Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La vie quotidienne à Tahiti en 1936 -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1932-1946. Les délégations économiques et financières | Contexte historique | La vie quotidienne à Tahiti en 1936

Contexte historique Local

La vie quotidienne à Tahiti en 1936

En 1936 les Établissements Français d'Océanie (les E. F O.) peuplés (voir doc) de quarante trois mille habitants (huit mille à Papeete sont dirigés par le gouverneur Henri-Camille Sautot, qui laissera sa place, le 17 mars 1937, à Frédéric Chastenet de Géry. Les années trente vivent au gré des rebondissements liés au scandale de la faillite de la société Kong Ah, au travers duquel les clans (coloniaux, religieux, maçonniques) agissant à Tahiti s’affrontent et font régner dans la ville de Papeete, un climat délétère On travaille en général huit heures et demie dans une journée. Un manœuvre gagne de dix à quinze francs par jour (c'est-à-dire entre sept cent soixante dix et mille cent cinquante cinq francs de 2002), un docker vingt cinq francs. La viande de bœuf coûte de deux à sept francs du kilo, le pain deux francs vingt, le savon trois francs, le riz un franc soixante quinze.


Image du Tahiti de l'entre-deux guerres : la paisible rade de Pape'ete.

Ce qui fait dire à Francis Cheung, que la vie à Tahiti était déjà chère à cette époque, par rapport aux revenus salariés ou agricoles de la plus grande partie de la population. Dans une série de reportages parus dans le journal parisien « L'Intransigeant » en janvier 1938, Renée Hamon avait déjà qualifié Tahiti « d'escale de luxe. » Un « comité colonial de surveillance des prix » est mis en place en octobre 1936 afin de limiter les abus. Les prix subissent une majoration à mesure que l'on s'éloigne de Papeete : 4% de Papenoo à Papara, 8% à Moorea et Makatea, 10% aux Iles-sous-le-Vent et 25% dans les autres archipels. Un décret réglementant la tenue des registres comptables des commerçants est enfin appliqué. Il n'existe en matière de droit du travail ni contrat, ni congés payés. En 1937 la colonie a importé pour cinquante trois millions de francs de marchandises et de biens divers et exporté pour cinquante quatre millions ; le coprah, les phosphates, la vanille et la nacre constituent les productions phares de l'économie locale. A cette époque, la balance commerciale est donc bénéficiaire. Il existe de nombreux impôts qui alimentent le budget de la colonie. Il faut en effet payer les fonctionnaires : impôts sur les propriétés bâties, patentes commerciales et industrielles, taxes sur les voitures et sur les routes. Il roule à Tahiti environ huit cents voitures sur cent soixante kilomètres de routes entretenues (le bitumage de la route de ceinture commence en 1937). L'autorisation de lancer des loteries date de cette même année. L'alimentation en eau d'une maison à Papeete coûte soixante douze francs par an.

Un millier de touristes environ séjourne à Tahiti dans ces années d'avant-guerre. Ils font escale en quittant l'une des deux lignes régulières, celle des Messageries Maritimes qui assure la jonction Marseille-Nouméa et retour et celle de l'Union Steamship Company of New-Zealand, qui joint Sydney à San-Francisco douze fois par an. Il entre et sort du port de Papeete une centaine de navires par mois : cargos internationaux et caboteurs assurant le trafic inter insulaire. A la suite d'articles parus dans les revues « Naturisme » ou « Ailleurs » se développe un tourisme utopique ; il ne s'agit pas de venir pour travailler, mais pour « vivre en touriste » ou « pour développer son art ». Georges Simenon a épinglé ces « touristes bananes » dans son roman du même nom, daté de 1938 et publié trois ans après son séjour à Tahiti. Les « beachcomber s» et autres « hommes natures » cherchaient un havre de paix dans les îles d'Océanie. Quant aux revues d'information « L'Illustration », de voyages et les magazines populaires comme « Voilà », ils construisent leurs reportages sur Tahiti autour d'un exotisme qui plaît : l'attachement à la France, l'aventure, la vie facile, la vahiné, les chants sensuels et la danse-désir.


Le front de mer avant-guerre : la poste, le consulat américain et plus loin l'hôtel Stuart.

[D. Margueron, postface à « Aux jardins des mers ». A.Gain, Editions Otaha, 2002]

Retour en haut de page