Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le contexte régional -

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Le contexte régional (1)

Malgré de notables exceptions, ni l’indépendance, ni l’autonomie des territoires dépendants n’ont suffi à assurer le développement durable de cette zone, bien qu’elle bénéficiât de la plus forte aide au développement de la planète. Certes, le contraste était grand d’une entité à l’autre. Le produit national brut (PNB) par habitant en Polynésie française était supérieur à celui de la Nouvelle-Zélande, mais grâce aux transferts de la métropole. À l’opposé, le Kiribati, les Salomon, les Samoa occidentales, Tuvalu et le Vanuatu étaient classés parmi les pays les moins avancés. Si les statistiques devraient être relativisées en raison de l’auto-consommation et des pratiques communautaires, il est significatif qu’un rapport des Nations Unies (2003) ait souligné que les Salomon, le Vanuatu, les îles Marshall et les États fédérés de Micronésie avaient un niveau de vie en baisse.

L’aide publique au développement – plus qu’ailleurs – n’avait pas permis « d’atteindre les objectifs qui lui étaient assignés », la dépendance économique vis-à-vis de l’extérieur n’ayant fait que croître. Une partie de ces aides était détournée par une élite corrompue, les prévarications de la famille royale de Tonga n’étant qu’un exemple flagrant, tout comme les exactions (le « Wantok » ou népotisme) du Vanuatu.

L’Australie, un des principaux fournisseurs de cette aide, souhaita en contrôler l’utilisation. C’était sans doute une étape dans le désengagement financier. Au même moment, la France qui jouait souvent à contretemps dans le Pacifique, avait annoncé qu’elle allait doubler la dotation du Fonds de coopération économique, créé en 1987.

Les problèmes de cette région n’étaient pas récents. Le plus visible d’entre eux et le plus ancien était celui de l’émigration. Celle-ci rendait parfois possible le développement des petites entités insulaires, les envois de fonds des émigrés permettant de soutenir les familles restées sur place…

La recherche de niches de développement avait donné quelques résultats cocasses : téléphone rose au Vanuatu, passeports de complaisance à Tonga, un sigle « .tv » (codification internationale de Tuvalu, site internet utilisé par de nombreuses chaînes de télévision) qui permit à Tuvalu d’empocher de substantielles recettes. C’était le développement d’opérations bancaires douteuses, liées à divers réseaux (drogue et mafia russe) qui avait éveillé l’attention des autorités financières. Le Forum du Pacifique, en août 2001, s’alarmait : “ Les preuves sont claires qu’une criminalité transnationale se dirige vers notre région et représente une menace sérieuse pour la souveraineté, la sécurité et l’intégrité économique des membres du Forum ”.

À Nauru, il existait 400 banques off shore, toutes enregistrées sous une seule boîte postale. 70 milliards de dollars appartenant la mafia russe auraient transité par Nauru. Aux Samoa occidentales, traversées par la ligne de changement de date, on pouvait monter une opération… « hier ». Fin septembre 2001, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait menacé Nauru, Marshall, Samoa occidentales, Niue, Vanuatu et Cook de sanction si leur législation en matière fiscale n'était pas corrigée. Après des réformes partielles, les Marshall et Niue avaient été retirés de la « liste rouge » de l'OCDE en octobre 2002, le Vanuatu et Nauru en mai et décembre 2003, ce qui ne signifiait pas qu’ils ne fussent plus surveillés attentivement. Les îles Cook firent l’objet d’enquêtes du Groupe d’Action Financière Internationale (GAFI).

Les questions sanitaires étaient préoccupantes par endroits, tel le développement du SIDA à Fidji et en Papouasie. L’existence des pays constitués d’atolls était menacée par la montée des eaux et la violence des cyclones.

