Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La question chinoise : le rapport à charge du Conseil privé -

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La question chinoise : le rapport à charge du Conseil privé

« Avant de vous soumettre nos conclusions, nous sommes dans l’obligation de vous parler d’une question d’un intérêt sans cesse grandissant pour les E.F.O. C’est la question chinoise.

Les premiers Chinois sont arrivés à Tahiti entre 1860 et 1865, au nombre de 1 500 environ pour y travailler la culture du coton dans le district d’Atimaono, sis à 45 km de Papeete.


La Banque de l'Indochine est accusée par le Conseil privé d'avoir soutenu les Chinois
au détriment des Français.

Après la faillite de leur employeur, ces Asiatiques, ces coolies n’ont pas hésité à se lancer dans les affaires commerciales. Patients, prudents et d’une ténacité que l’on ne trouve que chez les Jaunes, ils ont su en moins d’un demi siècle s’emparer de la quasi-totalité du commerce de notre archipel. Et cette position, ils l’ont défendue avec tant d’habilité et même d’astuce qu’ils sont aujourd’hui les maîtres absolus des échanges de tous genres, spéciaux aux E.F.O. A l’exportation, les produits du cru, coprah, vanille, nacre et perles passent obligatoirement par leurs mains avides. A l’importation, à part une firme d’ailleurs anglaise, et quelques minables « bricoleurs », ils sont encore tout puissants.

Nous sommes encore obligés de vous dire que c’est la Banque de l’Indochine qui a organisé et soutenu la prééminence chinoise, sous l’œil immobile de l’Administration. Cet établissement de crédit a toujours su faire passer ses intérêts particuliers avant ceux de la France et des Français, mais cela vous le savez mieux que nous.

D’après le recensement du 1er novembre 1941, les Chinois ne seraient que 5 455 dans notre vaste archipel dont 2 507 à Papeete. Ces chiffres sont d’un optimisme exagéré et sans crainte d’être taxés d’erreur, nous écrivons qu’il y a au moins 10 000 asiatiques dans les E.F.O. La fécondité de la femme chinoise atteint un degré hallucinant, et nombreuses sont les familles qui comptent 10, 15 et 20 enfants… Les déclarations de naissance sont omises, surtout à Papeete, ce qui fait que les statistiques dressés par l’Administration sont fantaisistes. La moralité des Chinois installés en Océanie Française est en général déplorable, et leurs maisons de jeux et leurs fumeries d’opium ont littéralement perverti de nombreux jeunes gens et jeunes filles du pays. Quatre congrégations asiatiques dirigent, contrôlent, en fait administrent leurs adhérents au grand dam des dirigeants locaux qui ne sont pas de force avec « nos petits frères bruns » maintenant nos authentiques alliés. Les congrégations en question ont leur statuts publiés à l’Officiel local. Un article des règlements de ces associations interdit d’y jouer, d’y boire et d’y parler d’autre chose que d’affaires commerciales. Ne sont-ce pas là des Chambres de Commerce Chinoise à côté de la pauvre Chambre de Commerce de la Colonie ?


Le temple chinois en 1937

Maintenant nous citons l’écrivain G. Ferré qui passa plusieurs mois dans les E.F.O. :

« Cela n’est rien, ce ne sont pas ces fumeries ou ces tripots que le Chinois cache le mieux à Tahiti. Ce n’est point à travers les volets épais des maisons retirées qu’il faudrait regarder. Le visage d’un Chinois est autrement clos et secret. Il sait se taire. Des yeux bridés ne sont que des yeux pour voir. Ils savent ne rien révéler.

Vous ne saviez sans doute pas, vous qui êtes à Tahiti depuis peu, que ce petit homme ratatiné qui taille maints costumes est, pour les Chinois, un personnage : c’est un Président de Groupe. De quel groupe ? Allez le demander au diable. Cet autre chose est Magistrat.

L’Administration admet donc, ici, des magistrats chinois ? Jamais de la vie. Pourtant ils existent. Ils remplissent leurs fonctions. Ils jugent les litiges entre Chinois. Devant eux passent des malfaiteurs qu’on ne voit jamais devant les tribunaux français. Les Chinois ont horreur qu’on se mêle de leurs affaires. Il ne faut pas que le prestige Chinois puisse être diminué par le jugement d’un blanc ».

Un Chinois préfère mourir plutôt que de « perdre la face ».

Il existe des médecins et pharmaciens chinois qui soignent leurs compatriotes et les indigènes dans les archipels. Les formules des médicaments et leur constitution échappent à tout contrôle.

En Chine, depuis des millénaires, tout s’achète : fonctions, titres, autorisations, tout est mis à prix d’argent. Cet atavisme de vénalité porte les Chinois à ne pas chercher à combattre, mais toujours à soudoyer, et leur ténacité exemplaire obtient presque toujours des résultats.

Grâce à l’appui bancaire qui leur a été largement attribué, les Chinois ont pu apparaître comme les maîtres les plus éclairés du commerce. Une telle confiance leur a fait une réputation qu’ils ont largement exploitée. Leur tactique est de lâcher la corde à 1 000 clients bons à corrompre ou à ménager, pour pouvoir mieux en pressurer 50 000.

Saboteurs de tout ce qu’ils produisent, ils ont avili la qualité des vanilles dont la réputation mondiale reste médiocre, diminué la qualité du coprah en achetant ou en fabriquant ce produit avec des noix non à maturité (omoto) : mal fabriqué du sucre dont la teneur en glucose est effarante, et dont la qualité est lamentable, vidé toutes terres soumises à leurs soins, faute d’y mettre des engrais etc…

Dans l’artisanat, après avoir produit à bon marché, ils sont devenus très chers et la qualité de leurs articles est déplorable.

Les Chinois sont essentiellement inassimilables et en marge de l’influence française. Ils entretiennent entre eux une défiance haineuse contre les Français et sont nettement en faveur des Etats-Unis.

Les Chinois représentent dans les E.F.O. -en ce moment- environ un cinquième de la population totale, ils font donc partie de la vie économique du pays (voir doc). Maraîchers, agriculteurs ou domestiques, ils peuvent rendre des services. Il importe de les refouler vers ces branches de l’activité de la colonie, et d’expulser tous ceux qui ont un casier judiciaire chargé.

Pas un des nombreux jeunes Chinois des E.F.O. n’a songé à contracter un engagement volontaire pour aller combattre contre les ennemis des Nations Unies. « Businesse first », telle est leur devise…

Mr. Le Gouverneur Georges Orselli à qui nous confions le présent rapport n’est nullement responsable des faits signalés ci-dessus. Il a trouvé à son arrivée à Papeete, des textes, des lois, des décrets qu’il a dû appliquer sans avoir la possibilité, en pleine guerre, d’y faire porter remède, et surtout après le passage catastrophique de Mr. Richard Brunot.

Nous saisissons l’occasion qui nous est offerte pour rendre à Mr. Le Colonel de l’Armée de l’Air Georges Orselli un hommage à la fois déférent et amical pour son efficace et complet travail de ces trente derniers mois ou, malgré vents et marées, avec peu de ressources, il a eu le mérite considérable de maintenir haut et ferme le pavillon tricolore dans notre archipel. Il a gardé la tête froide à des moments où d’autres moins solides auraient pu perdre leurs moyens, sans démériter pour cela. »

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