Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le 14 juillet 1881 ou la colonisation par la fête -

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Le 14 juillet 1881 ou la colonisation par la fête

Malgré leur opposition à la France, il est étonnant de voir l'enthousiasme dont la reine et la population de Raiatea font preuve lorsqu'il s'agit de participer aux fêtes du 14 juillet. Après avoir convoqué une assemblée de chefs, la reine annonce sa décision de participer aux festivités prévues à Tahiti :

« Je vous informe qu'une nouvelle est arrivée de Tahiti et que nous irons ensemble à Tahiti fêter le 14 juillet en l'honneur de la République ; nous y présenterons des spectacles, chanterons nos chants traditionnels à la gloire de l'île, des danses rythmées, et d'autres divertissements encore. Les Chefs répondirent : " Nous sommes d'accords, ô Reine, faisons cela(1) ! »


Scènes de danse à l'occasion du "Juillet"

La première célébration du 14 juillet a lieu en 1881, avec un décalage d'un an. L'administration organise des manifestations simultanées à Papeete, à Taravao, à Moorea dans le district de Papetoai et à Taiohae aux Marquises. Loin de représenter une nouveauté, la fête du 14 juillet est la suite d’une série de fêtes organisées par la reine Pomare, puis de fêtes commémoratives de l’anniversaire de l’empereur.

D'un point de vue politique, elles s'inscrivent dans un contexte bien précis. Pour le gouvernement de Jules Ferry, Tahiti est, en 1881, la première étape d'une politique qui vise la domination complète et effective de toutes les îïes formant aujourd'hui la Polynésie française. Le gouverneur Isidore Chessé profite de cette occasion pour tisser et nouer des liens encore plus solides avec les souverains de Raiatea-Tahaa, Bora Bora et Huahine, les îles les plus menacées par les visées allemandes. À cet effet, les deux navires de guerre, le Hugon et le Guichen sont mis à dispositions de tous ceux qui veulent se rendre à Tahiti. Après plusieurs jours de chants et de danses, le temps du retour sonne comme la fin d'une aventure extraordinaire :

« Au matin, les autorités étatiques leur firent livrer de la nourriture, des denrées importées de qualité qu'ils consommeraient pendant le voyage. Ils partirent pour Raiatea aux environs de 9 heures du matin (...). Ainsi n'est-il pas beau de constater combien la France gâte les gens de ses colonies, s'occupe d'eux, leur offre des distractions, les nourrit aussi bien, et veille même à les ramener chez eux, pleinement satisfaits(2) ».

Cette dernière phrase semble directement tirée d'une propagande sur la mission civilisatrice et les bienfaits de la colonisation française. Hormis l'existence d'une partie de l'île opposée à la présence française, le récit(3) (voir doc) ressemble à une chronique sur l'acceptation de la religion puis de la colonisation.

(1) La lignée royale…, op. cit., p. 195
(2) Ibid., p. 203
(3) le texte fait référence à un puta tumu de Raiatea

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