Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La nacre -

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1843-1880 Le Protectorat

Le contexte économique
La nacre


Plongeur de nacre

Avant le Protectorat, la nacre a déjà fait l'objet, dans les lagons des Gambiers et des Tuamotu, d'une exploitation relativement intensive et il y eut même des tentatives de monopolisation de la part d'arii de Tahiti. Bien qu'aucune statistiques ne soit possible en ce qui les perles naturelles, il demeure que ce sont elle que les pêcheurs recherchaient avant tout durant cette période. Il faut attendre 1870 pour que l'huître – l'utilisation de la nacre se généralisant – soit exploitée pour sa coquille.

Alors que, vers 1860, le kilo se vendait 0,10 franc, il atteignit de 0,30 à 0,60 franc vers 1870, puis 1 franc en 1875. Pendant les années 1880, les cours montèrent encore, se situant entre 1,75 et 2,25 francs, pour fléchir assez nettement au début des années 1890. Durant 30 ans, la nacre ne cessa donc de croître en valeur absolue. En 1860, 200 000 francs furent exportés, ce qui constituait alors la moitié du total des exportations. La production demeura stable jusqu'en 1876 où, avec 479 tonnes, les E.F.O exportèrent 1 116 796 francs. Puis, la production se stabilisa autour des 500 tonnes. On remarque une grande variation annuelle dans les exportations, due le plus souvent au simple retard d'une navire, entrainant le report de la cargaison dans la comptabilité de l'année suivante.

Une telle exploitation n'est pas sans appauvrir dangereusement les lagons. Consciente de ce problème, l'administration coloniale ne publie pas moins de 12 arrêtés pour règlementer la pêche. Mais aucun gouverneur n'ose adopter la seule mesure qui s'impose : la fermeture des lagons pour plusieurs années. Trop d'intérêts sont en jeu. Le budget local lui-même aurait été mis en difficulté, la colonie percevant une taxe sur chaque tonneau de nacre exporté. Aussi n' adopte-t-on que des demi-mesures : on ne peut commercialiser que des nacres d'un poids supérieur à 500 grammes (1874-1889). On institue ce que, par analogie avec d'anciennes pratiques, on nomme le rahui : certains atolls ne sont ouverts à la pêche qu'à certaines époques de l'année. Mais l'immensité de l'archipel ne permet en aucune façon à l' administration de veiller à l'application de ses décrets. Le scaphandre est un nouveau sujet d'inquiétude : autorisée de 1890 à 1892, son utilisation se traduit par un accroissement des rendements (656 tonnes en 1890,607 en 1891), mais la surproduction qui en découle pour conséquence une baisse sensible des cours (entre 1,25 et 1,50 franc le kilo). Les années 1900 sont celles d’un profond marasme, les pêcheurs refusant même de descendre tellement les cours sont faibles. Il faut attendre l'interdiction du scaphandre, un rahui mieux suivi et une prise de conscience plus grande chez les commerçants, pour que l'exploitation reparte sur des bases plus saines. A la veille de la Première Guerre mondiale, les exploitations atteignent quelque 600 tonnes annuelles. Mais la nacre, qui avait constitué jusqu'à 15% des exportations totales de la colonie, n'en représente plus que 10% entre 1911-1914.


Coquille de nacre pinctadine

Il faut souligner que cette production repose entièrement sur le travail des Polynésiens, et les conséquences dans ce domaine de l'intensification de la pêche de la nacre sont immenses. De nombreux Paumotu, grâce à elle, accèdent à des revenus satisfaisants et à une aisance relative. Mais dans l'ensemble, les effets sont négatifs, car la pêche accentue le nomadisme des populations des atolls. Cela se traduit par l'abandon des fosses de culture, et une dépendance accrue vis-à-vis de l'extérieur (consommation de conserves, de riz). Dépendance d'ailleurs délibérément recherchée par les capitaines de goélettes européens qui, par un système d'avances, parviennent à s'attacher des villages entiers, contraints de pêcher à leur seul profit. Enfin, les difficultés liées à la pêche - d'autant que l'on doit descendre toujours plus profond - entrainent de graves dommages physiques pour les pêcheurs (refroidissement, perte de la vue, malaise des plongeurs ou taravana). L'alcool, généreusement distribué par les commerçants, contribue aussi à la détérioration physique de ces populations

[P. Y. Toullelan. Encyclopédie de la Polynésie, chapitre 7, volume 7]

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