Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La création du Radio Club Océanie -

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La création du Radio Club Océanie

« ICI PAPEETE, TAHITI, STATION DU RADIO CLUB OCÉANIE », c'est ainsi que le speaker démarre les émissions du Radio Club Océanien (Indicatif FO8AA) qui, depuis le 11 avril 1934, émet sur la longueur d'ondes de 42,98 mètres.

Le R.C.O. fondé par quelques amateurs passionnés, Bambridge, Quesnot, Bouby, Poroi (voir photo ci-dessous), Lariou, Wanegue, est un organisme privé, qui a vite compté trente et un membres. Dans un premier temps le R.C.O. a assuré les liaisons radiophoniques avec un émetteur de 25 watts puis en 1937, grâce à l'achat d'un émetteur de 200 watts, la portée des ondes du Radio Club Océanien s'est accrue, de telle sorte que les avis d'écoute sont parvenus rapidement des points les plus éloignés.

Mais c'est à partir de 1939 que le Radio Club Océanien prendra une importance que ses fondateurs n'ont pas prévu : à cause de la guerre le R.C.O. va être amené à diffuser des nouvelles, militaires et autres, en français et en tahitien, et pendant cinq ans, tous les mardis et vendredis, à Tahiti et dans les îles, on pourra entendre, plus ou moins bien, un programme composé de disques, de communiqués et de nouvelles.

Et, très vite, malgré les possibilités modestes du R.C.O., la population des îles prend conscience de l'importance de la radio, importance beaucoup plus grande pour elle que pour les habitants plus évolués vivant près de Papeete. Ils n'ont pas, en effet, d'autres moyens d'information, et le passage de la goélette en provenance de Tahiti étant l'événement le plus marquant qu'ils connaissent, il leur importe donc de le prévoir avec le maximum de précision. La radio leur permet aussi d'apprendre les nouvelles du monde et de se réunir pour écouter de la musique.

Le R.C.O. au service de la France Libre

Installé avenue Bruat, dans les locaux des Travaux Publics, le Radio Club Océanien, présidé par Alfred Poroi, se met très rapidement au service de la France Libre. Georges Spitz se charge de la traduction et de la diffusion en tahitien des informations et même des publicités car, déjà, on diffuse des annonces commerciales pour arrondir le maigre budget du R.C.O. géré, au début de la guerre, par Temaeva a Anahoa.

Monsieur Nippert, vice-président de la société, a organisé, en accord avec Alfred Poroi, les programmes du mardi et du vendredi qui, d'une durée d'une heure et quart, se composent du quart d'heure musical, de 17 h 50 à 18 h 05, des nouvelles en français, de 18 h 05 à 18 h 30, et des nouvelles en tahitien de 18 h 30 à 19 h.

En 1941, lors de l'Assemblée Générale du 19 février, on note la présence de responsables qui sont, pour la plupart, de farouches défenseurs de la France Libre. Ils propageront, pendant des années, la bonne parole gaulliste à travers les îles des E.F.O. : voici Alfred Poroi, président, Joseph Bourne, secrétaire, Temaeva a Anahoa, trésorier, Auguste Juventin, secrétaire adjoint, voici les membres actifs qui cumulent souvent plusieurs fonctions (technicien, speaker, reporter...), Emile Bocher, Robert Charron, Edouard Frogier, Élie Juventin, Charles Maraetefau, Ladislas Malinowski, Georges Spitz. Emile Brisson et Isaac Walker se sont fait excuser, tandis que Jubert Nippert, vice président, vient de donner, par téléphone, sa démission. Cette liste changera un peu, d'une année à l'autre, et des membres nouveaux viendront grossir les rangs de ces passionnés de la radio. Il y aura aussi des incidents, plus ou moins fâcheux, le R.C.O. étant de plus en plus mêlé à l'histoire de Tahiti, mais Alfred Poroi sera toujours là, président énergique, poursuivant toujours les mêmes objectifs : défendre le gaullisme et la présence française à Tahiti.

