Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Mort et obsèques de Pomare V -

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Mort et obsèques de Pomare V


Chants funèbres exécutés devant le palais
royal à la mort de Pomare V le 12 juin 1891

À la mort de Pomare V le 12 juin 1891, la surprise est réelle et générale : à cinquante deux ans le monarque tahitien expire alors que son entourage pense à une fatigue de plus. Les obsèques s'étalent sur deux jours et sont officiées par les trois grands pasteurs français Charles Viénot, Frédéric Vernier et Prosper Brun. L'heure est au recueillement et aux inquiétudes quant à la succession du roi. Le gouverneur en parle très explicitement dans son rapport confidentiel au ministre :

« Plusieurs districts, ceux de l'est de Tahiti et tous ceux de Moorea, avaient formé le projet de s'opposer, par la force au besoin, à l'inhumation du roi avant la proclamation de son neveu, le prince Hinoi, en qualité de successeur du titre, de la pension et des prérogatives du défunt. Leurs orateurs avaient tenu, en face du cadavre, des discours quelque peu séditieux et une grande agitation régnait parmi tous les groupes indigènes réunis dans la vaste cour du palais. J'ai dû faire intervenir, avant de recourir à des mesures de rigueur, l'autorité de MM. Viénot, président du Conseil supérieur des Églises protestantes, Poroi, conseiller privé, Tati Salmon, membre du Conseil général, et Cadousteau, interprète en chef(1). »

Gauguin, arrivé trois jours avant le décès de Pomare V sur la Vire, donne une vision moins convenue des obsèques du roi :

« Sur la route, à la débandade, l'indifférence des Français donnait l'exemple et tout ce peuple si grave depuis plusieurs jours recommençait à rire (...) Ce fut tout. Tout rentra dans l'ordre habituel. Il y avait un roi de moins et avec lui disparaissaient les derniers vestiges d'habitudes...maories. C'était bien fini : rien que des Civilisés(2). »


Cortège se formant devant le palais pour accompagner la dépouille de Pomare V.
Paul Gauguin débarqué de la Vire trois jours auparavant en fut le témoin. (Coll. Ch. Gleizal)

Ce constat amer n'était pas loin de la vérité : avec la mort de Pomare V, c'est tout une page d'histoire de Tahiti qui se tourne. Son neveu et fils adoptif, le prince Hinoi, jouit quand même d'une très grande popularité parmi la population tahitienne et européenne de Tahiti. Adopté et élevé par le roi, il avait reçu une éducation française dispensée par les frères de Ploëmel à Papeete. « Dans le traité entre Pomare V et la France, Pomare avait conservé, pour lui, le droit de faire flotter sur son palais le pavillon tahitien. Mais, il n'avait pas convenu que son héritier jouirait du même droit ». Trois jours après la mort du monarque, le pavillon tahitien est amené en France après avoir flotté sur Tahiti pendant près de soixante années.

(1) Correspondance du gouverneur Lacascade, Archives de Polynésie française, côte 17W127, p. 71.
(2) P. Mazellier, op. cit. tome 3, 1864-1891, p.490.

[V. Gleizal. Thèse de doctorat d’histoire La colonisation française des E.F.O. Délimitation, représentations et spécificités de 1842 à 1914]

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