Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Création du comité Pouvanaa -

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Création du Comité Pouvanaa et ses suites

27 février et 16 mars 1947

Diverses sources de mécontentement ont mené à la création d’un embryon de parti politique : le Comité Pouvanaa. Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy, ému par les circonstances mystérieuses de la disparition de son oncle parti enquêter à Bora Bora sur des malversations du Service du Ravitaillement, décide de se lancer dans la politique. Il se lie avec Anthelme Buillard, beau-frère de Pouvanaa et responsable de la société sportive "Jeunes Tahitiens", ancien vichyste et compagnon d'exil du docteur Florisson. J-B. Céran-Jérusalémy fait la connaissance de ce dernier. Les trois hommes discutent politique. Un dimanche de janvier 1947, J-B. Céran-Jérusalémy rencontre Pouvanaa pour la première fois, un personnage déjà assez connu pour constituer une figure emblématique. Les quatre hommes cités décident la création d'un Comité Pouvanaa, le 27 février 1947.

Le comité est ainsi composé :

Président Pouvanaa a Oopa
Vice-Président Pierre Tixier
Secrétaire Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy
Secrétaire-adjoint Benjamin Colombani
Trésorier Anthelme Buillard
Membres Henri Aumeran, Tutea Urarii.

La déclaration officielle du Comité Pouvanaa explique les buts de celui-ci (voir le premier doc et le second doc). "Ce comité créera dans les ÉFO un parti politique avec des représentants dans chaque île ou district, et il présentera des candidats à toutes les élections.
Son but est la modification du décret organique de 1885, dans un esprit tahitien par les Tahitiens, pour une adhésion pleinement et librement consentie à l'Union française
". 

Il s'agit de poursuivre les tentatives malheureuses de Pouvanaa sur le plan électoral et d'obtenir un véritable changement statutaire. Le numéro de Te Aratai qui relate la création du Comité mentionne qu'au départ le principal soutien a été celui des Volontaires. Nous trouvons en effet P. Tixier, aussi vice-président de l’Union, et É. Le Caill. Pouvanaa est le fédérateur de mécontentements divers qui vont jusqu'à la contradiction, puisque dans le Comité figurent des hommes qui se sont fortement opposés pendant la Guerre. Ce sera toujours la faiblesse du mouvement. Le Comité ne perd pas de temps et au cours de ses réunions, chez Pouvanaa lui-même, il met au point, le 16 mars 1947, un "avant-projet de modification du décret organique de 1885".

L'orientation est nettement nationaliste. Le slogan affiché en tête est : "Tahiti d'abord et pour les Tahitiens". La définition des Tahitiens est très restrictive : "sont Tahitiens ceux qui sont nés ou naturalisés Tahitiens". Le gouverneur, "nommé par le gouvernement de l'Union française", garderait des prérogatives de souveraineté (Justice, Affaires étrangères, Défense nationale...). Il aurait devant lui un conseil général qui serait à la fois "Assemblée constituante, législative et souveraine" et un conseil de gouvernement et d'administration composé de cinq membres dont l'un aurait le titre de Président. Ce dernier serait doté des « attributions du Président du Conseil des Ministres et des Préfets des départements de la métropole... Les quatre membres auraient les attributions des Ministres ». On peut s’interroger sur les notions de droit des auteurs du texte(1) . On comprend l'effroi de la haute administration, au moment précis où éclate l'insurrection malgache. Dans le domaine législatif, le document est encore plus provocateur. Le conseil général, "seul souverain à Tahiti", enregistrerait les lois de la métropole et de l'Union française "sur la Justice, les Affaires Étrangères et la Défense Nationale", mais il voterait "sur toutes les autres" et déciderait de "leur adoption ou non, ou de leur amendement". Plus encore, il pourrait prendre "toutes mesures utiles à Tahiti".

Cet avant-projet, a été tiré sur ronéotype en deux cents exemplaires en français et mille en reo maohi.

L’affaire du Ville d’Amiens va retarder la création d’un parti politique.

1 - Le gouverneur a prétendu que ni Pouvanaa, ni ses amis ne pouvaient l’avoir conçu. Il incrimine pêle-mêle « les avocats défenseurs, les politiciens déçus et peut-être les fonctionnaires qui poussent à l’agitation dans l’espoir d’en tirer des avantages » (lettre au Ministre, 26 mars 1947). Les approximations du texte relativisent l’influence de juristes comme Maître Richecoeur qui aurait prétendu par ailleurs avoir « donné des idées ».
[J.M.Regnault]

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