Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 1788. W. Bligh et la mutinerie de la Bounty -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1767-1819. Un ordre nouveau | 1788 - W.Bligh et la mutinerie de la Bounty

1788. W. Bligh et la mutinerie de la Bounty

La traversée de la Bounty ayant été beaucoup plus longue que prévue, William Bligh est contraint de prolonger son séjour à Tahiti dans la mesure où il arrive à la mauvaise saison, pour pouvoir en toute sécurité transplanter les pousses d’arbre à pain destinées aux Antilles anglaises, objet principal de sa mission qu’il tenait scrupuleusement à accomplir. C’est grâce à l’amitié que lui témoigne Joseph Banks, alors président de la Royal Society de Londres, qu’il s’est vu confier la direction de l’expédition.


Représentation de fruits et de feuillage
d'arbre à pain par S.Parkinson

Grandement apprécié par tous, Tahitiens comme Anglais, ce séjour de cinq mois dans l’île fut un intermède onirique que jamais matelot n’aurait pu espérer connaître : abondance de nourriture, accueil féminin des plus engageants, tant et si bien que Bligh eut à déplorer la désertion de trois de ses marins qui s’enfuirent à Tetiaroa. Il put les récupérer grâce à l’aide de Tu et d’Ari’ipaea, son frère.

William Bligh, ethnographe

Lors de son séjour, Bligh a l’occasion plusieurs fois de visiter l’arrière-pays et de percevoir de l’intérieur la société tahitienne. On le convie aussi à de nombreuses manifestations cérémonielles ou festives. Ethnographe avant la lettre, il note scrupuleusement dans son journal de bord ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il apprend en s’entretenant avec Tina, Itia ou Poino, le chef de Haape. L’esprit très ouvert, il consigne de manière très précise toutes les informations qu’il obtient sur divers aspects de la société dans des domaines aussi variés que ceux de la théologie et des préparations culinaires.

Tout comme Cook, qu’il admirait, Bligh laissa entendre que Tina était le protégé de la Grande-Bretagne et il lui fournit d’ailleurs ainsi qu’à Itia plusieurs armes à feu et des munitions. En cherchant à le prémunir contre toute nouvelle attaque - Tina lui a expliqué à plusieurs reprises sa propre version des raisons des menées guerrières contre lui et les siens - William Bligh rehausse une partie de son prestige perdu et lui permet, par de nombreux cadeaux, d’accroître à nouveau sa sphère d’influence. La compagnie des Anglais pendant cinq mois lui fut bénéfique sur bien des plans.

A la suite de la désertion de trois de ses marins, Bligh s’efforce de réinstaurer une attitude plus disciplinée parmi son équipage, jugeant sans doute qu’elle s’était trop relâchée. Au moment du départ de Tahiti, le 4 avril 1789, il recourt à des mesures que certains de ses officiers et marins perçoivent comme vexatoires. Il leur interdit par exemple d’emporter plus d’aliments que n’en peut contenir leur coffre personnel. Les rapports, peu brillants déjà les deux derniers mois à Tahiti, se dégradent encore plus après l’appareillage de la Bounty, à la suite surtout des insultes proférées constamment par un Bligh colérique à l’encontre de Fletcher Christian, à qui pourtant il avait accordé une promotion au cours du voyage aller.

Bligh semble le rendre responsable de l’état d’indiscipline généralisée. De plus en plus tendues, les relations entre les deux hommes deviennent invivables tant et si bien que Christian choisit tout d’abord de quitter le bâtiment sur une chaloupe puis, dissuadé par certains de le faire, il décide de le prendre par la force. C’est au large de l’archipel des Tonga qu’éclate, dans la nuit du 28 avril, la mutinerie dirigée par Christian, Churchill et Stewart. Bligh est contraint de prendre place dans un cotre avec 17 membres de l’équipage. Quelques coutelas, du rhum et des biscuits leur sont laissés. Après une fantastique odyssée, sans carte ni instrument de marine, Bligh parvient à conduire dans l’île de Timor seize de ses compagnons d’infortune, dans un état pitoyable, mais saufs. Un marin a été tué par des Tongiens lors d’une escale de ravitaillement dans une île. Même dans cette situation de difficulté extrême, Bligh continue de tenir quotidiennement son précieux journal de bord (voir doc) pour y consigner ce qu’il voit dans les îles où ils passent comme sur la côte orientale de l’Australie. Il y décrit aussi la dégradation physique de ses marins au fur et à mesure qu’ils approchent de la colonie hollandaise où, dès leur arrivée, les autorités leur apportèrent tous les soins possibles. Cependant, certains ne survécurent pas à leur trop grand état de faiblesse. Bligh et les autres rentrèrent en Angleterre sur divers bâtiments en partance pour l’Europe.

[P. de Deckker, chapitre 2, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

Retour en haut de page