Dans les sociétés insulaires océaniennes traditionnelles, violences domestiques, violences intra et intercommunautaires se développaient. L’instabilité politique (2), les révoltes et guerres civiles soulevaient la question de l’adaptation de la démocratie dans la région. À Tonga, la monarchie s’appuyait sur une « noblesse » qui disposait de 21 sièges sur 30 au Parlement. Aux Samoa occidentales, le suffrage universel avait été établi en 1990, mais seuls les chefs (les matai) étaient éligibles. Ailleurs, la démocratie était souvent détournée. Le clientélisme était fortement développé, y compris dans les territoires français. L’association Reporters sans frontières dénonça les limitations à la liberté de presse, notamment à Tonga, Fidji, Nauru, Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée et même à Wallis et Futuna. À Fidji, un universitaire expliquait que le « respect des droits de l’homme » serait en fait utilisé pour nier le droit des Fidjiens mélanésiens.

Les grandes nations cherchaient à éviter le développement de toute zone d'instabilité. L’Australie et la Nouvelle-Zélande avaient semblé se concentrer sur d'autres problèmes et d’autres zones. La France avait tenté d'en profiter, quitte à soutenir la royauté de Tonga ou les coups d'État de Fidji (du moins ceux de 1987). Ses relations s'étaient améliorées avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour lesquelles les territoires français étaient devenus des îlots de stabilité (avant les changements politiques de 2004).

Quant aux États-Unis, ils fermaient leurs ambassades ou dégraissaient leur personnel et réduisaient considérablement leur aide.

Un renversement de tendance ne se serait pas produit sans le 11 septembre 2001. Depuis, cette zone d’instabilité se rappela à l’attention des grandes puissances et de l’Organisation des Nations Unies. La contrôler redevint un enjeu. Le changement d’attitude le plus notable vint de l’Australie, une attitude plus ou moins dictée par l’allié américain. Elle s’engagea dans diverses actions destinées à « éviter la désintégration des petits pays océaniens qui pourrait constituer une menace pour la sécurité directe de la région, en en faisant une cible idéale pour les individus ou groupes criminels ou terroristes internationaux ».

Les événements survenus aux Salomon illustrèrent ce changement. Dans l'île de Guadalcanal des milices étaient entrées en rébellion sous la direction de Harold Keke. Une douzaine de personnes furent exécutées (dont un ministre) et six missionnaires anglicans capturés moururent, pendant que 1 500 personnes dont les villages avaient été incendiés se réfugiaient dans la capitale. L'Australie décida alors l'envoi d'une force militaire. « La situation [aux Salomon] est celle d'un État au bord de l'effondrement et cela a des implications énormes sur la sécurité et la stabilité de la région », déclarait alors son ministre des Affaires étrangères. Une force constituée par 1 500 Australiens, 140 Néo-Zélandais et des contingents de quelques États insulaires débarqua, fin juillet 2003, aux Salomon où Harold Keke fut capturé. Il s'agit ensuite de reconstruire le pays, opération qui pourrait prendre dix ans.

L'Australie – tout en le finançant pour un tiers – n’apparaissait pas au premier plan dans le Forum des îles du Pacifique, une organisation parallèle à la Commission du Pacifique Sud (appelée désormais Communauté du Pacifique). Le 15 août 2003, l'Australie plaça l’un des siens au secrétariat général, le diplomate Greg Urwin.

Les relations de Canberra avec Paris se tendirent à nouveau en raison de l’affaire irakienne. Une participation française avait toutefois été envisagée pour l’opération aux Salomon, mais J. Howard décida de limiter l’intervention aux seuls pays du Forum.

Les îles du Pacifique pouvaient-elles trouver la paix et la prospérité sans que leur mode de vie fût bouleversé par l’intrusion des grandes puissances ? C’était l’enjeu principal de cet « autre Pacifique » qui comptait trop peu pour retenir l’attention des médias, mais qui comptait trop pour qu’on lui laissât vivre sa vie.

(1) On trouvera les références dans l’article de J-M. Regnault, « Une zone d’instabilité méconnue, le Pacifique insulaire», Le Monde Diplomatique, juin 2005.
(2) Par exemple, l’instabilité paralysait Nauru depuis les élections d’avril 2000. Rien qu’en 2003, il y avait eu quatre changements de président.

[J.M.Regnault]

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