Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’inauguration du monument aux morts (1928) -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1903-1932. Le Conseil d’administration | L’inauguration du monument aux morts (1928)

L’inauguration du monument aux morts (1928)

« Lorsque fut inauguré le monument aux morts de la guerre à Papeete, ma mère demanda au gouverneur l'autorisation de s'adresser aux Tahitiens pour commémorer avec- eux le souvenir de nos chers disparus. Le gouverneur demanda le texte de son discours. Ma mère lui répondit qu'elle n'avait pas l'habitude d'écrire, qu'elle improvisait, mais il insista pour qu'elle lui soumette au moins le schéma. Cela lui coupa un peu les ailes. Elle s'en tira néanmoins avec une belle envolée lyrique typiquement tahitienne. Ces paroles vibrantes d'émotion firent couler bien des larmes :

« Tahiti, Eimeo, vous tous qui êtes réunis sur ce tahua de Vaerota pour rendre hommage à la fête Nationale française, salut et longue vie ! »

Nous sommes en présence d'une œuvre admirable, que n'ont pas vue nos ancêtres, je veux parler de ce monument, de cet autel érigé par l'Amour, sublime emblème de la Victoire remportée par ceux qui se sont inclinés devant le devoir. Il est ici afin que reste vivant dans nos cœurs le souvenir de ceux pour lesquels Temuri, le vent de la douleur, a gémi, alors que nos cœurs angoissés attendaient. Marama suivit son cours au ciel, Tirio, Hoata, Hamiamia se succédèrent et le seuil de la maison restait infranchi. Partis là-bas, ils sont morts là-bas. Nous les avons pleures, ces chers enfants. Mais aujourd'hui leurs noms revivent, ils sont à l'honneur et vivront à jamais. Avec respect, les têtes s'inclinent devant l'éclat de leurs noms qui s'en va rejaillissant jusqu'aux deux Roo, le dieu de la guerre, fait entendre le maeva des héros.


Le haut-commissaire d'Argenlieu déposant, en 1941, une gerbe au monument aux morts

Ura de Tahiti et d'Eimeo, déployez-vous, glorifiez-les, ainsi que ceux qui sont revenus parmi nous, eux tous qui ont répondu à l'appel de notre chère mère la France, vous tous qui êtes allés sur le tahua de la mort que commandait le Tahuna i ahuru. Braves et sans peur, vous avez porté sur vos épaules l'honneur du pays, défendant ce pavillon planté par nos aïeux sur les deux pointes de Tahiti et d'Eimeo, lequel, ayant pris racine, s'est déployé avec ampleur et majesté, nous couvrant de son ombre protectrice, nous qui sommes devenus ses enfants.

La noble conduite de ses fils affrontant l'ennemi, tels les héros de jadis, fit tressaillir d'orgueil les entrailles de notre pays. Le nom de Tahiti s'en trouva agrandi.

Tahiti, assise sur son sable noir, portant sa montagne l'Orohena jusqu'au sommet des deux, Tahiti, qu'illuminent les rayons du dieu soleil, Raa, qui est revêtue de son manteau lumineux de Taaroa et Tane,

Tahiti, notre pays, cette noble terre.

Et vous, cette jeunesse ici rassemblée, que ce monument devienne pour vous comme un phare dont la lumière vous conduise dans la voie du devoir et de l'honneur, que vous ont déjà tracée vos pères et vos frères. Qu'il prépare vos âmes pour le jour où vous pourriez être appelés à votre tour.

Voici les exhortations de nos ancêtres :

Courage, acceptez le défi !

Saisissez les lances jumelles de la maison de Poumariorio.

Tahiti, terre projetée à la lumière par Taaroa et Tane, afin qu'elle soit sacrée !

Vive la France, vive Tahiti ! »

[Discours de Marau Taaroa]

Retour en haut de page