Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La mandature 2001-2004 -

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Les gouvernements

La mandature 2001-2004

Le 18 mai 2001 a lieu l’élection du président de la Polynésie française.
Oscar Temaru, candidat, expose ce qu’est la souveraineté. Pour lui, être indépendantiste ou souverainiste ce n’est pas être séparatiste ou hors la loi. C’est être patriote. Il rejette le terrorisme et la lutte armée.
O. Temaru constate que de nombreux Polynésiens sont devenus des assistés gouvernementaux. L’autonomie serait considérée dès lors par eux comme le maintien du confort de l’assistanat et la souveraineté comme la remise en cause de cet état de fait.
Le gouvernement de G. Flosse aurait entretenu la psychose du largage de la Polynésie indépendante. Or, il existerait des formules de partenariat, de coopération et d’association qui permettraient de conserver des liens étroits fondés sur le respect et l’amitié des peuples.
L’histoire même du peuple Maohi et l’annexion par la France de tous les archipels polynésiens démontrent bien que la Polynésie est réellement une colonie de la France, même si celle-ci a tenté de masquer cette réalité par des évolutions statutaires restituant progressivement à la Polynésie une partie de ses compétences.
« Dans la réalité quotidienne, déclare le leader indépendantiste, l’application du statut dit d’autonomie a permis au peuple Maohi de s’habituer progressivement au concept même de l’indépendance, à ses attribut, ainsi qu’à l’exercice des compétences dévolues au pays ».
Cependant, l’autonomie ne suffit pas car, par exemple, elle ne permet pas de contrôler l’immigration, notamment des ressortissants européens depuis l’adoption du traité de Maastricht. L’imperfection juridique et permanente de l’autonomie serait une évidence. Il soulève le problème de la ZEE qui serait toujours de compétence étatique.
La France devrait se lancer résolument dans un processus noble de décolonisation et d’émancipation. En tant que grande puissance, elle pourrait toujours rester présente aux plans économique, culturel, militaire et diplomatique, dans le Pacifique, même après l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, en se basant sur des rapports d’amitié, de partenariat et de coopération.
O. Temaru aborde la question de la citoyenneté future. Elle serait accordée aux Maohi de souche et d’adoption. Le pays indépendant aurait une organisation fédérale.
Le candidat aborde ensuite les différents aspects de son programme.

Gaston Flosse prend la parole à son tour. Il dénonce le double visage d’O. Temaru qui, en campagne présente un visage accueillant. En tahitien, il révèle un tout autre personnage qui proclamerait : « Notre pays est noyé de Français ». Le président sortant s’écrie alors : « Racisme ! Cela est du racisme ! »
S’adressant aux élus, il promet qu’avant la fin du mandat, ils seraient investis d’un pouvoir législatif et voteraient les lois de notre pays. Il commente les résultats des élections. 75 %de la population rejetterait l’indépendance. La fameuse « troisième voie » n’a pas progressé. La bipolarisation serait en fait renforcée. Le Ai’a Api a succombé à l’incompétence et aux trahisons incessantes de son président. G. Flosse s’en prend à « des parlementaires métropolitains aussi arrogants et méprisants que totalement ignorants des réalités de notre pays qui ont achevé de le discréditer ». Fâchés, les élus du Fetia Api quittent la salle.
G. Flosse poursuit : « Notre objectif, n’est pas la routine, le statu quo ou la pause institutionnelle ». Pour lui, l’autonomie a fait ses preuves mais elle n’a pas encore produit tous ses effets. « L’objectif au cours de cette mandature sera de réaliser pleinement l’autonomie en la poussant jusqu’à ses limites » annonce-t-il. Il donne le sens de son combat :
« Là même où notre statut nous donne pleine compétences, des fonctionnaires de l’État, en parfaite harmonie avec le Tribunal administratif s’emploient à vider notre autonomie de toute substance. La moindre imprécision juridique est immédiatement exploitée dans le sens d’une reprise des compétences par l’État. Un contrôle tatillon, soupçonneux, malveillant bafoue chaque jour l’esprit même de l’autonomie voulue par le législateur.
La protection de l’emploi, le fonctionnement des communes, le contrôle de l’immigration, la gestion de l’aéroport international, le code civil, l’enseignement supérieur, autant de domaines qui, actuellement, nous échappent et que la révision constitutionnelle nous permettra d’obtenir.
L’autonomie se construit avec la France mais, hélas ! parfois contre le Gouvernement central et ses représentants… La pause institutionnelle provoquerait, si elle était appliquée, la mort de notre autonomie. L’acharnement des fonctionnaires de l’État ferait bientôt de notre autonomie une coquille vide dissimulant la subordination complète des élus de notre peuple aux fonctionnaires nommés par Paris.
»

