899. Il est formé de colons nés en métropole (d'où son nom), pour la plupart libres-penseurs ou catholiques. Ses principaux chefs sont François Cardella, Victor Raoulx et Joseph Langomazino.

Ce clan politique possède des journaux Le Messager de Tahiti(1) et Les Guêpes(2) dans lesquels ils distillent leur vision de la société polynésienne, leur rancœur contre l'administration ou encore leur crainte concernant « l'invasion chinoise » :

« Dernièrement un des membres marquants et des plus sensés de la Chambre de Commerce, M. Ribollet, jetait à nouveau et fort justement le cri d'alarme en présence de l'envahissement continu des Chinois dans la colonie (...) L'épicier de Tahiti, c'est le Chinois, être généralement infect et vicieux (...) Sa boutique est un bouge et sa demeure un foyer de pestilence, devant laquelle, à côté d'une flaque d'eau puante, d'affreux marmots, scrofuleux et sales, se roulent pêle-mêle avec des canards lépreux(3) ».


François Cardella, Ambroise Millaud, Félix Lagarde

L'administration fut souvent la cible des articles de ces deux journaux qui se voulaient être les organes des intérêts français en Polynésie. Leurs critiques tournent souvent à la diffamation et leurs articles prolongent les débats qui se tiennent dans les assemblées élues et attisent les rivalités :

« Les dix plaies d'Egypte : l'administration de M. Lacascade, les Chinois, la lèpre et le reste. (...) A l'heure actuelle, l'agriculture agonise ; il n'y a plus de produits, plus de commerce (...) l'état déplorable de nos affaires dû aux désordres et aux gaspillages de toute nature de ces administrateurs que nous avons subis depuis plusieurs années appelle l'attention sérieuse de la métropole(4) ».

Le thème de l'émigration de colons français à Tahiti est très souvent évoqué lui aussi, problème récurrent pour les gouverneurs successifs. Il est mis en avant dans un article du 12 novembre 1893 :

« Monsieur le gouverneur, j'ai l'honneur d'appeler votre plus sérieuse attention sur les mesures à prendre pour faciliter et développer l'émigration des Français dans nos colonies (...) Il est de notre devoir de diriger ce courant vers le sol français de nos possessions d'outremer, non seulement dans leur intérêt propre, mais pour y accroître, en même temps que le nombre des Français, l'action permanente de la mère patrie, de ses produits, de son influence et de sa civilisation(5) » .

(1) Ce journal dont le sous-titre était « moniteur hebdomadaire désintérêts coloniaux » paraît de 1884 à 1889.
(2) Journal dirigé par G. Coulon, puis par le peintre P. Gauguin de 1899 à 1902. Ce mensuel était financé par V. Raoulx et représentait la voix du parti français.
(3) Le Messager de Tahiti, 30 avril 1892, p. 4, Archives de la Polynésie française.
(4) Messager de Tahiti, 15 octobre 1893, Archives de la Polynésie française.
(5) Article Signé Emile Jamais. Archives de la Polynésie française

[V. Gleizal . Thèse de doctorat « La colonisation des EFO. Délimitation, représentations et spécificités de 1842 à 1914)

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