Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Une économie agricole -

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Le contexte économique

Une économie agricole

« Tahiti tire la plus grande partie de ses ressources de l'agriculture : ce n'est pas le pays des grandes entreprises agricoles... La conformation géographique, le morcellement de la propriété, son indivision, sont autant de causes qui rendent très difficile la constitution de grands domaines. Aussi, le colon qui s'établit à Tahiti ne doit-il pas compter sur l'agriculture pour réaliser une grande fortune ». Ces quelques remarques formulées par le président de la Chambre d'Agriculture en 1917 rendent tout à fait compte de la situation qui prévaut dans les E.F.O. durant la première moitié du XXe siècle.


Porteur de fei.

En effet, si l'on excepte l'extraction des phosphates et la pêche à la nacre, la colonie affiche une vocation essentiellement agricole. Sur l'ensemble de la période qui nous intéresse, les quelques denrées déficitaires (céréales, produits animaux) sont largement compensées par les denrées d'exportation (coprah, vanille..,).

La plupart des terres sont tenues par des Polynésiens, intéressés avant tout par les cultures traditionnelles d'autosubsistance, alors que les colons, plus portés vers l'agriculture spéculative, ont du mal à mettre en place de grands domaines rentables.

Au total, la balance agricole de la colonie est largement excédentaire, mais ce constat ne doit pas masquer les réels problèmes auxquels s'est trouvée confrontée l'agriculture polynésienne durant ce demi-siècle.

Les problèmes de l'agriculture

Le manque de main-d’œuvre a été le handicap le plus souvent dénoncé. Si le Polynésien se contente des quelques arpents de terre qui suffisent à le nourrir, le colon ne peut admettre que l'on laisse en friches autant d'espace. Mais il faut des bras pour mettre en valeur des terres nouvelles, et l'on en manque cruellement dans la colonie, surtout depuis 1919, à la suite des effets conjugués de la guerre et de l'épidémie de grippe. Le gouverneur Rivet remarque, en 1922 : « 4 070 km… 29 000 hab... 7 hab/km... Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que, malgré leur très grande fertilité, les terres restent incultes... faute d'une main-d’œuvre suffisante ». La même année, le président de la Chambre d'Agriculture déplore que les friches gagnent sur les cultures : « beaucoup de propriétés sont à l'abandon : la brousse les envahit, les cocos, qu'on ne peut récolter, germent au pied des arbres ». Ainsi s'est trouvé posé le problème de l'immigration d'une main-d’œuvre étrangère permettant de pallier la pénurie locale. L'arrivée de contingents d'Asiatiques , ainsi que la reprise démographique, contribueront à atténuer ce premier obstacle.

Deuxième problème : l'indivision. Lisons à ce sujet les commentaires de la Chambre d'Agriculture dans sa réunion du 19 juin 1917 : « L'indivision des terres est le plus grand obstacle, aussi bien pour l'agriculture que pour l'établissement des colons. L'indigène sérieux et travailleur voudrait bien mettre ses terres en culture, mais dès qu'il y a apporté quelques améliorations... les copropriétaires qui n'ont rien fait arrivent et réclament leur part des profits... l'indivision ne profite qu'aux paresseux et décourage les travailleurs » (Bulletin de la Chambre d'Agriculture du 19 juin 1917). La remarque est en partie fondée, mais jusqu'à présent aucune solution radicale n'a été trouvée à ce problème épineux, constamment dénoncé. Il est vrai que l'indivision a au moins eu l'avantage de préserver les terres des Polynésiens de l'appropriation par les colons européens ou les Chinois. En tout état de cause, ce sont encore 70% des terres exploitables qui sont en indivision en 1958.

Le manque de crédits a également beaucoup gêné le développement agricole des E.F.O. En effet, les statuts de la Caisse Agricole limitent son action à un petit nombre d'opérations, la Caisse se heurtant jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale au monopole de la Banque d'Indochine et de Suez, toute puissante dans la colonie, mais peu intéressée par l'agriculture.

Bien d'autres sujets de préoccupation pourraient être soulevés, tels les aléas, climatiques ou la maladie de la vanille, mais nous aimerions évoquer pour terminer les vives inquiétudes ressenties par le monde agricole des années vingt devant le problème de la prolifération des rats. Ceux-ci ravageaient les cocoteraies sans que l'on puisse trouver de parade efficace. Les primes pour queues de rats, instituées par la Chambre d'Agriculture, donnaient de médiocres résultats, et les rongeurs finissaient toujours par s'habituer aux divers poisons qu'on leur proposait. La situation devenait critique, lorsqu'en 1926 on commença à utiliser les feuilles de zinc, malgré le scepticisme de beaucoup. Le zinc s'avéra pourtant la meilleure parade contre ce fléau.

[M. Lextreyt. Chap. 2, vol. 7 , Encyclopédie de la Polynésie]

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