Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 1815 - La bataille de Fei Pi. -

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1815 - La bataille de Fei Pi.


Scène de la bataille de Fei Pi

Jusqu’au début de 1815, Pomare conserva sa base de Moorea et son alliance familiale avec les chefs des îles Sous–le-Vent. Cette alliance avait été renforcée lors d’un voyage impromptu qu’il avait effectué en 1814 : passant trois mois à Raiatea et Huahine en festins et cérémonies, il arrangea le mariage de sa fille Aimata et son cousin Tapoa, de Huahine. En juillet 1815, sa belle-sœur Pomare Vahine, Teremoemoe, Aimata et un grand nombre de personnes de Pare et Arue, faisant partie de la suite royale au cours d’une tournée à Tahiti, furent chassés et durent se réfugier à Moorea. Cela illustre bien la force de l’opposition existant encore contre l’ari’i et la nouvelle religion. Cependant, en septembre, Pomare accepta un invitation à venir installer des réfugiés sur leurs terres et rentra à Matavai et à Paea accompagné d’une troupe considérable. Et là, le dimanche 12 novembre sa troupe fut attaquée à l’improviste par les forces des Oropa’a et des Teva venant de la presqu’île, sous le commandement de Upufara.

La bataille de Fei Pi

Il n’existe pas de récit oculaire de la bataille de Fei Pi, mais on peut en reconstituer le déroulement et l’issue d’après les rapports des missionnaires et certains récits traditionnellement reconnus. L’assaut eut lieu pendant les prières du matin, mais les gens de Pomare, avertis de possibles attaques, avaient conservé leurs armes près d’eux. Les guerriers de Raiatea se battirent vaillamment et, lorsque Upufara fut tué, les Oropa’a et les Teva perdirent courage et s’enfuirent. Selon certaines sources, non confirmées, des Européens auraient participé au combat. Ce qui est vrai toutefois, c’est ce que raconte une légende chantée :

« Ti du mont Tamaiti est cassé,
Le pandanus de Mataoa est divisé »
ce qui signifie qu’au moment où Upufara est tombé et où sa lance a été brisée, le pouvoir était passé alors à la famille Pomare.

Pomare, pour sa part, fit preuve d’une grande sagesse politique en ne poursuivant pas les Teva et en ne saccageant pas leur territoire, comme il l’avait fait lors des batailles précédentes. Un service religieux fut célébré le soir même, et les corps des victimes reçurent une sépulture convenable. Quant au prophète de Oro qui s’enfuit à Moorea il ne fut pas inquiété.

Dans les semaines qui suivirent, pour affermir sa victoire, Pomare exigea que les Teva et les Oropaa lui remettent leurs mousquets. Le dieu Oro fut amené de Tautira à Pomare qui ordonna la destructions des marae de Tahiti et Moorea. Pomare annonça que les ra’atira étaient en train de construire des chapelles, et deux missionnaires, H. Nott et J. Hayward, qui furent les premiers à visiter Tahiti en 1816, après la bataille, confirmèrent le désir général de restaurer la suprématie séculière de l’ari’i rahi et d’apprendre le nouvel enseignement des pure atua.

Cette bataille eut d’autres conséquences dans les îles Sous-le-Vent où Fenuapeho, chef de Tahaa, avait encouragé Upaparu à la résistance à Tahiti, alors que Tamatoa et les chefs de Huahine et Bora Bora demeuraient fidèles à leur alliance familiale avec Pomare. Une bataille eut lieu à Raiatea et les chefs vaincus furent épargnés par Tamatoa, tandis que des ordres lui étaient donnés ainsi qu’à Mai, Tefa’aroa et Mahine pour la destruction des marae et autres sites sacrés dans tout l’archipel.

Les missionnaires notèrent aussi, en mars 1816, que l’assistance ne cessait d’augmenter dans chaque district quand ils venaient en tournée de prédication, et que des districts organisaient eux-mêmes des réunions chaque mercredi et chaque dimanche, ainsi qu’ils l’avaient vu faire à Papetoai.

La confirmation finale de la victoire de Pomare sur le plan religieux fut la cession de ses dieux familiaux aux missionnaires, qui les expédièrent au Musée des Missions à Londres. La relique du dieu Oro ne se trouvait toutefois pas dans le lot et l’on ignore ce qu’il est advenu de ce très sacré to’o (effigie d’un dieu en bois), bien que Moerenhout dise qu’il a été brûlé.

[C.Newbury, chapitre 3, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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