Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La défense de Chinois par Me Goupil -

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La défense de Chinois par Me Goupil


Auguste Goupil

« Les exposants entendent se pourvoir contre celle délibération et cet arrêté (voir doc), qu'ils estiment injuste et illégaux, mais préalablement à toute démarche administrative ou judiciaire, ils désirent, Monsieur le Gouverneur, vous exposer les raisons qui militent en faveur du retrait de ces mesures.

Le Conseil général, – et avant lui le Conseil colonial, – a, dans diverses délibérations résumées dans le procès-verbal de la séance du 1er décembre 1897, épuisé, semble-t-il, la liste des griefs reprochés aux Chinois en général et aux commerçants chinois en particulier. Voici les griefs :
1°. La santé publique est en péril ;
2°. La moralité publique ne l'est pas moins ;
3°. Le commerce FRANÇAIS n'est plus possible ;
4°. L'afflux des Chinois prend les proportions d'une invasion.

Toutes les discussions auxquelles cette question des Chinois a donné lieu depuis qu'elle a été soumise au Conseil colonial le 19 novembre 1883 et, avant comme après cette date, soit à la Chambre de commerce, soit au Conseil général, démontrent que les griefs numérotés un deux et quatre ne sont que l'encadrement jugé nécessaire du numéro trois, le seul qui ait été l'objet de développements importants.

En effet, la santé publique n'a jamais été plus menacée par l'élément chinois que par l’élément indigène de la ville, qui vit un peu pêle-mêle, négligeant les précautions d'une saine hygiène.

Les Chinois n'ont pas, contrairement à ce qui a été allégué, introduit dans ce pays de maladie à eux spéciales, et la lèpre elle-même ne peut, malgré les assertions de leurs adversaires, leur être imputée, ce mal avant été trouvé ici par les premiers navigateurs(1). Quant à leur moralité, contestée parce-qu'ils jouent et tolèrent ou favorisent la débauche, elle n'est ni pire ni meilleure que celle de nombre d'autres habitants, une brebis ne fait pas le troupeau et, s'il y en a de galeuses venues de Chine, elles en ont trouvé ici à ce point expérimentées que leurs plaies morales ne se pourraient décrire qu'en latin. Il suffira du reste de remarquer que notre ville tient garnison et que notre port est fréquenté par des navires de guerre et de commerce pour faire comprendre l'existence de certaines mœurs, des plus regrettables sans doute, mais à l’immoralité desquelles l'élément chinois n'a rien ajouté.

Resterait le jeu. – Pourtant là encore les Chinois n'ont rien enseigné aux indigènes.

Ceux-ci se passionnent pour tous les jeux de hasard, s'intéressent autant aux loteries qu'aux cartes, ce que les nombreux amateurs du pari-mutuel et les membres des Cercles où l'on joue, qui ne sont ni des Chinois ni des Polynésiens, leur pardonneront certainement.

Ces reproches sont puérils, et la preuve que le véritable grief est d'ordre exclusivement commercial c'est que les patentés seuls sont visés par les mesures fiscales votées le 3 décembre dernier, ce qui permet de dire que, pour leurs adversaires, les Chinois ne sont pas dangereux pour la colonisation lorsqu’ils se livrent au jeu et à la débauche mais seulement lorsqu'ils sont commerçants. La proposition semble paradoxale mais, si l'on songe que ceux des Chinois qui se livrent à la débauche sont généralement inaptes aux affaires, sont rarement des patentés, et ne peuvent être par suite des rivaux pour les non-asiatiques, il faut nécessairement reconnaître que ce sont les commerçants sérieux, les Chinois de bonne vie et mœurs, veillant à leurs intérêts et soignant leur clientèle, qui sont des concurrents gênants ; que se sont ceux-là seuls que l'on veut atteindre et contr'eux seuls que la campagne qui vient d'aboutir a été entreprise.

Si l'on examine le prétendu grief tiré de l'afflux, de l'invasion, de cette marée chinoise qui submerge l'élément commercial FRANÇAIS et le forcerait, assure-t-on à DÉSERTER NOS RIVES POUR SE FAIRE PLANTEUR, on remarque qu’il est encore moins fondé que les autres, étant absolument contraire à la réalité des faits. »

(1) V. Moerenhout, v. II, p. 155 et 156

Me Goupil, 1899.

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