Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La place des E.F.O à l’exposition universelle de 1889 -

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La place des E.F.O à l’exposition universelle de 1889

La section de Tahiti était située elle au rez-de-chaussée de l'aile droite du Pavillon des colonies, ainsi qu'au premier étage, comme le mentionne « Les Expositions de l'État au champ de Mars et à l'esplanade des Invalides » :
Etiquette accompagnant l'envoi de la caisse n°16 à l'Exposition universelle de 1889

« L'exposition de Tahiti était installée dans l'aile droite du Palais central des Colonies ; elle occupait une des sections du rez-de-chaussée ; il y avait encore au premier étage une collection de photographies et une panoplie d'armes marquisiennes (1). »


Rez de chaussée du Palais des colonies à l'Exposition universelle de 1889

Le Palais des Colonies en question avait été conçu pour abriter des objets provenant des « petites colonies », par opposition aux bâtiments consacrés aux grands pays appartenant au domaine colonial. Le bâtiment était entièrement construit en bois, excepté un dôme central haut de cinquante mètres à l'armature métallique. L'historien Louis Rousselet apporte une description générale de la section de Tahiti :

« Au premier étage est réservée l'exposition des travaux publics, des cartes et plans et des photographies. (...) Nous rencontrons ensuite des collections scientifiques formées exclusivement pour l'Exposition universelle, sous les auspices des ministères de la Marine et de l'Instruction (...) Quant à nos autres possessions océaniennes, la charmante Tahiti, les îles de la Société, les Gambier, les Marquises, etc., c'est au Palais des colonies qu'ont été réunies leurs produits (...) On n'a fait à aucune de ces terres australes les honneurs d'une exposition spéciale. »


Palais des colonies à l'exposition universelle

En réalité, aux antipodes de Tahiti, la France se soucie peu de sa nouvelle colonie. Elle lui a offert, dans les institutions politiques coloniales, une représentation dérisoire au sein de la 4e section du Conseil supérieur des colonies, celle des « autres possessions », au côté de Mayotte et de Diego-Suarez. L'espace qu'elle propose aux Établissements français de l'Océanie dans l'Exposition est proportionnel à l'importance politique et économique qu'elle lui reconnaît.

Pour l'administration française à Tahiti, l'Exposition universelle était la bienvenue : l'économie des Établissements français de l'Océanie s'est un moment intégrée, grâce au coton, à l'économie internationale, mais constatant dès 1885 le déclin des exportations, les colons souhaitent le remplacer par une autre production spéculative (canne à sucre, nacre, vanille), aidés en cela par les sociétés commerciales étrangères puissantes. Dans ce contexte, l'Exposition universelle de 1889 offre aux responsables de l'administration l'occasion de figurer au sein de la grande famille des colonies françaises. Si la représentation du pays et de ses habitants n'est plus à faire en terme de douceur de vivre, elle souffre en revanche de la faiblesse d'image de son potentiel économique, industriel et commercial qu'il convient de corriger. L'Exposition est le cadre idéal pour mettre en œuvre cette campagne de communication. Dès juin 1887, le sous-secrétaire d'État qui gère l'administration des colonies, dans un courrier adressé au gouverneur Lacascade, se déclare « heureux de constater l'empressement avec lequel l'Administration locale à répondu à la demande du Département » ; il exprime toute sa satisfaction et fait « réserver à Tahiti les quatre cents mètres de superficie (...) demandés pour la construction de différents modèles de cases indigènes (2) ». Il termine en rappelant le but premier de l'événement qui se prépare :

« En attendant, appliquons nous à imprimer à notre Exposition le caractère élevé qu'elle doit avoir : il ne suffit pas qu'on y trouve les produits de toute sorte recueillis sur tous les points du globe, il faut qu’elle soit l’inventaire de la civilisation (3). »

À partir de là, les membres du comité local de l'Exposition permanente- des colonies sont nommés à Tahiti :

« Par arrêté du gouverneur en date du 4 juillet 1888, sont nommés membres du comité local de l'Exposition universelle de 1889 :
- MM Bonet, délégué du Conseil général
- Raoulx, délégué à la Chambre du commerce
- Goupil, délégué à la Chambre d'agriculture
- Huet, négociart
- Drollet, négociant
- Langomazino, défenseur »

Et des annonces passent régulièrement dans le Journal officiel :

« L'Administration se propose de faire construire deux cases indigènes de 12 mètres de long sur 6 mètres de largeur, destinées à figurer à l'Exposition de 1889. Elles seront envoyées démontées à Paris, où la toiture en feuilles de cocotier ou pandanus sera fabriquée et mise en place par les indigènes qui les accompagneront.

L'Administration se propose d'envoyer à Paris, des Tahitiens des deux sexes, mariés, âgés de 30 ans au plus, et sachant parler français autant que possible. »

Tahiti occupe donc une modeste place dans une salle du palais central, où d'un côté les indigènes, les « exposé(e)s », chargés de faire de la figuration, de l'autre les « exposants » qui forment un échantillonnage représentatif de la société coloniale européenne : Hégésippe Langomazino, Tati Salmon, Elisa Gibson, Charles Viénot principal prêteur d'objets polynésiens pour l'exposition. Ainsi, l'Exposition universelle reproduit en France, les hiérarchies économiques, sociales et politiques de la colonie.

Enfin, le comité, soucieux de mettre tous les atouts de son côté, propose, dans la séance du 9 août 1888, l'envoi de 43 photographies de Georges Spitz et 40 de Mme Hoare, « destinées à donner aux visiteurs de notre exposition une idée de la colonie et de sa flore ».

(1) L. Rousselet. L’Exposition universelle de 1889, Paris, Hachette, 1890, p. 194.
(2) Courrier du ministre de la Marine au gouverneur des Établissements français de l’Océanie, 16 juin 1887, Journal officiel des établissements français de l’Océanie, jeudi 24 juillet 1887, Archives territoriales de Polynésie française
(3) Ibid

[V. Gleizal, thèse de doctorat. « La colonisation française des E.F.O Délimitation, représentations et spécificités de 1842 à 1914 »]

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