G. Flosse suggère que les fonctionnaires de l’État avant leur affectation en Polynésie française devraient « être formés à l’esprit de l’autonomie ». À ceux qui considèrent que les conventions passées avec la France sont de la mendicité, G. Flosse réplique « qu’il n’est pas acceptable de présenter ces moyens financiers ou humains comme des aumônes que nous devrions mériter quotidiennement par une obséquieuse déférence à l’égard du Gouvernement central et de ses représentants locaux ».
G. Flosse s’en prend à F. Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste. Tout aurait été mis en œuvre pour provoquer une alternance en faveur d’une coalition dominée par les indépendantistes. On [les socialistes] aurait modifié la loi électorale et même tenté de supprimer entièrement la représentation des archipels. On aurait bloqué le fonctionnement du FREPF. On a essayé d’entraver le dossier du centre hospitalier. Il dénonce le rôle du docteur N’Galingui, représentant du PS en Polynésie. « La nullité du personnage ne doit pas masquer l’essentiel : le PS a apporté son soutien officiel au Tavini, le parti qui demande la rupture avec la France ».

L’autonomie politique n’a de sens, explique G. Flosse « que si elle nous permet de mieux développer le pays, ce que nous faisons depuis dix ans avec un certain succès ».
Il faudrait maintenir le rythme de croissance à 5% par an. Le candidat place ses espoirs dans la pêche grâce à 150 thoniers. Le port de Faratea sera un des moteurs de la croissance, mais cela exigera une liaison routière rapide.
« Notre croissance économique est due avant tout à notre travail, à la politique que nous avons conduite et au dynamisme de notre population (et non au FREPF comme certains le prétendent).
G. Flosse reconnaît que certains Polynésiens vivent dans des conditions difficiles. Une étape considérable a été franchie en 1994 avec la PSG qui, grâce au RST, permet l’accès de tous aux soins et assure un revenu minimum aux personnes âgées. Mais la pauvreté n’a pas disparu pour autant. « Nous relèverons les minima sociaux » promet le candidat et « le partage des fruits de la croissance sera l’objectif emblématique de la prochaine mandature ».
Il expose les projets pour améliorer la qualité de la vie : hôpital, lycées, collèges, déconcentration administrative, réseau routier, stationnement à Papeete, eau potable, centre d’enfouissement technique à Nivee…
Il évoque les problèmes des jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail mais regrette aussi que pas assez de Polynésiens ne se trouvent dans certaines branches hautement qualifiées.
Il y a des problèmes d’alcool et de pakalolo contre lesquels il faudra lutter. De façon étonnante dans ce discours d’investiture, il évoque les transformations de la ville de Papeete qui est devenue « un espace de gaité ». Il annonce aussi le grand projet culturel de la mandature : le centre culturel de Vaiami.
G. Flosse développe des objectifs fondamentaux : « Construisons ensemble un humanisme polynésien, naturel et cependant raisonné, généreux mais en rapport avec les réalités… »
Il rappelle ses convictions gaullistes : la valeur suprême qui justifie tous les sacrifices individuels, c’est la Nation. « Maintenir sa pérennité, affermir son unité, assurer son rayonnement, telle est la finalité de l’action politique » dit-il. « Tout au long de ma carrière publique, je me suis senti investi de cette responsabilité là envers la Polynésie : garantir chaque jour un peu plus l’existence de notre pays, authentique, autonome, pleinement reconnue par la RF ; affirmer chaque jour un peu plus l’identité et l’épanouissement de notre peuple dans toutes ses composantes ». Il conclut par un vibrant : « J’appelle à un vrai patriotisme polynésien ».

