Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - International à partir de 1940 -

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Contexte International (à partir de 1940)


Fiche de renseignement sur un
Japonais de Makatea.

A la fin de 1940, l'Europe est en train de devenir complètement allemande, l'U.R.S.S. semble toujours approuver les menées hitlériennes, les États-Unis sont encore neutres, et le gouvernement de Vichy paraît être de plus en plus d'accord avec l'occupant. Il y a tout de même un élément positif: les Anglais ont gagné la bataille aérienne, évitant ainsi l'invasion et infligeant leur première défaite aux armées d'Hitler. Tout cela est plus ou moins connu à Tahiti, mais rien de précis ne parvient jusqu'à la colonie quant à la France libre et aux projets réels du général de Gaulle installé à Londres.

Les Américains à Tahiti

En revanche il est possible, pour les esprits les plus éclairés, de prévoir l'affrontement qui aura lieu entre les Japonais et les Américains. A Tahiti on voit, dès le 25 mars 1941, des Américains débarquer des deux croiseurs Brooklyn et Savannah, et de quatre contretorpilleurs qui les escortent. Emile de Curton rend ainsi compte de la visite de cette escadre, commandée par l'amiral Stone, et de l'ambigüité qui régnait alors entre la France libre et les Américains : « Lors de la visite que je lui avais faite pour le féliciter de la réélection, le 5 novembre 1940, du Président Roosevelt, le Consul des Etats-Unis m'avait dit des paroles aimables mais peu significatives. Sa réponse officielle au message que je lui avais remis à cette occasion m'avait paru plus encourageante. Cependant, au début de 1941, le Consul quittait Papeete sans y être remplacé.

Ce fut donc avec une certaine surprise que, à l'aube du 25 mars 1941, nous fûmes informés par sa radio de l'arrivée imminente d'un détachement naval américain. En réponse à notre interrogation, l'amiral nous fît savoir que « les autorisations nécessaires avaient été obtenues ».

Au moment de nous quitter, l'Amiral Stone, devenu notre ami, devait nous confier que l'autorisation d'escale de son escadre à Papeete n'avait sans doute pas été demandée au « bon gouvernement » ; de fait c'était l'Amiral Leahy qui avait obtenu l'accord de Vichy pour cette visite inattendue. Et il ajoutait que le compte-rendu « qui lui serait certainement demandé » ne manquerait pas de faire un éloge mérité de Tahiti, de sa population et de ses dirigeants.

L'« aveu » de l'Amiral Stone ne faisait que confirmer nos impressions, et si nous n'avions pas été trop exigeants sur l'origine de l'autorisation invoquée, c'est que nous pensions que le résultat de cette visite ne pourrait être que bénéfique, tant pour le moral de la Colonie que, peut-être, pour l'appréciation par le Comité de Londres du comportement américain.


En mars 1941 une escadre américaine fait escale à Tahiti

Aussi, tout en nous abstenant de freiner l'enthousiasme de nos amis tahitiens, convaincus que la venue du Brooklyn était en quelque sorte une « reconnaissance » du mouvement de la France Libre en Océanie, nous en avisions aussitôt Londres... qui ne fit aucun commentaire. »

Les Japonais

Avec les Japonais la colonie entretient des rapports presque quotidiens mais toujours tendus. Les cargos nippons, qui se pressent devant les mines de phosphates de Makatea, sont si nombreux à attendre d'être chargés que, souvent, ils doivent venir chercher abri dans le port de Papeete. Les marins japonais n'ont pas le droit de descendre à terre, et les Tahitiens regardent avec curiosité ces cargos rouillés, aux ponts toujours déserts. Que contiennent les cales de ces bateaux ? Sont-ils des navires espions ? Il faut se méfier. Le Japon a signé le pacte tripartite aux côtés de l'Allemagne et de l'Italie, et les cris barbares, les discours incompréhensibles qui sortent des flancs de ces navires, répercutés dans tout le Pacifique par les stations radio du Japon, ne sont pas sans inquiéter les habitants et les dirigeants de Tahiti.

Inquiétude d'autant plus vive que l'on sait que les Japonais et le Gouvernement général de Saïgon fraternisent de plus en plus. Ne risque-t-on pas de voir les vichystes d'Indochine envahir la colonie, soutenus par les Japonais ? Le gouverneur de Curton est conscient de ce danger et il organise au mieux la défense de Tahiti :

« Nous avions pris, en prévision de son retour offensif, un certain nombre de précautions. Des mines posées dans les passes, les chaînes barrant de nuit l'accès du port, interdisaient aussi bien l'entrée par surprise dans la rade de Papeete que des débarquements sur les plages voisines. Le stock de bombes de la base aéronavale était d'autant plus suffisant que nous n'avions qu'un seul pilote, Jean Gilbert, mais les essais effectués révélaient que deux engins sur trois ne fonctionnaient pas. Quant au capitaine Ravet, s'il était bien artilleur, il ne disposait que d'une artillerie dérisoire et son infanterie ne pourrait intervenir qu'une fois le débarquement effectué. Bref, une défense active avait bien peu de chances d'être efficace.

Notre meilleure arme – et nous l'avions fait connaître à nos adversaires – était le stock de mazout dont la destruction immédiate, en cas d'agression, aurait immobilisé le Dumont d'Uruille dans les eaux tahitiennes, le mettant ainsi à la merci d'une riposte australienne qui aurait rendu illusoire sa trop facile victoire.

[J.M. Dallet, Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

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