Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 1939. Tahiti en guerre -

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Contexte historique Local

Tahiti en guerre

Malgré un fonctionnement économique artificiel l'Océanie française coule des jours heureux. Elle n'a pas encore été affectée par la situation internationale qui se dégrade rapidement : Hitler détient tous les pouvoirs depuis 1938 et il manifeste de plus en plus sa volonté d'étendre les frontières de l'Allemagne ; en mars 1938 c'est l'annexion de l'Autriche, en septembre 1938 a lieu la conférence de Munich, en mars 1939 la Tchécoslovaquie est envahie. L'Europe entière va bientôt être ravagée par les armées hitlériennes et ce sera, vingt ans après les carnages de la guerre 14-18, le début de la seconde guerre mondiale.

A Tahiti, où la vie politique locale et internationale ne concerne que quelques personnes, le 3 septembre 1939 marquera bien sûr l'entrée de la France et de ses colonies dans la guerre, mais aussi le point de départ de l'évolution des Établissements français de l'Océanie : Tahiti basculera en 1940 dans l'histoire moderne où nul pays au monde ne peut vivre en marge des événements internationaux.

Déjà les murs de Papeete se couvrent des affiches blanches aux drapeaux croisés qui annoncent l'entrée en guerre de la métropole, déjà les plis secrets de mobilisation sont envoyés dans tous les archipels, déjà le ministre des colonies, Georges Mandel, adresse télégramme secret sur télégramme secret au gouverneur Chastenet de Géry qui voit, en quelques semaines, la fièvre monter à Papeete, dans les districts de Tahiti et dans les îles.


Le soldat J. Martin monte la garde devant la batterie de 65 installée sur le mont Faiere

Pourtant il n'y a pas grand chose à faire pendant cette « drôle de guerre » où les E.F.O. ne peuvent disposer que de 5 000 réservistes sous-equipés, de deux pièces d'artillerie de 47 mm, de deux autres de 100 mm installées sur le mont Faiere, et de quelques postes de guet disséminés autour de l'île...

Comme la France est en guerre Tahiti se met elle aussi sur le pied de guerre. Chastenet de Géry ordonne à Félix Broche d'organiser la défense des E.F.O. : il faut d'abord transformer le détachement en compagnie autonome, que des officiers de réserve popaa viendront renforcer ; Marcel Ardant, le procureur, capitaine de réserve, Ravet, chef de la météo, lieutenant de réserve. En un mois deux cent sept hommes se retrouveront en train de suivre l'instruction militaire à la caserne de l'avenue Bruat. Le capitaine Broche déborde de dynamisme et il fera le maximum, comme Destremau en 1914, pour que Tahiti soit, en apparence tout au moins, en état de résister à un éventuel envahisseur.

Cependant Broche et quelques officiers de réserve, comme Noël Ilari, souhaitent par-dessus tout rejoindre les troupes de la France combattante. L'autorisation ne sera accordée qu'à Ilari qui regagnera la métropole, à ses frais, au début 1940, à bord du Ville d'Amiens. Les autres volontaires devront se contenter d'organiser la défense de Tahiti avec de pauvres moyens, tout en essayant de suivre les nouvelles contradictoires qui parviennent d'Europe. Nouvelles qui bouleversent toutes les couches de la société et toutes les ethnies de Tahiti, tout au moins pendant les premières semaines qui suivent l'annonce de l'entrée en guerre de la France. L'émotion de savoir la patrie en danger s'atténuant rapidement : l’éloignement, la lenteur des communications, et le fait que la vie de la colonie reste la même, le mouvement inchangé des bateaux en provenance d'Europe, d'Amérique ou d'Australie, tout cela explique l'absence de passion qui règne dans les E.F.O. pendant la guerre éclair qui met la France sous tutelle allemande.

[J.M. Dallet, Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

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