Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 1797. Le Duff et les missionnaires de la LMS (London Missionary Society) -

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1797. Le Duff et les missionnaires de la LMS (London Missionary Society)

La vague des colons missionnaires qui déferla sur les îles de la Polynésie orientale dès la fin du XVIIIe siècle était le résultat du mouvement social et religieux connu en Angleterre sous le nom de « Renouveau évangélique » (Evangelical revival). Ce mouvement, dont les racines plongeaient dans la Réforme, était constitué de plusieurs Églises et regroupait anglicans, calvinistes, méthodistes et congrégationalistes. Tous souscrivaient à des croyances doctrinales communes et se consacraient au salut des âmes et à l’amélioration de la société par le commerce et l’industrie. Le Revival avait profondément influencé la condition des basses classes anglaises au cours de la révolution industrielle et, dans une certaine mesure, l’étranger, au travers de ses réunions de sociétés philanthropiques et réformatrices à Exeter Hall qui de 1830 à 1907, servit aux assemblées évangéliques.


Le Duff affrété par la LMS

La London Missionary Society ( Société des Missions de Londres), dont l’activité à Tahiti s’étendit jusqu’aux années 1850, avait été créée en 1795 par le Révérend T. Haweis et quelques autres personnalités afin d’encourager les évangélistes à suivre l’exemple des baptistes aux Indes, en envoyant dans les mers du Sud « des hommes de Dieu entendant les arts mécaniques ». En fait, Thomas Haweis avait déjà essayé d’envoyer quatre missionnaires avec le capitaine Bligh, lors de son second voyage en 1791. Il fit principalement connaître ses projets dans ses sermons et dans The Evangelical magazine. Et c’est grâce aux souscriptions publiques qu’il put financer l’achat du Duff en 1796 et organiser la sélection des candidats missionnaires.

Le choix de Tahiti.

Il ne fit aucun doute que les premiers directeurs de la LMS. ont été influencés par les récits de Cook, Bougainville et autres navigateurs qui décrivaient la Polynésie comme tout à fait capable de répondre aux besoins des familles missionnaires. Mais ils furent également décidés par les comptes rendus de coutumes païennes, comme les sacrifices humains et les infanticides qui, à leurs yeux, réclamaient un secours spirituel. Cette conjonction d’abondance matérielle et de dégénérescence sociale était au centre même des préoccupations du mouvement rénovateur en Angleterre. C’est cela qui devait conditionner la campagne missionnaire en Polynésie jusqu'à une date avancée du XIXe siècle. D’autre part, les informations émanant de marins qui rapportaient que Pomare et les chefs tahitiens accueilleraient volontiers des missionnaires, achevèrent de décider T. Haweis et le Révérend Samuel Greathead. La langue tahitienne passait pour facile à apprendre, et ils entreprirent de recueillir tous les renseignements, lexiques et documents rapportés par Bligh, les mutins de la Bounty et les Polynésiens qui s’étaient rendus à Londres depuis la fin des années 1790. Une partie de cette documentation fut publiée dans le « Voyage of the Duff » de James Wilson en 1799. Les instructions rédigées par T. Haweis à l’usage des missionnaires et du capitaine Wilson furent communiquées en 1796.

D’autres facteurs favorisèrent le choix de Tahiti : la possibilité de transport et d’approvisionnement à partir de la jeune colonie pénitentiaire de la Nouvelle-Galles du Sud, et le passage épisodique de baleiniers et de navires de la Compagnie des Indes orientales ou des sociétés qui se livraient au commerce naissant des fourrures sur la côte ouest de l’Amérique (Alaska). On savait que des missionnaires espagnols avaient été envoyés par le roi Carlos en 1772 – 1776 et ceci peut avoir poussé les protestants à une « riposte ». Mais la principale raison du choix de Tahiti a sûrement été la publicité faite au îles de la Société en Angleterre, à partir de 1767 et l’inclination à considérer cet archipel comme un poste avancé de l’influence britannique dans les mers du Sud.

Le choix des missionnaires.

Les 29 missionnaires transportés dans le Pacifique en 1797 étaient presque tous issus des couches les plus basses de la classe moyenne (« Lower middle-class »). Quatre seulement étaient ordonnés ministres. La plupart étaient très jeunes et n’avaient aucune idée de l’ampleur de la tâche qui les attendait. Ils n’avaient reçu aucune préparation et même si tous savaient lire et écrire et étaient familiers avec la littérature religieuse, les sermons et la Bible, leur instruction était plutôt rudimentaire.

Il y avait parmi eux des charpentiers, des tonneliers, un forgeron, un soldat, un bottier, un drapier, un tisserand, un jardinier et un apprenti boulanger. Deux ou trois étaient maîtres d’école et un autre possédait quelques connaissances médicales. W.P. Crook, qui fut pionnier aux Marquises et repartit d’Angleterre pour un second séjour à Tahiti, avait débuté dans la vie comme domestique chez une gentilhomme. J.C. jefferson, quant à lui, avait été acteur, puis instituteur. On a décrit ces hommes comme « d’aimables bricoleurs » plus que comme de véritables artisans. Cinq d’entre eux étaient mariés et emmenèrent leur épouse. Ils furent débarqués du Duff avec leurs femmes dans la baie de Matavai, en mars 1797. Un missionnaire (W.P. Crook) fut envoyé aux Marquises. Et dix autres s’installèrent aux Tonga.
Une seconde expédition, ne comprenant pas moins de 50 membres, fut organisée dès le retour du Duff en Angleterre. Il repartit en 1798 pour être arraisonné par un corsaire français et renvoyé d’où il venait. Ce manque de renfort condamna les missionnaires de Matavai à un isolement relatif, rompu seulement par la visite occasionnelle de navires de la Nouvelle-Galles du Sud. Cela les obligea à ne compter que sur eux-même et sur leurs alliances avec les Tahitiens. Dès le début, certains ont tenu un journal et, selon les instructions reçues, ils adressèrent des lettres ouvertes à la LMS, tout en entretenant parallèlement une correspondance privée. Tout cela constitue une source inépuisable de renseignements, quoique limités par leur ignorance de la langue au cours des premières années. J. Wilson le capitaine du Duff fit le tour de Tahiti et apporta sa contribution à la connaissance de la topographie, des divisions politiques, des populations des districts et de leurs noms. De plus, un certain nombre des premières lettres des missionnaires parurent dans les périodiques comme Transaction de la LMS ainsi que dans les rapports de la Société. Le premier de ces rapports, rédigé et envoyé par James Wilson, à la fin de 1797, raconte le déroulement du voyage et le débarquement. Il y eut ensuite un long silence jusqu’en 1800 et l’on apprit alors que le gros de la première troupe missionnaire était reparti.

[C. Newbury, chapitre 3, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie.]

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