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1843-1880 Le Protectorat
Le contexte économique
La fièvre cotonnière
Quinze années de production intensive suivent la disparition de W.Stewart. De 1874 à 1884, le coton représente quelques 30% de la valeur totale des exportations des E.F.O. En 1885, 615 tonnes sont exportées.
L'administration contribue à ce phénomène : primes et graines sont distribuées. On crée même une Caisse agricole, qui joue le rôle de banque, faisant entre autres des avances sur récolte. Des navires de l'État sont réquisitionnés pour exporter le précieux coton, dont le cours, situé entre 3 et 4 francs, demeure l'un des plus hauts du monde.
L'administration se réjouit aussi de voir que la production cotonnière n'est plus entre les mains d'une puissance société étrangère, mais dépend d'une foule de petits planteurs, européens et polynésiens. C'est en effet par le coton que commencent à se généraliser les cultures spéculatives en milieu maohi (Société et Marquises).
On assiste en 1886 à un effondrement de cette production. Les cours baissent considérablement (en 1887, le prix du kilo descend à 1,74 F), mais rien n'explique sur le marché international cette baisse qui a donc encore une fois des causes internes, au nombre de deux : la majorité des plants, semés entre 1865-70, ayant une longévité de 15 ans, il aurait fallu, vers 1885-90, procéder à leur renouvellement, effort que n'entreprennent ni les Européens ni les Polynésiens. A cela s'ajoute la difficulté de trouver un marché extérieur.
Le souvenir de cette production rentable ne disparut pas de la mémoire collective, ni des projets de l'administration coloniale. L'apparition d'un parasite aux Etats-Unis d'Amérique en 1892 ayant fait s'effondrer la production américaine en 1904 et provoqué une envolée des cours mondiaux, on tente de replacer le mouvement de plantation dans les E.F.O, par une distribution de graines et de nouvelles subventions. De son côté, la Société commerciale de l'Océanie ne cesse d' encourager cette culture aux Marquises, où, en 1889, elle a couvert une petite usine à égrener. Avec le soutien actif des missionnaires catholiques, la société peut récolter, jusqu'en 1909-1910, quelques dizaines de tonnes qui sont acheminées des Marquises vers Hambourg et Liverpool.

Colon européen
Pour des raisons tant économiques que patriotiques (la France manque alors d'approvisionnement sûr en coton), le président du Comité de l'Océanie française décide la création d'une société française. A Raiatea, 360 hectares de terres confisquées sont mis, non sans mal, à la disposition de cette société et en 1912 une usine a égrener est construite. L'échec de ce projet, en dépit de l'appui sans réserve du gouvernement, marque là disparition définitive du coton de l'agriculture polynésienne.
Il reste que c'est grâce au coton que les E.F.O purent s'intégrer, à partir de 1865, à l'économie internationale : la colonie attira des capitaux étrangers (Atimaono), exporta vers des marchés européens, ce qui lui permit aussi d'importer d'avantage, et la population fit l'apprentissage avec succès d'une culture autre que vivrière.
[P. Y. Toullelan. Encyclopédie de la Polynésie, chapitre 7, volume 7]
