Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La disparition des chefs -

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La disparition des chefs

A la fin du Protectorat déjà, l'autorité des tavana est sérieusement ébranlée. Pourtant, les titres de chefs demeurent aux mains des grandes familles d'autrefois et les affaires de terres (délimitation et attribution de la propriété) sont du ressort des tavana, bien que leur manque d'autorité en la matière, et surtout le fait qu'ils soient eux-mêmes partie prenante dans les réclamations, nuisent à leur image.

De simples officiers d'état civil

L'annexion de Tahiti permet bien sûr de marquer de nouveaux points contre les chefs des districts, même si le gouverneur Etienne-Théodore-Mondésir Lacascade déclare officiellement, le 22 décembre 1887, que « tous les chefs signataires de l'acte d'annexion... seront maintenus en fonction jusqu'à ce que l'âge ou les infirmités les empêchent de remplir leurs devoirs... à leur mort, leurs successeurs seront choisis par la population du district » .
Les gouverneurs qui suivent, Pierre-Louis-Clovis Papinaud comme Gustave-Pierre-Théodore Gallet, ne déposent pas moins de sept chefs, pour des raisons purement politiques. Le gouverneur Gallet va plus loin encore lorsque, le 3 janvier 1900, il signe un arrêté lui attribuant la faculté de choisir les présidents des Commissions municipales, et ce en dehors des conseillers élus. C'en est fait du principe des titres de chefferie détenus par les familles de haut rang. La loi de 1887, instituant cette fois des Commissions municipales, présidées par un chef et composées de 8 membres (dont cinq n'ont qu'un droit consultatif), assimile, aux yeux des Polynésiens, le tavana à un petit fonctionnaire de l'administration coloniale, qui le rémunère et lui laisse assurer les seules fonctions d'officier d'état civil, chargé de donner publicité aux arrêtés officiels et de surveiller la bonne marche des écoles (loi du 22 décembre 1897).


Le prince Hinoi entouré d'une assemblée de chefs

Cette politique de pouvoir direct rend la société polynésienne méconnaissable. Les communautés perdent ainsi leurs chefs traditionnels, et ne savent plus vers qui se tourner Cette évolution, radicale, est différente de celle d'autres pays du Pacifique, comme les Samoa ou les Tonga, qui ont conservé leurs chefferies traditionnelles.
La suppression des tavana contribue donc à déstabiliser la communauté polynésienne, déjà si fortement malmenée, sans pour autant que se mette en place un nouvel ordre social.

[P.Y. Toullelan. chap. 5, vol. 7, Encyclopédie de la Polynésie]

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