Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Contexte local et régional -

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Contexte historique

Contexte local et régional


Opera House de Sydney

Dans le droit fil de ce qui vient d’être signalé pour le contexte national, les problèmes régionaux eurent un grand retentissement en Polynésie française.
Il en va ainsi de l’affaire du Rainbow Warrior et des événements qui secouèrent la Nouvelle-Calédonie. La vie politique locale fut marquée par ces faits, chaque camp politique tentant de s’en servir.
La volonté de nombreuses forces politiques de la région de la dénucléariser avec le Traité de Rarotonga influença également le Territoire. Ce qui marqua la période, c’est la volonté de G. Flosse, plutôt bien suivi en ce domaine, d’élargir toujours plus l’autonomie. En même temps, sa personnalité – qu’il soit au pouvoir ou momentanément dans l’opposition – dominait les débats et était souvent au centre des débats.

G. Flosse engagea un combat contre les indépendantistes et pensait que plus le Territoire disposerait d’autonomie, moins la propagande séparatiste porterait ses fruits.
Les réactions de l’opinion publique montrèrent que si la question statutaire n’était pas négligeable, les problèmes sociaux prenaient une importance toujours plus grande. Le président du gouvernement le reconnut quand il déclara devant L. le Pensec qu’un « phénomène croissant d’exclusion apparaissait en Polynésie » (PV de l’AT, 1er juillet 1992).
De fait, la période fut marquée par une agitation sociale qui connut quelques épisodes violents (voir le sujet consacré aux mouvements sociaux). Or, il fallait en même temps répondre aux besoins d’une population vivant encore sans protection sociale suffisante, investir pour développer des activités nouvelles… et prévoir que les transferts de l’État se tariraient un jour quand le CEP, inévitablement, arrêterait ses activités.

La grande ambition de G. Flosse était l’indépendance économique plutôt que politique. Elle serait possible si le Territoire disposait d’une « plus grande autonomie de décision économique ». En ce domaine, les résultats ne correspondirent pas aux attentes. L’IEOM reconnaissait que « le secteur industriel, malgré une indéniable croissance, restait embryonnaire ». Le tourisme ne connut pas le développement attendu (voir doc). Entre 1985 et 1993, le nombre de touristes resta dans une fourchette de 120 000 et 140 000 touristes. B. Poirine notait que « toute l’initiative et le dynamisme des meilleurs entrepreneurs s’orientait vers le commerce, l’importation, les services et de rares industries ultra-protégées » .
Les défauts de l’économie polynésienne avaient déjà été analysés (voir sujets consacrés aux rapports de René Dumont et Simon Nora). En juin 1988, l’Inspecteur Général des Finances, Daniel Dommel, établit à son tour un rapport portant sur « La compétitivité des entreprises dans les TOM ». Il ne put que constater cette évidence : les TOM sont « chers », « une contrepartie d’un niveau de vie exceptionnellement élevé dans la zone ». Ce qui l’inquiétait, c’était que « loin de s’améliorer avec le temps, la compétitivité des entreprises locales s’est souvent dégradée ces dernières années », car les exploitants locaux « restaient handicapés par le niveau élevé de leurs coûts de production ». Il déplorait que l’élévation du pouvoir d’achat ne résultait pas d’une amélioration de la productivité. Il prévoyait que le poids des prélèvements sociaux – encore légers, disait-il – seraient croissants. Il critiqua vivement lui aussi « les marges abusives que s’octroyaient les importateurs » bien qu’elles aient été dénoncées régulièrement comme un des vices de cette « économie de comptoir ». Après avoir préconisé les remèdes classiquement proposés, il resta réaliste : « nos TOM sont chers et ils ne cesseront pas de l’être de sitôt ». Il faudrait aux dirigeants « du courage, de la persévérance et beaucoup de concertation ». Il ajouta sa touche personnelle, encore originale à l’époque, pour définir une des conditions majeures au redressement :
« Rétablir un cadre institutionnel stable et un climat paisible. Des statuts successifs ou des statuts évolutifs dissuadent les capitaux. Les investisseurs n’aiment pas l’évolutif et moins encore le désordre, surtout lorsqu’ils investissent dans le tourisme. »

Ce rapport, comme les précédents, s’il ne fut pas ignoré, resta largement lettre morte.
Les négociations avec les Gouvernements de gauche comme de droite permirent néanmoins au Territoire de continuer à bénéficier de transferts importants, ce qui ne réduisit pas la dépendance économique, bien au contraire.
Comme le signalait D. Dommel, les Polynésiens bénéficiaient d’un niveau de vie appréciable (si on fait des moyennes, on le sait peu significatives) comparé à celui de bon nombre d’États ou Territoires de la région.
Ainsi, l’équipement des ménages était plutôt de bon niveau.

Equipements Polynésie française France
Réfrigérateurs 80 % 98 %
Téléviseurs 81 % 92 %
Magnétoscopes 38 % 17 %
Au moins une automobile 68 %
(76 % pour Tahiti)
75 %

Taux d’équipement des ménages en 1988
(d’après B. Poirine, op. cit., p. 29-30)

Sur le plan démographique, la poussée continuait.

Année Population totale
1983 164 300
1988 188 800
1992 211 000
1996 219 500

Cette poussée commença à préoccuper les responsables politiques. Bien que les mentalités y fussent souvent hostiles (en particulier dans la mouvance des Églises), le contrôle des naissances fut envisagé dans le contrat de développement de 1994.
Les résistances furent fortes, notamment pour l’extension de la loi sur l’IVG . (voir La lente application de l’IVG).

Les progrès sanitaires permirent une diminution conséquente de la mortalité infantile. Alors qu’elle était encore 23 pour mille en 1985, elle tomba à 9, 9 pour mille en 1996. De même, l’espérance de vie continua à progresser.

Périodes Hommes Femmes
1986-1987 65, 30 69, 90
1993-1994 68,40 72, 80

Évolution de l'espérance de vie

Les problèmes démographiques entraînèrent donc les autorités à prendre des mesures, notamment pour assurer une protection sociale du plus grand nombre, mais en même temps, ces mesures furent de plus en plus coûteuses, mettant en péril l’existence même de cette protection.

[J.M.Regnault]

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