Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’après-CEP -

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L’après-CEP

Après la signature du traité de Rarotonga (voir La signature du Traité de Rarotonga), une détente s’amorça entre la France et les pays du Pacifique Sud. Le Forum décida de renouer le dialogue avec la France. J. Chirac délégua le ministre Michel Barnier, rejoint par G. Flosse, pour rencontrer les responsables du Forum aux îles Marshall, début septembre 1996. M. Barnier annonça que la France amplifiera son assistance aux pays de la région (La Dépêche, 9 septembre 1996). À Paris, fin octobre 1997, Jim Bolger, Premier ministre néo-zélandais, déclara que son pays “avait pardonné à la France pour le Rainbow Warrior”.
Le 28 juillet 2003, J. Chirac organisa à Papeete une réunion baptisée « France-Océanie » avec cinq présidents de Républiques d’Océanie, huit Premiers ministres, le Forum et la CPS. La Nouvelle-Calédonie et Wallis et Futuna furent également invités. Il souligna « la volonté de la France de maintenir mais aussi de faire évoluer sa présence dans le Pacifique ».

La France entendait donner l’image d’une puissance amie et altruiste alors que le Royaume-Uni s’était retiré momentanément des institutions régionales en 1996, que les États-Unis fermaient leurs ambassades dans le Pacifique Sud ou dégraissaient leur personnel et réduisaient “considérablement leur aide(1)” et que l’Australie semblait se désengager. Paris maintint l’existence du Fonds d’aide au Pacifique Sud doté d’environ 15 millions de FF.
Une image positive de la France était cependant difficile à établir, car elle n’en avait pas fini avec la contestation. La bataille continua autour du thème de l’innocuité des essais. Malgré le rapport plutôt rassurant de l’AIEA(2), l’inquiétude demeura quant à une possible contamination de l’Océan dans un avenir plus ou moins proche . La contestation des anti-nucléaires fut relayée par l’Église évangélique et dans le Pacifique par les Églises protestantes, mais aussi, plus discrètement, par les catholiques. Plus le temps passait d’ailleurs, plus l’Église évangélique durcisait sa position. Les protestants admettaient mal la “politique du secret”, critique confortée par le député Christian Bataille qui demanda que fût levé “le secret défense” pour “laisser le libre accès à toutes les données indispensables pour contrôler et apprécier les conséquences environnementales et éventuellement sanitaires des essais nucléaires” (3). Un geste de repentance, mais aussi des compensations financières furent réclamés à la France.
Régulièrement le problème des retombées se posa.
En 1997, le livre de Pieter de Vries et Han Seur, Moruroa et nous, édité par le Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits, recueillait des témoignages des anciens travailleurs des sites et cherchait à soulever des questions sur les risques encourus par ces travailleurs.
L’article de Vincent Jauvert dans Le Nouvel Observateur du 5 au 11 février 1998 dénonça des « accidents » et des retombées dangereuses pour les populations. Le sénateur Millaud demanda alors au ministre de la Défense l’ouverture des archives militaires. Le ministre répondit en citant les textes qui fermaient les archives classifiées « secret défense » et « très secret » pour soixante ans.
En 1998, l’AIEA rendit son rapport et le présenta (avant même sa parution officielle) à l’Université de la Polynésie française. Des anti-nucléaires s’en prirent avec véhémence aux savants accusés d’être à la solde de la France qui finance – en partie - les recherches de l’AIEA. Le rapport fut aussi critiqué par la CRII-RAD (février 1999) et entraîna une vive polémique entre les deux organisations.
En 1999, J-M. Regnault, avec des dérogations pour consulter les archives du CEP, put établir dans quelles conditions et à quel moment le choix de Moruroa avait été effectué. Il présenta ses travaux à l’UPF également (4). Il établit un lien entre l’arrestation et la mise à l’écart de Pouvanaa a Oopa en 1958 et les besoins nucléaires de la France. On pouvait espérer que l’Armée poursuivrait cette première forme de transparence. Ce ne fut pas le cas dès lors qu’on voulait toucher aux retombées nucléaires.
En juillet 2001 était créée l’Association Moruroa e Tatou qui allait mener un combat persévérant contre le « mensonge d’État ». D’abord marginalisée, l’association réussit à s’imposer dans la vie politique et sociale du pays. Le livre de Bruno Barrillot, L’héritage de la bombe, Polynésie, Sahara, 1960-2002, faisait également le point sur ce que l’Armée continuait à nier.
L’armée tentait en effet de rassurer le public par des manifestations spectaculaires. Le 28 janvier 2001, quarante enseignants furent invités à Moruroa, à se baigner dans le lagon et à boire de l’eau de coco… (La Dépêche, 2 mai 1999 et 30 et 31 janvier 2001)
Jusqu’en 2004, les autorités de l’État continuaient à nier toute possibilité de contamination pendant et après les essais…
Tandis que divers efforts tendaient à contraindre l’État à ouvrir les archives et à établir la vérité, les problèmes économiques liés à l’arrêt des essais tenaient une place majeure dans la vie politique du Fenua.

