Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La question chinoise posée par V. Raoulx au Conseil général -

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La question chinoise posée par V. Raoulx au Conseil général

« Messieurs, j'ai le regret de revenir pour la troisième fois sur la question chinoise. Le danger est imminent. Il a été admis par notre commandant lui-même, qui réclame de lui fournir les moyens légaux de refuser des patentes à des personnes munies de cartes de résidence. Voilà donc où est la faute : la carte de résidence, dont l'obtention donne les mêmes droits à tous individus arrivant à Tahiti qu'aux citoyens résidant depuis 10, 20 et 30 ans dans le pays.

Examinons la situation. Un Chinois ne peut être considéré comme tout autre étranger dont la nation a avec la France des traités conférant des droits réciproques. Vous le savez, Messieurs, tout étranger ne peut commercer ni même circuler en Chine que dans certaines localités excessivement restreintes ; et encore pour en arriver là a-t-il fallu employer la force. Pourquoi alors donner chez nous aux individus de cette nation un droit que leur pays n'accorde pas à nos concitoyens ; et surtout quand il est bien reconnu que ce droit je ne dirai pas peut amener, mais amènera sûrement sous peu la décadence forcée, inévitable de ce pays, avec l'exclusion et la ruine de la population blanche.

Il y a encore un autre point à considérer et qui, à mes yeux, domine toute la question. Vers l'année 1864 ou 1865, les Chinois qui font l'objet de notre plainte ont été introduits à Tahiti comme immigrants pour le service de la plantation d'Atimaono. Quelques années plus tard, ces Chinois ayant terminé leur engagement, devaient être rapatriés, mais ils ne le furent pas, soit que les moyens de rapatriement aient manqué ou pour toute autre raison ; et, cela, je crois, rentrait parfaitement dans leur désir, dans celui de l'administration et même, dirai-je, dans celui de la population, car personne ne niera que c'étaient des bras tout trouvés pour l'agriculture qui, dès cette époque, souffrait déjà du défaut de main-d’œuvre.

Mais que fit alors l'administration ? Au lieu de maintenir ces gens dans des conditions qui pouvaient être utiles à la prospérité du pays en les conservant soit à l'agriculture ou à tous autres travaux de production qui auraient; amené sur le marché une grande abondance de denrées de toutes sortes, elle leur a délivré des cartes de résidence, c'est-à-dire elle a donné à ces immigrants les mêmes droits et prérogatives dont jouissent tous les autres habitants. Elle a enlevé par ce fait des bras nécessaires à l'agriculture pour en faire des commerçants nuisibles et dangereux pour l'avenir de ce pays. Voilà d'où vient le mal. Il appartient à l'administration de le réparer, si elle se soucie de l'avenir du pays et de ses habitants de race blanche.

Ce n'est pas, Messieurs, que je ne reconnaisse dans la race asiatique certaines qualités. C'est évidemment une race laborieuse, entreprenante ; mais avec ses modes d'association qui restent pour nous un mystère, elle nous absorbe, et partout où elle s'implante, elle est toujours sûre d'éliminer les blancs et d'y amener la décadence (voir doc).

Et puis, Messieurs, non seulement il y a le danger qui vient d'être signalé, c'est-à-dire celui d'être supplanté, mais encore avons-nous à craindre les incendies pouvant résulter de la négligence des Chinois, qui habitent en grand nombre le quartier le plus populeux et un des plus riches de Papeete. Tout dernièrement il y a eu chez eux trois commencements d'incendie dans un court espace de temps : cela est de notoriété publique.

Je renouvelle donc la proposition et le vœu émis au sein de ce comité dans ses séances des 31 novembre 1877 et 3 avril 1878, avec cette addition : 1) qu'aucun Chinois ne sera désormais admis à la résidence à Tahiti ; 2) que tous commerçants asiatiques auront à fournir une copie en français de leur acte d'association ; et 3) que le retrait de leurs patentes ait lieu dans un délai de sept ans. »

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