Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le fare apoo’ raa -

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1843-1880 Le Protectorat

Le fare apoo’ raa


Projet de bâtiment destiné à abriter l'assemblée législative

Jusqu'en 1850 l'Assemblée se réunira dans les locaux de la chapelle protestante de Papeete. Ce temple ayant brûlé, parlementaires décidèrent de construire un palais qui ne sera inauguré qu'en 1861. Entre temps, l'Assemblée tiendra ses sessions dans la salle d'armes de l'artillerie, puis dans le nouveau temple protestant.
Dès 1851 un projet grandiose fut proposé à l'Assemblée par un de ses membres, le juge Nuutere. Il s'agissait d'un immeuble de 30 mètres sur 16 avec un étage comportant des tribunes publiques et surmonté d'un dôme de bronze doré.
Devant les réticences de certains de ses collègues, le député Arahu s'écria : "Si j'étais à la place du gouverneur, au lieu de dégrader la salle d'armes de l'artillerie, je vous enverrais faire vos lois en plein vent, sous l'ombrage des cocotiers"(1).
Après l'intervention du représentant de la puissance protectrice, le texte fut voté et le construction devait être terminée pour l'année suivante.
Lors de l'ouverture de la session de 1852 il n'en était rien et le commissaire Bonard expliqua les raisons de ce retard : "Le retard des bois a pris plusieurs mois ; les pluies torrentielles de cette année et, je dois le dire, le peu de zèle de quelques travailleurs indiens, ont retardé considérablement ce travail… Courage donc et terminons cet ouvrage…
Faisons taire par des faits ceux qui disent que les Indiens entreprennent tout et n'achevèrent rien"(2). En 1851, le député Fanane avait en effet déclaré que les gens de Tahiti, "prompts à entreprendre, sont vite lassés"(3).
Les commissaires successifs évoqueront la construction du fare apoo-raa dans les nombreux discours. Après bien des vicissitudes(4), celui-ci sera inauguré en 1861.
Dès 1860, de nombreux parlementaires avaient proposé de supprimer l'impôt versé pour la construction de l'édifice, mesure qui fut adopté par un vote du 1er mai 1860(5). En conséquence, les fonds étant épuisés dès 1861, il fallut alors financer les travaux de finition avec les ressources de la caisse des écoles(6). Ironie du sort, ce palais ne sera achevé que pour la dernière session législative de 1866. Ainsi, il avait fallu quinze années pour terminer un édifice dont la réalisation était importante aux yeux de tous les parlementaires. Il faut dire que ces derniers n'acceptaient pas facilement de participer au financement ou à la construction de leur propre palais.
Dans d'autres domaines les législateurs avaient pris l'habitude de s'en remettre à la décision du commissaire. C'est dans cet esprit qu'ils acceptèrent de voter la réduction de leurs pouvoirs en 1866.


L'assemblée en cours de construction : celle-ci dura de 1851 à 1861

(1) - Cité par O'Reilly, 1875, p. 55.
(2) - B.O.E.F.O. 1852, p. 321.
(3) - O'Reilly, 1975, p.55.
(4) - En 1859, du Bouzet signale au Ministre que ce palais, "vaste édifice d'ailleurs hors de proportion avec les besoins et les ressources de Taïti, avait été abandonné pendant trois ans…"
Cité par O'Reilly, 1975, p.55.
(5) - En 1858 les députés payaient un impôt de 12 francs 50 centimes par mois. Il fut réduit à 5 francs par mois à partir du du 1er janvier 1859. En outre, les familles devaient fournir des souscriptions pour la construction du palais ou y consacrer des journées de travail. En 1860 les recettes pour construire le fare apoo'raa s'élevaient à 44 149,84 francs.
Messager de Tahiti, 9 septembre 1860, p. 161.
(6) - Danielsson, 1861, p. 53.

[B.Gille. Histoire des Institutions publiques à Tahiti, du XVIIIe siècle à nos jours. CRDP]

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