Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Evènements de Raiatea et arrestation de Teraupo -

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Evènements de Raiatea et arrestation de Teraupo

Le 26 décembre 1896, à cinq heures du soir, le Duguay-Trouin et l'Aube sur lequel flottait le pavillon du gouverneur levaient l'ancre aux acclamations de la foule massée sur les quais pour adresser à nos soldats les vœux de tous les Français pour l'heureuse issue de l'expédition.

Désireux d'éviter une effusion de sang, M. Gallet avait envoyé auprès des rebelles un parlementaire qui faillit être mis en pièces.


Le "Pa" ou camp retranché de Teraupo à Raiatea

Malgré cet accueil et avant d'engager les hostilités, le gouverneur, à son débarquement à Uturoa, voulut cependant adresser aux rebelles cet ultimatum :

Aux rebelles de Raiatea et de Tahaa.

Vos affronts répétés au pavillon français ont lassé la patience du Gouvernement de la République.

Je viens donc avec des soldats et des navires de guerre pour vous contraindre à déposer vos armes et à rentrer dans l'obéissance.

Je vous accorde un nouveau et dernier délai de quatre jours pour écouter la voix de la raison et faire votre soumission complète.

Si, à l'expiration de ce délai, mon appel n'a pas été entendu, les troupes dont je dispose marcheront contre vous et vous serez châtiés comme vous le méritez. Je vous préviens en outre que si vous m'obligez à employer la force armée, je confisquerai les territoires que vous occupez et prendrai à l'égard de vous tous les mesures les plus sévères.

Je vous somme donc d'avoir à évacuer vos districts sans aucun retard et à vous rendre avec vos chefs, vos familles, vos armes et vos munitions, vendredi prochain 1er janvier, avant sept heures du matin, sur les lieux suivants :


"Rebelles" de Raiatea prisonniers ramenés à Tahiti sur l'aviso Aube

1e Les rebelles de Tahaa, avec leurs femmes et leurs enfants, sur l'îlot Toahotu ;
2e Les rebelles d'Opoa sur l'îlot Iriru ;
3e Et ceux de Tevaitoa sur les îlots Tahu-Naoe et Torea.

Un pavillon blanc devra être hissé à l'heure fixée sur chacun de ces points pour indiquer que vous avez obtempéré à la présente sommation.

Fait à Uturoa, le 27 décembre 1896.

Le Gouverneur,
Signé: G. GALLET.

1 700 indigènes répondirent à cet appel.

La reine d'Avéra, à moitié soumise par M. Chessé, renonçant à son attitude tantôt équivoque, tantôt hostile, et se décidant à suivre les sages conseils du docteur Rousselot, médecin de 1er classe des colonies à Raiatéa, la reine, dis-je, se rendit tout en larmes auprès du gouverneur et fit sa soumission.

Teraupo avec les naturels du district de Tavaitoa et de l'île Tahaa s'étaient renfermés dans le mutisme le plus complet, refusant ainsi de faire connaître leurs intentions, bercés peut-être par l'espoir que la démonstration de nos bateaux aurait un caractère aussi pacifique qu'en 1890.

Escomptant notre longanimité, ignorant le danger que leur faisaient courir ceux qui excitaient leur fanatique sentiment, les rebelles avaient osé déclarer « qu'ils feraient de petits morceaux des taata farani (Français) qui oseraient les combattre ». Ils ne devaient pas tarder à s'apercevoir que si le succès justifie parfois un acte audacieux, jamais il n'accompagne un acte de démence.

Le premier janvier, au matin, M. le capitaine de vaisseau Bayle, commandant la division navale du Pacifique, et dont le guidon flottait sur le Duguay-Trouin, fit sonner le branle-bas de combat ; c'était pour les rebelles l'heure suprême de l'expiation.

Le 3 janvier, dans un premier engagement, 17 des insurgés, embusqués au nombre de 80 dans une tranchée à l'ancien marae de Tevaitoa, payèrent de leur vie leur incroyable folie.

Cette première leçon leur fut infligée par la colonne du vaillant commandant de l'Aube, M. le capitaine de frégate Chocheprat, élevé depuis au grade de capitaine de vaisseau. Il fallut larder à coups de baïonnette tous ces fanatiques armés de fusils, de harpons, d'engins de toute nature, qui opposèrent à nos soldats une résistance désespérée. Cette unique défaite suffit à jeter le désarroi dans le camp de Teraupo. Beaucoup de ses partisans, revenus à une plus saine appréciation de la situation, se rendirent à la discrétion des autorités françaises. D'autres sur lesquels pesait sans doute une plus lourde responsabilité, redoutant les conséquences de leur conduite et les rigueurs d'un juste châtiment, s'enfuirent dans les montagnes. Bien que déjà le sort de l'expédition fût décidé, il fallut encore près de quarante jours d'escarmouches, de courses, de marches par des pluies incessantes, dans un pays excessivement boisé autant qu'accidenté, pour arriver à capturer tous les rebelles.

Teraupo avec sa femme et la cheffesse de Tevaitoa, qui avaient fait le coup de feu, furent pris par leurs compatriotes le 16 février 1897. Ce jour marquait la fin de la campagne commencée le 1er janvier.

[J. Agostini "Tahiti". J. André. Paris 1905]

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