G. Flosse est élu président du gouvernement de la Polynésie française par 29 voix contre 13 à O. Temaru, tandis que les élus du Fetia Api sont volontairement absents.

Le lendemain, G. Flosse compose son gouvernement. Les attributions relevant des affaires internationales, de la perliculture et du développement des communes sont exercées par lui-même.

Edouard Fritch
Vice-président
Emploi, formation professionnelle, développement des archipels, des nouvelles technologies et des postes

Georges Puchon
Economie et finances

Jean-Christophe Bouissou
Logement, aménagement du Territoire et de l’urbanisme, humanisation de la ville, porte-parole du gouvernement

Gaston Tong Sang
Affaires foncières, domaine, valorisation et redistribution des terres

Nicolas Sanquer
Education, enseignement technique

Jonas Tahuaitu
Equipement et ports

Bruno Sandras
Transports et énergie

Nicole Bouteau
Tourisme, environnement et condition féminine

Nina Vernaudon
Pêche, industrie, petites et moyennes industries

Frédéric Riveta
Agriculture et élevage

Patrick Howell
Santé et recherche

Pia Faatomo
Solidarité et famille

Reynald Temarii
Jeunesse et sports, insertion sociale des jeunes, vie associative, relations avec APF et CESC

Armelle Merceon
Travail, du dialogue social, fonction publique, rénovation de l’administration et déconcentration administrative

Louise Peltzer
Culture, enseignement supérieur et promotion des langues polynésiennes

Pascale Haiti
Artisanat

Ce gouvernement a été remanié plusieurs fois.
Le 11 septembre 2001, le président met fin aux fonctions de Patrick Howell. Le domaine de la Santé est attribué à Armelle Merceron.
Le 18 avril 2002, Nicole Bouteau démissionne et le président désigne Brigitte Vanizette, ministre du tourisme et de l’environnement pour la remplacer. Louise Peltzer est alors chargée de la promotion de la femme en plus de ses attributions habituelles.

Le 3 novembre 2003, le président remanie ainsi son gouvernement :
- Edouard Fritch, vice-président du gouvernement, ministre de l’emploi, de la formation professionnelle, du développement des archipels, des nouvelles technologies et des postes ;
- Georges Puchon, ministre de l’économie et des finances
- Jean-Christophe Bouissou, ministre du logement, du travail et du dialogue social, de l’énergie, porte-parole du gouvernement
- Gaston Tong Sang, ministre des affaires foncières, du domaine de la valorisation et de la redistribution des terres
- Armelle Merceron, ministre de la santé, de la fonction publique, de la rénovation et de la déconcentration de l’administration, chargée de la tutelle de la CPS
- Nicolas Sanquer, ministre de l’éducation et de l’enseignement technique
- Jonas Tahuaitu, ministre de l’équipement, de l’aménagement, de l’urbanisme et des ports
- Bruno Sandras, ministre de l’environnement, des transports, chargé de la sécurité routière et de la ville
- Teva Rohfritsch, ministre du tourisme, chargé de la promotion des exportations
- Patricia Grand, ministre de la pêche, de l’industriel et des petites et moyennes entreprises
- Frédéric Riveta, ministre de l’agriculture et de l’élevage
- Emma Algan, ministre de la solidarité et de la famille, chargée de la promotion de la femme
- Reynald Temarii, ministre de la jeunesse et des sports, de l’insertion sociale des jeunes et de la vie associative
- Louise Peltzer, ministre de la culture, de l’enseignement supérieur et de la recherche, chargée de la promotion des langues polynésiennes
- Pascale Haiti, ministre de l’artisanat.

Les attributions relevant des affaires internationales, de la perliculture et du développement des communes sont exercées par le président du gouvernement.

[J.M.Regnault]

La mandature 1996-2001 0 < Composition du gouvernement présenté par G. Flosse devant l’APF le 30 mai 1996 1 < La mandature 2001-2004 2

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