Des lettres d'auditeurs encouragent l'équipe du R.C.O., et elles montrent l'attachement des îles à ce moyen d'information qui, deux fois par semaine, les arrachent à leur isolement. Ainsi monsieur Triffe, d'Atuona, écrit le 20 décembre 1939, combien les émissions du R.C.O. sont suivies avec intérêt aux Marquises, bien que la population indigène soit un peu déçue par la musique européenne et qu'elle « serait beaucoup plus satisfaite par des disques tahitiens, assez décents en raison de l'époque de guerre dans laquelle nous vivons actuellement ». Quant au chef d'Hikueru, Nohorai Sue, il déclare au Président du R.C.O. le 21 octobre 1940 : « C'est avec joie que je vous fais connaître le témoignage de notre satisfaction envers vous pour vos émissions par la voie des airs ». Les lettres élogieuses sont nombreuses et si, parfois, la voix du speaker est un peu brouillée, si des grésillements intempestifs jaillissent des postes récepteurs, c'est secondaire quand on songe à l'importance des nouvelles.

C'est en effet le R.C.O. qui, le 3 septembre 1940, informe les îles coupées de Papeete, du ralliement de Tahiti au général de Gaulle ; c'est le R.C.O. qui diffuse le discours de monsieur Ahnne, membre du Gouvernement provisoire, par lequel il annonce, le 10 septembre 1940, la nomination de l'intendant militaire Mansard, au poste de gouverneur des E.F.O. ; et c'est encore grâce à la station du R.C.O. que Mansard, le 8 novembre de la même année, fait ses adieux à la population et présente son successeur, le docteur Emile de Curton.

Parfois aussi la station doit annoncer de tristes nouvelles : Georges Bambridge, le maire de Papeete, vice-président d'honneur, membre fondateur du R.C.O., et Edouard Frogier, membre actif de la station, meurent à Papeete au début de la guerre, et s'il n'est pas possible de donner au Radio Club Océanien le nom de l'ancien maire, on décide de poser une plaque près du studio où sera inscrit : Station Georges Bambridge.

Bien que les émissions soient limitées du fait de la guerre, le R.C.O. prend de plus en plus d'importance depuis que l'administration, consciente de l'impact de la radio, multiplie ses interventions. Chaque jeudi le gouverneur général Brunot fait une conférence, radiodiffusée à partir de l'école Paofai, d'où sera retransmise aussi, le 26 septembre 1941, l'allocution prononcée par le haut-commissaire d'Argenlieu.

Comme peu d'habitants de Papeete possèdent un appareil de T.S.F., les autorités décident d'installer un poste sur la place de la mairie. Il existe, en effet, un nombre très restreint de récepteurs à Tahiti et dans les îles, et le R.C.O. a même dû, en mai 1940, prêter son unique appareil aux autorités militaires. Ce qui amène, en 1942, monsieur Brisson à demander : « la cession de l'appareil confisqué du docteur Mac Neal, dont les caractéristiques répondent aux besoins du R.C.O. et qui remplacera avantageusement le récepteur prêté aux autorités militaires ».

On est en guerre, et des réquisitions, et même des confiscations, ont parfois lieu ; on est en guerre, et le R.C.O. est de plus en plus soumis à la Commission de Contrôle de la Presse, émanation officielle du Bureau de la Propagande. Organisme privé, le R.C.O. devient, en fait, une ramification du pouvoir gaulliste : le 10 novembre 1942, le contre-amiral Thierry d'Argenlieu prend la parole pour la seconde fois devant le micro du Radio Club Océanien, à l'occasion de l'anniversaire de l'armistice, tandis que le gouverneur Orselli accepte de présider l'assemblée générale du 8 avril 1943.

Et, dix ans après la fondation du R.C.O., Alfred Poroi peut rappeler les paroles du président fondateur Wanegue, qui déclarait en 1934 : « Pour obvier à l'éloignement des stations de France notre ligne de conduite est toute tracée : la création d'une station de radiodiffusion locale. Cette tâche remplie, notre société aura accompli une œuvre bien française ».

[J.M. Dallet, Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

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