Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - GAUGUIN (Paul) (1848-1903) -

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GAUGUIN (Paul) (1848-1903)

Peintre français né à Paris. Paul Gauguin passa une partie de son enfance au Pérou, orphelin d'un père journaliste qui avait dû fuir en 1849 le régime autoritaire de Louis Napoléon Bonaparte. Accueillie par des parents très aisés (un oncle fut vice-roi du Pérou), la famille mena une existence très agréable dans un cadre pittoresque qui laissa à Paul Gauguin le goût de l'exotisme voire de l'aventure.

De retour en France, il s'accommoda mal des monotonies provinciales. Après avoir participé à la guerre de 1870 dans la marine, il accepta une place de commis chez un agent de change et se maria avec Mette Gad, une jeune Danoise qui lui donna cinq enfants en quelques années. Le tuteur de son enfance, Gustave Arosa, lui avait fait connaître le peintre Pissaro et lui avait donné le goût de peindre. Aussi, lorsque le krach boursier de 1882 lui fit perdre son emploi, Paul Gauguin se retira du monde de la finance et décida de se consacrer entièrement à son art. Après avoir abandonné sa famille au Danemark, il commença à mener une vie de bohème, cherchant à retrouver le mirage des pays ensoleillés à Panama et à la Martinique. Revenu en France, il s'établit quelques mois en Bretagne puis en Provence, toujours à la recherche d'impressions primordiales et franches.

Mais il rêvait surtout d'un pays où la civilisation occidentale ne se serait pas imposée et, après avoir lu le « Mariage de Loti » et la description romantique que l'auteur y fait de la vie à Tahiti, Gauguin vendit son stock de tableaux et partit en 1891.

Déçu par les toits de tôle, les tavernes et la communauté européenne de Papeete, il s'installa dans le district de Mataiea. Là, il mena une vie heureuse, aux côtés d'une jeune vahiné, Teha'amana qu'on appelait aussi Tehura. « Il trouve à cette époque les thèmes, les couleurs, le climat naïf et raffiné dont il attendait la révélation » (R. Cogniat : « Gauguin ») et, lorsque à court d'argent il repart pour la France en juin 1893, il emporte 66 toiles et une douzaine de sculptures sur bois. De cette période datent, entre autres, « Arearea », « la Ora Maria », « Ta Matete », « Quand te maries-tu ? », « Paroles du Diable », « La femme au mango », « Pape moe », « Otahi ». Il montre dans ses tableaux une formule nouvelle en peinture qui se caractérise par un dessin appuyé, cernant les formes, et une couleur utilisée en larges zones, au contraire des impressionnistes. L'exposition de ses œuvres à Paris ne suscita pourtant que les moqueries du public et de sa famille.

L'idée lui vint alors d'expliquer sa peinture et de faire partager l'enchantement tahitien par la publication d'un ouvrage illustré contant l'existence idyllique qui fut la sienne à Mataiea. Ce fut le sujet de « Noa Noa » dont la première version publiée en 1901 avait été remaniée et étoffée par Charles Morice, poète et critique littéraire, ami du peintre.

Il revint à Tahiti dès 1895 mais, déjà vieilli, souffrant de la syphilis et d'une blessure mal cicatrisée à la jambe, il ne réussit pas à recréer dans sa maison de Punaauia l'ambiance heureuse de Mataiea. Toujours en butte à des difficultés financières, il accepta d'enseigner le dessin aux filles de Me Goupil, puis dut se contenter d'un emploi de commis aux Travaux publics de Papeete. Aigri, il écrivit des articles violents ou satiriques dans les journaux Les Guêpes et Le Sourire, dirigés surtout contre l'administration et la communauté chinoise. De cette époque difficile datent des œuvres comme sa grande fresque « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, « où le peintre a mis toute l'inquiétude de son cœur, l'angoisse de son esprit devant le mystère de la condition humaine » (P.F. Scheeberger: « Gauguin Tahiti »). Il faut y ajouter « Le cheval blanc » et « Les seins aux fleurs rouges ».

A partir de 1901 cependant, son existence s'améliora grâce aux commandes régulières du marchand de tableaux Ambroise Vollard. Il en profita pour abandonner Tahiti et « poursuivre son pèlerinage aux sources. Les îles où il pense pouvoir réaliser son rêve, vieux de quinze ans, d'aller vivre parmi un peuple primitif, sont les Marquises » (B. Danielsson : « Gauguin à Tahiti »). Gauguin se fixa à Atuona et se fit construire une maison à étage qu'il appela « Maison du jouir » et où les bringues se succédaient soir après soir. Sa peinture (« Et l'or de leurs corps », « Cavaliers sur la plage ») atteint alors un sommet « où l'essentiel n'est plus le sujet mais le rythme et les couleurs. C'est à cause de son rôle libérateur, parce qu'il a su se débarrasser de toutes ses anciennes entraves académiques et réalistes, que Gauguin n'est pas resté pour la postérité un simple conteur de fables polynésiennes mais un précurseur important de l'art moderne » (B. Danielsson). Attaqué par l'administration et l'Église catholique qui voyaient en lui un adversaire dangereux de l'ordre établi et de la morale, usé par la maladie, Gauguin s'éteignit le 8 mai 1903. Il repose dans le petit cimetière d'Atuona.

Le lycée de Papeete et une des principales artères de la ville portent son nom. Un musée lui est consacré à Papeari.

[Dictionnaire illustré de Polynésie sous la direction de F. Merceron]

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