Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les difficultés économiques en 1940 -

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Contexte économique

Les difficultés économiques en 1940


Tarifs des produits importés de l'étranger,
publiés, en septembre 1939.

On se rend compte, à la lecture du programme du gouverneur de Curton, que l'état économique de la colonie n'est pas sans l'inquiéter. A juste titre. Les liaisons maritimes avec la France sont complètement arrêtées, et quand on sait que la métropole était l'importateur unique du coprah de la colonie, à un prix de soutien supérieur au cours mondial, on comprend que Tahiti se trouve au bord de la faillite.

Le commerce ne tourne plus, les rationnements se généralisent. Que faut-il faire ? La réponse est évidente : il faut trouver de nouveaux marchés pour le coprah avec de nouveaux moyens maritimes. La Nouvelle-Zélande, l'Australie, les États-Unis peuvent être ces nouveaux clients. Il faut aussi, afin que la spéculation ne prenne pas trop d'importance, briser le monopole des Chinois dans le trafic interinsulaire. Sénac a une idée : on va « créer sous une forme coopérative et avec l'aide des pouvoirs publics, une flottille de goélettes, armées et gérées par les Polynésiens, ravitaillant leurs îles et transportant à Papeete leurs produits. »

L'idée est belle et généreuse, mais si on la réalise il va falloir porter atteinte aux privilèges de la classe possédante. Le gouverneur de Curton et ses amis se heurtent au front uni des commerçants, et certains membres de l'ancien Gouvernement provisoire, comme Bambridge et Lagarde, se fâchent même avec le nouveau gouverneur. Les gaullistes ne sont plus unis et indivisibles, et de Curton aggrave son cas en s'intéressant d'un peu trop près aux phosphates :

« Nous devions achever de compromettre notre popularité en nous intéressant à une autre richesse océanienne, le phosphate. Cette production n'influait guère sur l'économie indigène, car elle était limitée à Makatea et aux travailleurs qui en assuraient l'extraction. Mais elle constituait une ressource importante pour la Colonie, par les taxes à l'exportation qu'elle supportait et par les devises qu'elle était censée procurer. Là encore, naïvement soucieux de participer le mieux possible à l'effort de guerre et de ne pas trop demander à l'assistance de nos courageux alliés, nous proposions à la Compagnie française des phosphate d'Océanie d'accroître sa contribution au budget de la Colonie et de rapatrier à Papeete autant de devises que ses ventes pouvaient en produire.

C'était vraiment demander beaucoup des Phosphates, des Chinois et des Commerçants ! Il n'en fallait en tout cas pas davantage pour que le Haut-Commissaire, Monsieur Sautot, alerté par ses amis d'autrefois – il avait gouverné Tahiti vers 1936 et était renseigné par Anna Lagarde, « son amie des bons et des mauvais jours », qui lui faisait part des rancœurs de son père et de Georges Bambridge – exprime à Londres les appréhensions que lui causait la situation dans les E.F.O. »


Le Thor un des seuls navires à ravitailler la colonie.

L'administrateur Henri Lemonnier qui dirige, lors du gouvernement de Curton, le Service des Affaires politiques et économiques, a pourtant dressé un tableau précis de la situation, passant en revue, l'un après l'autre, les différents secteurs de l'économie de la colonie, proposant même un certain nombre de mesures à appliquer.

Mais le gouverneur Emile de Curton, débordé de toute part, aussi bien par les hommes du Comité des Français d'Océanie que par ses anciens amis politiques, ne pourra qu'ébaucher ces réalisations.

Trop d'intérêts privés sont menacés, trop d'efforts sont demandés aux responsables de la Compagnie française des phosphates d'Océanie, aux Chinois et en général à tous les commerçants. Bien vite de Gaulle est informé à Londres que les E.F.O. sont menacés par la gestion de dangereux révolutionnaires, et qu'il faut envoyer au plus vite un chargé de mission, afin d'empêcher, comme le rapporte Emile de Curton, « l'administration de Tahiti de prendre un tour trop « tahitien » et le gouvernement de la France libre en Océanie d'y instaurer le Front populaire ».

[J.M. Dallet. Ch. Gleizal. Mémorial polynésien, t. 6]

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