Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Opposition d’Ariitaimai -

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Opposition d’Ariitaimai

Les réactions d’Ariitaimai ont été rapportées par sa fille Marau dans ses « Souvenirs » (voir doc).

« Je me trouvais, avec ma mère, à Papara, lorsque le Roi me fit demander de venir lui parler ainsi qu'il en avait gardé l'habitude quand il avait besoin d'un avis. Comme on ne me disait pas pourquoi, et que j'étais à la veille de rentrer, je ne jugeai pas utile de revenir aussitôt et tout exprès. Mais le lendemain ma mère reçut une convocation pour une réunion de chefs qui devait se tenir au gouvernement, sans que le motif en fût indiqué. Nous nous mîmes en route... nous rentrâmes à Papeete la veille de l'assemblée, et, le lendemain matin, un certain nombre de chefs et de cheffesses vinrent prendre ma mère pour se rendre au gouvernement avec elle ; à la porte, se trouvait M. Caillet, ancien lieutenant de vaisseau et directeur des affaires indigènes. Il déclara à ma mère et à ceux qui l'accompagnaient qu'ils pouvaient s'en retourner, la réunion étant terminée. Très étonné, le petit groupe revint chez ma mère. Mais quelle ne fut pas notre surprise à tous et à toutes, en entendant bientôt tirer des coups de canon : c'était pour saluer le Pavillon de la France, que l'on était en train de hisser en remplacement de celui du Protectorat.


Ariitaimai, à gauche et les enfants qu'elle a eu de son mariage avec A.Salmon
Photographie de Mme Hoare vers 1885

L'acte d'annexion venait d'être signé par le Roi et par un certain nombre de chefs, dont Maheanuu, malgré qu'il ne le fût pas. Nous ne tardâmes pas à apprendre qu'en voyant ma mère arriver, il avait été parler à l'oreille du commissaire de la République : si cette femme entre ici, il n 'y aura rien de fait, c'est moi qui vous en réponds. Un mot d'elle, et tout est par terre. Il faut absolument que vous trouviez un moyen pour l'empêcher d'entrer.

C'est alors que M. Caillet avait reçu la mission de la renvoyer sans plus de façons. Sur quoi les membres de la réunion, et nous verrons tout à l'heure de quoi elle était composée, intimidés par la présence du commissaire de la République et de son aide de camp, endoctrinés par Maheanuu et, comme tous les indigènes, incapables de résister à une autorité établie, ne sachant pas lire pour la plupart et ne comprenant pas très bien ce dont il s'agissait, se fiant comme ils font encore à la bonne foi de ceux qu'ils sont accoutumés à respecter, furent amenés à signer un acte dont la plupart ignoraient la teneur, ainsi qu'ils me l'avouèrent par la suite.

Dès que ce fut terminé, le Roi, avec la femme du commissaire à son bras, le commissaire et les membres de l'assemblée se rendirent sur le quai où fut immédiatement effectué le changement solennel du pavillon. Ce fut seulement en voyant son pavillon amené que Pomare comprit la portée de ce qu'il venait de faire. Il vint s'effondrer en larmes chez ma mère.

– Comment avez-vous osé ! lui cria-telle sur un ton de sévérité qu'elle n'avait jamais encore employé vis-à-vis de lui. De quel droit avez-vous disposé de ce qui ne vous appartenait pas, à vous, un Paumotu !

– Mais aussi, pourquoi n'est-elle pas venue quand je l'ai appelée ? fit le Roi en me montrant. Et vous-même, pourquoi n'êtes-vous pas venue à la réunion ?

Et comme ma mère lui expliquait l'intervention de M. Caillet, il se tourna vers Maheanuu qui venait d'arriver.

– Ah ! je comprends maintenant pourquoi vous êtes allé chuchoter avec le commissaire. C'est vous qui êtes au fond de tout cela. Moi, je me suis laissé entraîner.

– C'est donc ce que vous prépariez avec l'oncle du Roi ? fit alors ma tante Maheanuu à son mari.

– C'est votre jalousie contre cette enfant qui vous a poussé, lui reprocha à son tour Mme Dunnett, la femme de mon subrogé-tuteur, en lui montrant ma fille.

C'est ainsi qu'apparurent les mobiles que le commissaire de la République, avait eu l'art de faire jouer pour arriver à son but. Mais le plus actif de tous, sans contredit, fut la pénurie d'argent du Roi, devenue telle, qu'il n’y avait eu besoin que de lui promettre de porter sa liste civile à 60 000 francs par an, la moitié de la somme précédemment offerte par le commandant Planche.

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