Le 4 novembre 1996, l’APF examina le « programme stratégique pour le renforcement de l’autonomie économique de la Polynésie ». G. Flosse expliqua qu’il avait monté « un dossier technique sérieux » pour estimer à leur juste valeur les pertes que causait l’arrêt des essais pour les finances et l’économie. Il était ainsi arrivé à la somme de 18 milliards. Une convention signée entre le Premier ministre et lui le 25 juillet 1996 accordait cette garantie de ressources pour dix ans. Ce fut ce qu’on a appelé le Fonds de Reconversion de l’Économie de la Polynésie française (le FREPF).
L’opposition critiqua vivement le programme présenté par le président. B. Léontieff et L. Kimitete firent valoir que les 18 milliards par an n’étaient pas garantis par une loi de finances. Ils s’inquiétèrent également des projets (hôpital, palais présidentiel, tunnel…) qui entraîneraient des coûts de fonctionnement tels qu’ils pourraient remettre en question l’autonomie économique qu’on voulait assurer. Quant au Tavini, il lança le slogan : « trente ans d’essais, trente ans de compensation ».
Le FREPF a participé au financement des grands travaux d’infrastructure, à la construction de logements sociaux et au dispositif d’insertion des jeunes (les DIJ), ainsi qu’à l’acquisition d’un Airbus pour ATN (5). Les demandes de financement des projets devaient faire l’objet d’une validation avant réalisation par un comité coprésidé par le président du pays et le haut-commissaire.
Une convention signée le 4 octobre 2002 pérennisa la dotation de 18 milliards (montant inchangé), mais dans ce qu’on a appelé la Dotation Globale de Développement Économique (la DGDE) qui devait donner davantage de souplesse au gouvernement local dans l’utilisation de ces fonds car elle était versée au budget de la Polynésie française (6). J. Chirac avait déclaré : « la Polynésie pourra utiliser librement ces crédits en fonction de ses propres choix et non des priorités qui lui seraient dictées par une planification administrative » (26 juillet 2003, au siège du gouvernement de Polynésie française).

(1) Le Monde, 6 septembre 1996.
(2) Situation radiologique sur les atolls de Mururoa et de Fangataufa. Rapport de l'AIEA, 1998.
D’après l’AIEA, « aucun groupe de population n’est susceptible, à un moment futur quelconque, de recevoir une dose attribuable aux matières radioactives résiduelles présentes à Moruroa et Fangataufa qui soit supérieure à 1% de la dose due […] aux sources naturelle de rayonnements ». Elle est allée plus loin encore en concluant « qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre la surveillance de l’environnement de Moruroa et Fangataufa à des fins de protection radiologique ».
(3) Rapport n° 541 du 15 décembre 1997 de C. Bataille à l’AN : L’évolution de la recherche sur la gestion des déchets nucléaires à haute activité, tome 2, Les déchets militaires.
(4) J-M. Regnault, La France à l’opposé d’elle-même, Essais d’histoire politique de l’Océanie, Éditions de Tahiti, 2006, 228 p.
(5) La Polynésie française en 2002, publication de l’IEOM, juin 2003, p. 181-182.
(6) Fenua Économie, 2005-2006, p. 64-66.


[J.M.Regnault]

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