Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La mission d’Argenlieu -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1932-1946. Les délégations économiques et financières | Contexte historique | La mission d’Argenlieu

Contexte historique Local

La mission d’Argenlieu


Thierry d'Argenlieu arrive à Tahiti
le 23 septembre 1941.

A l'aube du 23 septembre 1941, un hydravion de la base de Fare Ute survole le Triomphant qui s'approche de la passe de Papeete : premier signe de bienvenue de Tahiti à l'intention du capitaine de vaisseau Thierry d'Argenlieu, haut-commissaire de France pour le Pacifique. Et le Triomphant, longue masse grise propulsée par 90 000 chevaux vapeurs, qui en font, avec le Terrible, le navire le plus rapide du monde, vient jeter l'ancre entre l'îlot de Motu Uta et le débarcadère de la Poste, pendant que sur la Tamara, qui l’a suivi depuis la passe, l'orchestre de Lionel Bambridge accompagne avec des airs tahitiens l'arrivée du représentant officiel du Général de Gaulle et d'un des navires de la France Libre.

A sept heures trente, les quais des Subsistances et de l’Uranie sont noirs de monde. Les habitants de Papeete et des districts sont là, curieux de voir d'Argenlieu passer sous l'arc de triomphe fait de fleurs d'hibiscus, de frangipaniers et de tiare tahiti, où on peut lire « Vive de Gaulle », tandis que de chaque côté se pressent les responsables des E.F.O. : à droite, le conseil municipal de la ville, Monseigneur Paul Mazé, le pasteur Vernier, les princesses royales Terii nui O Tahiti Pomare et Tekau Pomare Vedel, et les chefs de districts ; à gauche, le conseil privé, les chefs de service, le corps consulaire, les présidents des chambres de commerce et d'agriculture, une délégation des enfants des écoles et de la section féminine de la Légion en uniforme ; et, au fond, de l'autre côté de l’arc de triomphe, rangés au pied de la poste, face au débarcadère, les anciens combattants, encadrés par la marine, la troupe et la Légion Valmy.

A huit heures, le canot du gouverneur, baptisé la veille La Boudeuse, en souvenir de Bougainville, quitte le débarcadère. Le gouverneur général Brunot, qui assume les fonctions de gouverneur des E.F.O., et le capitaine Doucet, commandant d'armes, se rendent à bord du Triomphant pour saluer le Haut-Commissaire Thierry d'Argenlieu. Celui-ci, désireux de voir participer au défilé des troupes une section de marins du Triomphant, sera précédé à terre par des marins en tenue de combat, et ce sera seulement à 9 h 30 qu'il embarquera sur La Boudeuse, Une salve de dix-sept coups de canon, tirée par une des pièces tractées, placée quai du commerce, éclate lorsque le Haut-Commissaire met pied à terre, pour se diriger vers l'arc de triomphe. Salut au drapeau, Marseillaise, God save the king, se succèdent, puis Thierry d'Argenlieu passe en revue les troupes, avant d'être présenté aux responsables des E.F.O., tandis que, comme l'écrit le Bulletin de Presse, du 2 octobre 1941, « une charmante jeune fille, rompant les rangs, tout émue, remet une gerbe de fleurs au Haut-Commissaire ».

Après avoir écouté la musique municipale, tout de neuf habillée, jouer Sambre et Meuse, après avoir admiré le défilé, avec à sa tête le détachement du Triomphant, suivi par la compagnie du lieutenant Guy, composée, comme l'écrit le Bulletin de Presse, « de mâles Tahitiens », et delà Légion Valmy, « impeccable et martiale », le Haut-Commissaire se rend à pied au gouvernement s'avançant au milieu d'une foule compacte qui l'acclame et crie Vive le Général de Gaulle.

Le lendemain, 24 septembre, a lieu le dépôt d'une palme au monument aux morts, suivant le cérémonial habituel, tandis que le vendredi 26 le haut-commissaire assiste à une cérémonie devant le monument des marins morts en Océanie française, passe la revue des troupes sur la place Joffre et inaugure la rue du Général de Gaulle, qui s'appelait jusqu'alors rue de Rivoli.

Mais cette arrivée pleine de musique, de fêtes, et de discours à la gloire de la France Libre, ne peut pas faire oublier le but de la mission de Thierry d'Argenlieu : mettre de l’ordre dans les affaires mouvementées de la colonie, mettre un terme aux différends qui opposent le gouverneur général Brunot à la plus grande partie des responsables de Tahiti. Et le 1er octobre 1941, le lieutenant-colonel Orselli est désigné comme gouverneur des E.F.O. par le haut-commissaire, Thierry d'Argenlieu. Le gouverneur général Brunot quitte bientôt le territoire, suivi par de Curton, Sénac et Gilbert, tandis que sont rapportées les interdictions de séjour prises à l'encontre d'Etienne Davio et des signataires de la lettre ouverte du 26 juillet adressée à Brunot.

[J.M. Dallet. Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

Retour en haut de page