Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Création du RDPT -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1946-1953. L’Assemblée représentative | Création du RDPT

La création du RDPT

17 novembre 1949 et 23 avril 1950

Le congrès constitutif

Le 17 novembre 1949 se tient le congrès constitutif du Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (RDPT). À cette occasion, le nouveau parti expose et adopte un projet politique. Le texte part d'une constatation : les principes de la République sont violés à Tahiti. Le système colonial perdure. Le pays est tombé entre "les griffes d'une poignée de profiteurs" (Compagnie française des phosphates qui exploite l'île de Makatea, groupe des exportateurs...) qui spolient la propriété tahitienne.

À l'exploitation économique, répondent des "conditions sanitaires et sociales à l'état primaire". Le système colonial réduit les libertés : le droit de pétition, par exemple, n'existe pas(1) et l’Administration contrôle tout. Système colonial aussi au sens raciste du terme : " les inégalités raciales et sociales subsistent, tant dans la répartition des charges que du point de vue salaires et traitements". Le document fait état des propositions du RDPT :

  • Donner davantage de pouvoirs à l'assemblée représentative et aux conseils de districts
  • Océaniser les cadres par le développement de l'enseignement
  • Développer les libertés
  • Appliquer les lois sociales métropolitaines sur le Territoire
  • Réviser la fiscalité et réduire les "surprofits"
  • Créer des coopératives
  • Enseigner la langue tahitienne.

La lecture de ce projet politique, si on le prend au pied de la lettre, montre une orientation nettement socialiste. C'est une façon trop formelle de considérer ce programme, mais c'est bien ainsi qu'ont prétendu le lire les adversaires du parti(2) . Il est vrai que le texte a été largement inspiré par le communiste G. Lachenal (déjà évoqué dans l’élection de Pouvanaa en 1949), mais en Polynésie, il faut toujours relativiser la valeur des programmes.

Des sections sont créées d'abord dans les six secteurs de Papeete, puis dans les districts de Tahiti et enfin dans toutes les autres îles.
D’après l’organe du parti, Te Aratai, la quasi-totalité des dirigeants dans les districts et les îles sont « des exploitants agricoles ». Cette donnée confirme l'enracinement populaire du parti, mais l'expression peut recouvrir des situations diverses. Les "intellectuels" et les fonctionnaires, sont écartés des fonctions dirigeantes.
D’après les sources du RDPT, le parti aurait atteint 12 000 adhérents en 1951, à l’époque où Pouvanaa obtient 12 000 voix ! Le rapprochement de ces chiffres est tout à fait caractéristique de la vie politique en Polynésie.

Le premier congrès du RDPT : bureau et statuts

Le 23 avril 1950, un nouveau congrès organise réellement le parti, adopte les statuts définitifs et désigne les dirigeants et les membres du Bureau :

Président : Pouvanaa a Oopa
Vice-présidents : Anthelme Buillard
Henri Auméran
Secrétaire : Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy
Secrétaires adjoints : Christian Bodin
Tutea Uraarii
Trésorier : Jean Alexandre
Trésorier adjoint: Félix Gibson
Assesseurs : Jacques Tauraa
H. Nimau
Jean-Pierre Micheli
André Fuller.

Le congrès insiste sur la nécessité de mieux répartir les impôts et de revoir l'organisation des conseils de districts afin que les chefs ne jouent plus le rôle de "planton du gouverneur".
Les militants doivent s'organiser en syndicats et coopératives (comme on le trouve dans les statuts des partis de gauche métropolitains). Pour déjouer les critiques qui, déjà, ne manquent pas de se développer, le congrès précise :
"Nous ne sommes pas réunis pour combattre la présence française mais pour la défendre.
La politique du RDPT est basée sur l'union de toutes les bonnes volontés, de toutes les activités ayant un but démocratique d'inspiration française
".

Des « imperfections » dans l’organisation du RDPT

Le RDPT - malgré l'admiration qu'il a suscitée chez ses adversaires, incapables de l’imiter – n’est pas une machine parfaite. Un manque de coordination fait que le bulletin Te Aratai est rédigé essentiellement par J-B. Céran-Jérusalémy, sans que les articles soient étudiés par un comité de rédaction. De ce fait, le bulletin reflète surtout la pensée de son rédacteur, beaucoup plus que celle de Pouvanaa ou des adhérents du parti.
Très rapidement, note P. Dilhan, « les plus pauvres ne pourront ou ne voudront plus verser de cotisations(3) » . On retrouve ce problème dans tous les partis locaux. La cotisation n’est pas dans les traditions, sauf sur le plan religieux.

Un des fondateurs du RDPT, devenu adversaire de Pouvanaa, Henri Auméran, résume assez bien les raisons du succès du parti :
"Les Tahitiens votent Pouvanaa, mais en réalité ils votent contre les Blancs, les Français, l'Administration...
Il est certain que quoi qu'on fasse, le Français est l'occupant...
Le popa’a est pour l'indigène celui qui occupe les meilleures places
(4) ".

(1) Le 13 décembre 1950, l’assemblée représentative demande encore la suppression de cette interdiction.
(2) Te Aratai, n° 14, 7 février 1959. L'historique du parti rédigé par Pierre dilhan se poursuit dans les numéros suivants.
(3) Te Aratai, n° 15, 14 février 1959. En 1952, le montant de la cotisation annuelle s'élève à 50 francs (Te Aratai, n° 58, 29 février 1952).
(4) La Voix de Tahiti, n° 5, 5 avril 1957.

[J.M.Regnault]

Retour en haut de page