Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Émile de Curton gouverneur -

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Contexte historique Local

Émile de Curton gouverneur


Fred Ahnne est chargé de convoyer à Maupiti
sur la Tamara les pétainistes les plus actifs.

Si les efforts du gouverneur Emile de Curton se portent, dès sa prise de pouvoir, vers les problèmes économiques et les problèmes de défense, la vie politique continue à être mouvementée et à freiner le travail de réorganisation et d'adaptation aux difficultés occasionnées par l'état de guerre.

Tous les « jeunes loups » gaullistes occupent les postes clef : Jean Gilbert a été nommé commandant de la marine et commandant d'armes, Jacques Ravet a été placé à la tête de la Compagnie autonome d'infanterie coloniale, et Marcel Sénac se retrouve chef de la sûreté puis chef de la circonscription. Ces hommes, généreux et enthousiastes, font souvent peser lourdement l'ordre gaulliste sur les habitants en désaccord avec les Français libres.

Ils décident d'abord que la souscription en faveur de la défense nationale, lancée par de Géry le 15 juin 1940, sera affectée à la France libre. Dès le 12 décembre 1940, quatre opposants pétainistes un peu trop virulents, le pharmacien-lieutenant Pétard, le médecin-lieutenant Mille, le médecin capitaine Meyrac, ainsi que l'administrateur Mano, se voient signifier qu'ils seront rapatriés par la première liaison maritime, pour être remis au gouvernement de Vichy. Le 6 janvier 1941, le Comité des îles de l'Océanie de l'Association des dames françaises de la Croix-Rouge est supprimé pour être remplacé par un Comité océanien de la Croix-Rouge de la France libre. Enfin un tribunal militaire est instauré à Papeete le 26 janvier, en grande partie pour neutraliser les dirigeants pétainistes du Comité des Français d'Océanie qui constituent aux yeux d'Emile de Curton et de ses amis, un danger permanent.

Le 1er mars 1941, trois d'entr'eux parmi les plus importants, sont déportés à Maupiti: le docteur Cassiau, le docteur Florisson et Justin Villierme, embarqués sur la Tamara et convoyés par l'administrateur Fred Ahnne, passeront plusieurs mois dans cette petite île. Ils n'auront pas à y souffrir de sévices particuliers, au contraire, puisqu'ils ont pu emporter des sacs de farine, des semences et des conserves, denrées qui les aideront à créer à Maupiti un fief vichyste ! Quelle n'est pas la surprise de Fred Ahnne, lorsqu'il revient à Maupiti en inspection, quelques mois après avoir déposé les trois pétainistes, de voir flotter sur la place du village un drapeau à fleurs de lys et une banderole où l'on peut lire : « Vive le Roy » ! Ces royalistes de choc sont parvenus à prendre Maupiti en main : Justin Villierme harangue la population en tahitien et le docteur Florisson fait des discours passionnés, sous l'œil amusé du docteur Cassiau. En quelques semaines Maupiti s'est mise à l'heure du maréchal Pétain !

Les Gaullistes et le gouvernement de Curton ne vont pas, bien sûr, accepter cet état de fait : Fred Ahnne part pour Bora Bora chercher du renfort et, pendant huit jours, les gendarmes feront la chasse aux trois pétainistes qui ont pris le maquis ! Cassiau, Florisson et Villierme sont enfin capturés et ramenés à Papeete pour être traduits devant un tribunal... qui les acquittera.

D'autres événements moins aimables se déroulent pendant ce temps-là à Tahiti, décidant le gouverneur général Brunot, envoyé par de Gaulle en Nouvelle-Calédonie, à venir inspecter les E.F.O.

[J.M. Dallet. Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

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